Stéphane Joandel : "La transparence dans la filière laitière est un gage d’avenir "
Alors que les négociations commerciales battent leur plein, la filière laitière régionale affiche un double visage : une belle dynamique de production en 2025, mais une inquiétude croissante sur la formation du prix et la compétitivité industrielle. Le point avec Stéphane Joandel, président de la section laitière régionale et secrétaire général de la FNPL.
Alors que les négociations commerciales battent leur plein, la filière laitière régionale affiche un double visage : une belle dynamique de production en 2025, mais une inquiétude croissante sur la formation du prix et la compétitivité industrielle. Le point avec Stéphane Joandel, président de la section laitière régionale et secrétaire général de la FNPL.
Pourquoi les éleveurs d'Auvergne-Rhône-Alpes sont-ils inquiets face aux négociations commerciales ?
L’inquiétude grandit dans les rangs des éleveurs laitiers en Auvergne-Rhône-Alpes (Aura). Selon Stéphane Joandel, président de la section laitière régionale et secrétaire général de la FNPL :
les négociations commerciales ne se passent pas bien.
En effet, l’éleveur laitier ligérien déplore un manque de transparence totale de la part des industriels.
« Aujourd’hui, la transformation ne fournit aucun chiffre. Nous ne connaissons pas leur marge, nous faisons face à un refus catégorique. Nous sommes la seule filière où les choses se passent ainsi. La grande distribution commence à en avoir assez et ce sont les éleveurs qui trinquent pour finir », assure Stéphane Joandel.
Quelle est la demande syndicale ?
Dans ce bras de fer, la demande syndicale est claire : connaître la réalité des marges et des coûts pour construire un prix adossé à la matière première agricole.
« Une charte a été signée », rappelle le représentant syndical. Cette transparence est d’autant plus primordiale qu’elle assurera un revenu certain aux éleveurs et attirera in fine la jeune génération.
Il est hors de question que nous revenions au temps où produire du lait coûtait de l’argent au producteur. Nous n’attirerons pas de jeunes éleveurs si le prix producteur se situe autour de 420-430 € les 1 000 litres. C’est impossible.
L’enjeu est clair : conserver un niveau de rémunération permettant de couvrir charges, investissements et renouvellement des générations.
Une région productrice
De quoi également nourrir l’espoir né ces derniers mois dans la filière régionale où les prix étaient rémunérateurs et où le volume était au rendez-vous. « Auvergne-Rhône-Alpes a été très dynamique sur le volume de production de lait en 2025 », assure le président de la section régionale. Aura a été, selon la section laitière régionale, la région en France qui a le plus augmenté sa production en 2025 sur un an en septembre (+ 8,4 %), octobre (+ 10,9 %) et novembre (+ 9,3 %). « Nous n’avons pas encore retrouvé les niveaux de 2021 et la décapitalisation est malheureusement toujours élevée, mais la dynamique est présente », se réjouit Stéphane Joandel, rappelant la nécessité de ne pas la briser. Alors, la section régionale espère renouer le contact avec les industriels. « Seule la coopération fait son maximum pour maintenir le prix et met tout en œuvre pour assurer le renouvellement des générations », reconnaît le syndicaliste, qui regrette toutefois le manque d’engagement des PME. Un déséquilibre qui complique la lecture des marchés locaux et fragilise les discussions sur la formation du prix. « Nous espérons les rencontrer lors du salon de l’agriculture », note Stéphane Joandel.
Le débat de l’origine
Au-delà du prix rémunérateur, le président de la section laitière régionale, le martèle : c’est aussi par la mise en avant de l’origine France que l’avenir de la filière sera assuré. « Les consommateurs aujourd’hui sont attachés à la proximité, mais demain si on continue à la diluer avec des produits venus d’ailleurs et des étiquetages obscurs, l’origine n’aura plus de valeur au profit des flux européens. L’étiquetage et l’origine sont un véritable débat que nous devons avoir rapidement. » Le spectre d’un accroissement des approvisionnements étrangers fait écho à une autre problématique soulevée par l’éleveur ligérien : la perte de compétitivité de l’outil industriel français.
Compétitivité : le prix d’années de sous-investissement
« Nous perdons en compétitivité parce que nous n’avons pas modernisé nos sites de transformation. Nous avons fait le choix d’aller ailleurs », regrette Stéphane Joandel, qui compare la situation française à celle de l’Allemagne, où les investissements ont été constants. Conséquence : une pression durable sur le prix payé au producteur. « Nous ne devons pas retomber dans les années où produire du lait, c’était manger de l’argent », martèle-t-il, espérant que tous les maillons de la chaîne avancent ensemble pour le bien de la filière laitière française.