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Une ligne d’écoute pour les femmes agricoles et rurales

Jeudi 30 janvier, au château de Flauguergues à Montpellier, la MSA du Languedoc a inauguré sa ligne d’écoute gratuite dédiée aux femmes agricoles et rurales, devant un parterre d’invités institutionnels et des agricultrices de la région. La sénatrice Marie-Pierre Monnier (Drôme, SER) était également de la partie pour présenter le rapport « Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l’égalité » paru en 2021.

Une inauguration, et une fierté pour la MSA Languedoc qui est la première en France à porter ce projet.
« Pour les femmes qui ont envie d’évoquer des sujets de leur quotidien, des difficultés, cet espace est à leur disposition », ont expliqué ses initiatrices, Virginie Nadal, Valérie Rolland et Estelle Rouvière. À l’autre bout de la ligne, des professionnels du social de la MSA – une trentaine – répondent aux appels, deux jours par semaine, les lundis de 9 h à 12 h et les jeudis de 13 h 30 à 16 h 30.

Expérimentée dans un premier temps sur l’Hérault, la ligne d'écoute pour les femmes agricoles et rurales est désormais ouverte, depuis le 31 janvier, aux femmes du Gard et de la Lozère.


Tout commence en 2022, lorsque Estelle Rouvière, chargée de développement social territorial à la MSA du Languedoc, et accompagnée d’Émilie Razier, ouvrent une expérimentation, issue de discussions avec des agricultrices de l’Hérault, réunies dans un groupe de parole. « Ce sont elles qui ont validé l’idée, donc on a lancé l’expérimentation », détaille Estelle Rouvière. Une expérimentation pour « rompre l’isolement, et flécher les aides disponibles, par exemple ». Un test qui montre à ceux engagés dans le projet l’utilité d’une telle ligne : dès la première année, près de 40 appels sont reçus. « Les premières fois que les femmes appellent, c’est souvent pour des questions par rapport à l’accès au droit, ou parler de leurs quotidiens, raconte Estelle Rouvière. Mais très vite, certaines rappellent une seconde fois pour évoquer d’autres problématiques qui les concernent ». La ligne d’écoute devient ainsi un outil supplémentaire pour sortir de l’isolement et soutenir les femmes agricoles et rurales qui en ont besoin. « Les femmes qui appellent ne sont pas forcément en attente de solution, mais elles ont aussi besoin de vider leur sac », rebondit Virginie Nadal, responsable du secteur développement social des territoires pour la MSA du Languedoc. « Et c’est aussi une bonne porte d’entrée pour parler d’autres problématiques ».

Pour Valérie Rolland, responsable du secteur interventions sociales à la MSA du Languedoc, « les femmes rurales ont besoin d’accompagnement, et il y a des besoins sur nos territoires ». Et surtout, note cette dernière, si cette ligne est pour l’instant dédiée aux femmes, « le travail accompli servira à tous, hommes et femmes, dans le futur. D’ailleurs, des hommes ont déjà appelé la ligne d’écoute, ce qui prouve qu’il y a un vrai besoin ».

Mais avant tout, Valérie Rolland et Virginie Nadal sont « fières du travail accompli par les équipes et de leur engagement. Et nous remercions aussi nos élus qui n’hésitent pas à suivre nos idées et mettent les moyens pour que ça réussisse ». Une réussite en bonne voie puisque cette initiative a déjà été présentée au Sénat et devrait aussi l’être lors du Salon de l’agriculture 2025, qui se déroulera du 22 février au 2 mars à Paris. « On espère que cette idée va essaimer dans d’autres caisses », confient les deux responsables.

Lire aussi Le rapport complet Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l'égalité

Les femmes, « invisibles » dans les territoires ruraux

Ce jeudi 30 janvier, au-delà de l’inauguration de la ligne d’écoute, toute une matinée de travail a été consacrée à la place des femmes en agriculture. Deux tables rondes ont abordé cette question, avec des agricultrices, des élues et employés de la MSA, et Dominique Delmas, agriculteur lozérien, administrateur MSA et président du comité paritaire d’action sanitaire et sociale.
Santé, actions à entreprendre, sortie de l’invisibilité, ambitions et plafond de verre : de nombreux sujets ont été abordés lors de cette matinée dédiée aux femmes agricoles et rurales. En ouverture de la journée, Cédric Saur, président sortant de la MSA du Languedoc, a rappelé que « le mot agricultrice est entré dans le dictionnaire Larousse dans les années soixante-dix, seulement. Cela reflète la question de l’invisibilité des femmes, et de leur rapport difficile au travail et au salariat ». Saluant les initiatives qui font avancer le sujet tant au niveau local que national, il s’est dit « très fier du travail accompli pour lancer cette ligne ».

