Une année pour célébrer la place des femmes en agriculture
Dans le cadre de l’Année Internationale des Agricultrices, l’Institut de l’Élevage organisait le 4 mars un webinaire sur les femmes en agriculture, prélude à plusieurs événements consacrés à la place des femmes dans les élevages de ruminants en 2026. L’évolution de la place des femmes en agriculture et les enjeux à venir ont été abordés.
Dans le cadre de l’Année Internationale des Agricultrices, l’Institut de l’Élevage organisait le 4 mars un webinaire sur les femmes en agriculture, prélude à plusieurs événements consacrés à la place des femmes dans les élevages de ruminants en 2026. L’évolution de la place des femmes en agriculture et les enjeux à venir ont été abordés.
Les femmes au cœur de la production agricole
En 2026, les Nations Unies ont choisi de mettre en lumière le rôle essentiel des femmes dans l’agriculture à travers le monde et leur contribution à la sécurité alimentaire, la nutrition et la résilience économique. De nombreuses actions de sensibilisation et de promotion auront lieu tout au long de l’année pour célébrer l’Année internationale des agricultrices. En France, l’Institut de l’Élevage proposait le 4 mars un webinaire de lancement consacré à la place des femmes dans les élevages de ruminants. Grands témoins du webinaire, Marie-Andrée Luherne, éleveuse de vaches laitières dans le Morbihan et vice-présidente du CNIEL, et Marine Boyer, éleveuse de vaches allaitantes en Aveyron et présidente de la FNCuma, ont partagé leur expérience d’éleveuses et de responsables professionnelles. Auparavant, l’IDELE a dressé un bilan de l’évolution de la place et des droits des femmes agricultrices. « Pendant longtemps les femmes ont représenté la moitié des agriculteurs, a rappelé Anne Charlotte Dockès, directrice du département Approches sociales et Transfert de l’IDELE. Cette part a ensuite reculé en lien avec les difficultés de statut, d’accès au métier, de reconnaissance,... Aujourd’hui on assiste de nouveau à un frémissement. »
L’exode des éleveuses
En 1982, on dénombrait 38 % de femmes sur 1,7 million d'agriculteurs français. 38 ans plus tard, elles ne sont plus que 25 % sur 400 000 agriculteurs. Le recul est particulièrement important entre 1993 et 2007. Selon l'IDELE, avec la modernisation de l'agriculture, les femmes ont eu du mal à trouver leur place. En outre, la mobilité sociale chez les filles d'agriculteurs est très importante. Cet exode est aussi très lié au recul de l’élevage laitier. En 1980, on dénombre 40 % de femmes en élevage laitier contre 26 % en 2020. Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser et le nombre d’éleveuses augmente de nouveau, surtout en élevage ovin et caprin. Entre 2010 et 2020, sur 118 000 nouveaux agriculteurs, près de 36 000 sont des femmes. Pour Marie-Andrée Luherne, les femmes ont longtemps été invisibles bien que très présentes en élevage. « Je me souviens de ma première manif avec ma mère, explique-t-elle. Nous portions alors une pancarte disant « on est des travailleuses au noir et on vient se déclarer ». Cela m’a marqué ». L’évolution du statut des agricultrices, retracée par James Hogge, sociologue à l’Idele, a été très lente et a nécessité une forte mobilisation féminine. Des inégalités perdurent encore. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a d’ailleurs lancé officiellement un plan d’action national pour favoriser la place des femmes en agriculture au SIA. « S’installer n’est pas facile, souligne Marine Boyer. Il y a de la pression foncière, du discrédit sur nos capacités, il faut marquer son territoire. Souvent les femmes s’orientent vers des productions moins coûteuses. ». Dans les faits, plus on s’élève dans la hiérarchie des organisations agricoles, moins les femmes sont nombreuses.« On doit former les femmes pour qu’elles s’impliquent, reprend Marie-Andrée Luherne. Prendre des responsabilités n’est pas inné, il faut leur donner confiance ». Il est aussi essentiel d’associer les hommes à ce travail, pour trouver des solutions partagées. « Il n’est pas facile de se sentir légitime pour une femme, ce n’est pas inné, conclut Marine Boyer. Il faut désacraliser les postes. Les femmes amènent un autre regard, une autre énergie. »
L’évolution du statut des femmes et des agricultrices
1955 : 1 million, le nombre d’agricultrices considérées sans profession car non déclarées
1960 : l’agricultrice devient « aide familiale » si le mari accepte de déclarer sa femme
1965 : les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire seules et travailler sans l’autorisation de leur mari
1976 : 70 ans après les salariées, les agricultrices peuvent bénéficier d’un congé maternité
1980 : création du statut de conjointe d’exploitation qui confère des droits à l’agricultrice dans l’exploitation familiale
1985 : création de l’EARL qui offre la possibilité aux époux de s’associer
1999 : création du statut de conjoint collaborateur (soumis à l’autorisation du conjoint jusqu’en 2006)
2010 : possibilité de création d’un GAEC entre époux
2016 : application de la transparence aux GAEC entre époux
2018 : loi pour la lutte contre les violences sexuelles et sexistes
2022 : loi Chassaigne, limitation de la durée du statut de collaboratrice à 5 ans. Minimum retraite fixé à 700 €