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Une année qui finit mal…

Incendie volontaire à l’atelier d’engraissement de la SAS Alliance Millevaches.

© MR

Alors que l’année semblait vouloir se terminer sur la bonne nouvelle de la possibilité d’extension à 800 animaux, la SAS Alliance Millevaches a vécu un véritable coup dur ce 22 décembre. Le bâtiment de stockage (1 500 m2) de son atelier d’engraissement a été victime d’un violent incendie.
C’est vers 4 h 30 que le sinistre s’est déclaré et les pompiers sont arrivés sur place vers 5 h, rapidement suivis par les éleveurs et les gendarmes. Le bâtiment a brûlé une bonne partie de la journée avant de s’écrouler. Des tags injurieux ont été relevés sur place, l’un faisant référence aux camps de concentration et l’autre insultant la ministre de l’Environnement Ségolène Royal et Intermarché (principal client de la SAS). Ils étaient accompagnés de croix gammées.
La première inquiétude des éleveurs a été pour la santé des animaux. Ceux-ci ont en effet respiré pendant plusieurs heures une fumée épaisse et probablement toxique. À l’heure où nous écrivons ces lignes ils semblent dans une situation correcte. La solidarité agricole s’est immédiatement organisée afin de les nourrir. En effet, le bâtiment technique brûlé abritait nourriture, paille et matériel. Les céréales ont pu être sauvées in extremis, mais le foin, la paille et le matériel sont partis en fumée. La solidarité a alors joué à plein : les concessionnaires ont pu rapidement fournir de nouveaux équipements (tracteurs, pailleuse et mélangeuse) et un camion de paille est arrivé dès l’après-midi du sinistre. Concernant l’eau, le système de pompage a été endommagé. Après l’étude de différentes solutions, il a pu être possible de rétablir le système et les animaux ont rapidement pu s’abreuver de nouveau. L’atelier fonctionne donc de nouveau de façon presque normale.

Des réactions immédiates
Les premiers à s’exprimer ont été les responsables de la SAS, par la voix de Gilbert Mazaud. Arrivé sur les lieux du sinistre dès 5 h 30, il a rapidement assimilé les faits à « un acte de terrorisme », expression également utilisée par Pascal Lerousseau, président de la FDSEA de la Creuse.
Sur place, le secrétaire général de la préfecture de la Creuse, Olivier Maurel, a rapidement indiqué que l’incendie était criminel et que tous les moyens seraient mis en œuvre pour retrouver les incendiaires. Le préfet Philippe Chopin et ses collaborateurs se disent très choqués. Les services de la préfecture ont tenu à apporter tout le soutien technique possible aux éleveurs, afin d’éviter d’avoir à déplacer les animaux.
Dans la journée, de nombreuses réactions du monde agricole ont afflué.
Xavier Beulin, président de la FNSEA, a directement contacté les éleveurs actionnaires de la SAS Alliance Millevaches pour leur affirmer son soutien. Il a également rappelé que le centre d’engraissement de Saint-Martial-le-Vieux est « légitime, nécessaire et salutaire ». « En effet, trop c’est trop ! on ne peut laisser impunément la loi bafouée, le droit de propriété violé sans réagir. J’apporte tout mon soutien aux 45 éleveurs et à leurs proches qui se retrouvent dans une situation difficile. C’est un drame matériel, bien sûr, mais c’est aussi, avant tout, un drame humain. C’est un projet de vie entravé par les murs de la radicalité. »
La FNSEA et la FNB, dans un communiqué commun, ont « condamné avec la plus grande fermeté les actes incendiaires ». « Aucune opinion, aucune idéologie ne peut justifier une telle violence, si ignoble. L’utilisation, par les auteurs de l’incendie, de l’insigne de la croix gammée pour qualifier l’élevage relève de la plus totale ignominie. » « Une forme de bienveillance vis-à-vis de certaines associations anti-élevage aboutit aujourd’hui à cette dérive radicale. Les auteurs de ces faits doivent être punis à la hauteur de la gravité des actes commis. » Un rendez-vous à Matignon a été convenu pour le 5 janvier.
Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll condamne également ces « exactions », ainsi que « les qualificatifs inadmissibles et diffamatoires employés […] à propos d’une ministre de la République ». Il rappelle également « qu’il recherchera toujours une approche équilibrée des problématiques agricoles. ».
Pour sa part, la FDSEA de la Creuse, en concertation avec la Chambre d’agriculture et les JA, a également dénoncé cet acte criminel. Pour le président de la FDSEA Pascal Lerousseau, « les auteurs auront à répondre devant la justice et cet acte ne saurait rester impuni »
Le député de la Creuse Michel Vergnier a également condamné ces actes par communiqué : « Jamais des différences d’appréciations ne devraient conduire à de tels comportements violents et diffamatoires. »
En fin de journée, Aurore Lenoir, la responsable de l’Association L-PEA, qui lutte depuis des années contre le centre d’engraissement, se dégageait de toute responsabilité en condamnant aussi la méthode au micro de nos confrères de France Bleu, affirmant vouloir continuer son combat dans le respect de la légalité.