Marie-Agnès Garcia, directrice générale de la MSA du Languedoc a, pour sa part, rappelé la progression de la part des femmes dans le milieu agricole : « 8 % des femmes chef d’exploitation en 1970, 26,4 % en 2024 ; et 34 % des jeunes installés sont des femmes ».

Une progression qui montre l’intérêt des femmes pour la profession agricole, mais il reste encore du chemin à parcourir. À l’instar du témoignage spontané de cette jeune agricultrice, installée il y a moins de cinq ans, et qui aurait aimé, à l’époque, « bénéficier d’une ligne comme celle-ci. Parce quand on s’installe, et qu’on est une femme, c’est dur parfois, et on se sent seule, souvent ». La directrice générale de la MSA du Languedoc a, par ailleurs, tenu à souligner que « quand on travaille sur les freins et exclusions, cela bénéficie et améliore le quotidien de tous et toutes ».

Une égalité hommes-femmes à travailler

La matinée a aussi permis la présentation du livre blanc publié par la MSA du Languedoc en novembre 2024 : « femmes en agriculture, 15 propositions pour lever les freins à l’exercice des métiers agricoles par les femmes ». Présenté par Nathalie Chauchard, cheffe d’exploitation aveyronnaise, éleveuse en ovin lait en agriculture biologique, administratrice de la MSA Midi-Pyrénées nord, et administratrice de la CCMSA, ce livre blanc reprend donc les questionnements principaux sur les problématiques rencontrées par les femmes dans le milieu agricole et se veut force de proposition pour dépasser ces barrières. Création d’un statut pour les agricultrices, conciliation de la vie professionnelle et personnelle, santé, accès aux métiers du monde agricole, responsabilités professionnelles et syndicales : le livre blanc balaie un large spectre de problématiques et donne des idées pour résoudre ces questions. Ce travail devrait être « enrichi dans les années futures », a indiqué Nathalie Chauchard.
Travailler sur les femmes rurales et agricoles, c’est aussi l’occasion de parler du rapport de la délégation aux droits des femmes présidé par la sénatrice Monnier, paru en 2021, « femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l’égalité », travaillé avec huit autres rapporteurs dont Guylène Pantel, sénatrice de Lozère. 
L’objet du rapport était double : établir un bilan de la situation des femmes dans les territoires ruraux, à tous les âges de la vie et dans la diversité des ruralités, à partir de thèmes tels que la précarité, le rôle des élues et l’accès aux responsabilités, les problèmes de mobilité, la santé, les violences, l’égalité professionnelle, l’orientation scolaire et universitaire, l’accès à la formation, à tous les niveaux, et l’entrepreneuriat féminin ; mettre en valeur des femmes qui, par leur engagement (économique, associatif, politique, culturel…), contribuent au dynamisme de ces territoires et peuvent constituer des modèles pour les jeunes filles et les autres femmes.
« 11 millions de femmes vivent et travaillent dans les territoires ruraux », a rappelé la sénatrice Monnier en introduction de sa présentation. La délégation aux droits des femmes brosse, au travers de huit thématiques principales, un large tour d’horizon des difficultés et obstacles qu’elles rencontrent, à tous les âges et dans tous les aspects de leurs vies, mais aussi des solutions innovantes, initiatives et réseaux de solidarité qui émergent au niveau local. Si, depuis la sortie du rapport, la sénatrice Monnier dit « voir bouger certaines lignes, il reste cependant encore du travail car ça bouge lentement. Il ne faut pas lâcher ».

Lire aussi Paroles de femmes, un siècle de combat
 

En pratique :

Ligne gratuite d’écoute des femmes agricoles et rurales : 0800 104 042, les lundis de 9 h à 12 h et les jeudis de 13 h 30 à 16 h 30.

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