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TERRITOIRE. La décision d’étendre le zonage Natura 2000 est repoussée

La voix des agriculteurs s’est fait entendre au comité de pilotage qui devait entériner le principe d’une extension de plus de 5000 ha de la zone Natura 2000 du Gouffre de la Fage.

© UP19

Ils n’étaient pas invités. Pourtant, près de 30 agriculteurs se sont rendus au comité de pilotage du site «Abimes de la Fage » qui s’est réuni mercredi 29 juin à Noailles. Pour cause, l’inquiétude quant aux conséquences sur les activités agricoles du projet d’extension de la zone Natura 2000. Le GMHL (Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin), structure animatrice du site, propose d’étendre le périmètre jusque là cantonné au gouffre et son environnement proche, de 1 ha à 5128 ha. Ce projet d’extension porte sur les communes de Jugeals-Nazareth, Nespouls, Noailles et Turenne et vise à couvrir les territoires de chasse des chauves-souris. Selon le GMHL, des menaces au maintien des différentes espèces pèsent sur la zone. Ces menaces sont listées dans le document projet. On peut y lire l’abandon de la gestion agricole, le retournement des prairies, la fauche précoce, l’utilisation intensive de pesticides, la destruction des haies, les drainages….ainsi que d’autres pratiques relevant de l’exploitation forestière.

L’agriculture dit non
Seule structure agricole membre du comité de pilotage, la Chambre d’agriculture, représentée par Michel Queille, s’est opposée à l’inclusion des surfaces agricoles dans le zonage. « S’il y a des chauves-souris, c’est que les pratiques agricoles actuelles ne sont pas si mauvaises. Et si les milieux changent en Corrèze, c’est essentiellement du fait de la désertification agricole, pas à cause de pratiques irrespectueuses de l’environnement. Les servitudes et contraintes qui accompagnent le classement d’une zone en Natura 2000 nuisent au maintien de l’activité agricole. De plus, ce type de classement est utilisé comme un argument par les détracteurs de l’agriculture pour s’opposer à toute forme de projet » ; un raisonnement non partagé par les associations et administrations environnementales présentes qui défendent que Natura 2000 « ne prévoit pas d’interdiction » et que toute mesure « sera volontaire et accompagnée d’un financement ».

Qu’en est-il vraiment ?
S’il est vrai que le zonage Natura 2000 n’impose pas de fait d’interdiction, la réglementation prévoit une liste d’activités soumises à évaluation d’incidence. Autrement dit, un projet ne peut être accepté que lorsqu’une étude (à la charge de l’agriculteur) démontre qu’il est sans impact sur les objectifs de conservation du site. Dans les faits, de nombreux projets sont ainsi freinés : constructions de bâtiments, retournement des prairies, drainages, aménagements fonciers… et bien d’autres au caractère non agricole. Quant au financement, des fonds européens sont bel et bien prévus dans la future PAC au titre des Maec mais l’enveloppe est fermée et nul ne peut garantir pour l’heure la disponibilité des fonds.

Les élus en renfort
Les maires des communes concernées ont, eux aussi, affiché beaucoup de scepticisme voire une opposition frontale à ce projet d’ampleur. Conscients des enjeux agricoles, et appuyant le constat de pratiques déjà respectueuses, ils ont aussi évoqué le risque que l’extension de la zone porte préjudice à l’économie locale, en bloquant, par exemple, le projet de déviation de Noailles tant attendu par la société Andros. Même réserves du côté de Philippe Laycuras, sous-préfet de Brive et président de séance, qui a finalement refusé de porter au vote la question préalablement prévue : « êtes-vous favorable au principe d’une extension de la zone ? ». A la place, une nouvelle proposition de zonage, préalablement travaillée avec la Chambre d’agriculture et les mairies, devra être présentée lors d’un prochain copil attendu fin septembre.

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