Un rassemblement de soutien
Dès le lendemain du sinistre, les soutiens au projet étaient invités à manifester sur le site de l’atelier, à l’appel des FDSEA, JA et chambres d’agriculture limousins. Les élus creusois et corréziens et de nombreux responsables professionnels sur le plan national ont fait le déplacement, parmi près d’un millier de personnes solidaires, agriculteurs et particuliers.
Lors de ce rassemblement, M. Lacrocq, président de la SAS Alliance Millevaches, a commencé par remercier toutes les personnes présentes, les pompiers des SDIS 19 et 23 qui ont lutté contre les flammes, ainsi que les concessionnaires et acteurs agricoles qui ont fait preuve d’une grande solidarité en fournissant dans l’urgence ce dont l’atelier avait besoin afin que les animaux ne souffrent pas trop de la situation.
Tony Cornelissen, président de la Chambre d’agriculture de la Corrèze, a rappelé le ras-le-bol des agriculteurs, trop souvent « montrés du doigt, alors que c’est autour d’eux que gravite la vie du monde rural ». Jean-Marie Colon, président de JA 23, et Jérôme Pascarel, président de JA 19, ont eux aussi rappelé cet écœurement lié à l’action de groupuscules. Ils ont toutefois indiqué que cela fait chaud au coeur de voir autant de monde pour soutenir l’élevage. Bruno Dufayet, représentant la Fédération nationale bovine, a quant à lui désigné les activistes, des personnes qui « veulent se donner une image responsable mais dont on voit désormais le vrai visage ». Patrick Bénézit, président de la FRSEA Massif-central, a lui aussi dénoncé la bienveillance publique envers les associations anti-élevage. Jean-Marie Delage, président de la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne a voulu lui aussi soutenir ceux qui travaillent et vivent au pays.
Les élus politiques étaient également présents. Pascal Coste, président du Conseil départemental de la Corrèze, a déploré que 6 ans de travail partent ainsi en fumée, alors que le projet est tout à fait légal. Valérie Simonet, présidente du Conseil départemental de la Creuse a exprimé une grande colère contre « ceux qui voudraient expliquer comment doit être l’agriculture de notre territoire ». « Vous êtes de vrais professionnels » a-t-elle affirmé à l’attention des agriculteurs présents.
Claude Cochonneau, président de l’APCA, a lui aussi marqué son soutien à un projet de filière qui maintient les emplois (voir encadré).
Pascal Lerousseau, président de la FDSEA de la Creuse et président par intérim de la Chambre d’agriculture de la Creuse, en concluant le rassemblement, se disant très touché par le soutien.
Chacun a souhaité que les incendiaires soient rapidement retrouvés.

L’enquête suit son cours
Le parquet de Guéret a été saisi de l’affaire et dès jeudi matin, les enquêteurs relevaient des indices. L’aspect volontaire de l’incendie n’a plus fait aucun doute avant la fin de la matinée, les inscriptions retrouvées étant sans équivoque. La SAS Alliance Millevaches, la Communauté de communes et l’entrepreneur de panneaux solaires se sont portés partie civile. Interbev a indiqué en avoir l’intention. Une cellule d’enquête spécifique a été mise en place afin de répondre à la gravité de la situation.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, personne n’a encore été interpellé. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de la Creuse, nous a indiqué que l’enquête sera longue, notamment en raison de l’absence de témoignage, l’atelier étant éloigné des habitations et le sinistre ayant eu lieu en pleine nuit.

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