Stade aurillacois : Et maintenant, que vais-je faire ?
RUGBY - C’est certainement la saison la plus perturbante du Stade aurillacois depuis son retour en Pro D2. Flamboyant jusqu’aux portes de l’hiver, le club est passé tout près de la correctionnelle au printemps.
RUGBY - C’est certainement la saison la plus perturbante du Stade aurillacois depuis son retour en Pro D2. Flamboyant jusqu’aux portes de l’hiver, le club est passé tout près de la correctionnelle au printemps.
De l'emballement à la frustration...
Cela n’a rien à voir avec le précédent exercice, le sauvetage face à Chambéry en juin 2025 et cette épée de Damoclès qui est tombée de peu à côté. Non, la saison 2025-2026 aura été pire que cela, passant d’un emballement général quant au rugby proposé durant sept mois à une frustration totale sur les dernières semaines. Pire, Aurillac n’a évité une nouvelle désillusion que grâce à une défaite de Mont-de-Marsan !
De juin à décembre 2025, le Stade aurillacois a proposé un rugby des plus intéressants, lui permettant de rester au contact du top 6. De la cohérence, de la solidarité et surtout une folle envie de jouer qui émerveillent bien au-delà de Jean-Alric. Et quand Aurillac se prend les pieds dans le tapis à domicile (Vannes, Provence), le rebond à l’extérieur est immédiat (Biarritz, Soyaux-Angoulême).
... de l’euphorie à l’incompréhension
Et puis le mal s’installe, insidieux. Personne ne le voit encore venir. Deux fessées à l’extérieur (Nevers et Valence), des victoires étriquées à domicile (Dax, Oyonnax), mais surtout une constance qui commence à faire défaut (à l’image de la défaite face à Provence après avoir mené de 21 points à 20 minutes de la fin). Pour autant, le Stade aurillacois reste à réaction et s’accroche à cette sixième place jusqu’à la trêve des confiseurs (à deux points d’Agen). Mais 2026 va ramener tout le monde à la raison, voire à une triste réalité. Alors que la venue de Colomiers constitue un nouveau rendez-vous avec ses ambitions, Aurillac trébuche encore à la maison. Les fameuses défaites encourageantes comme on dit, trop souvent à tort d’ailleurs. Si près, mais malheureusement si loin des leaders. Le cauchemar ne fait que commencer !
Quelque chose s’est brisé avec la nouvelle année. Pas facile de mettre des mots dessus, mais les raisons peuvent être multiples. On a déjà parlé du manque de constance, mais vient désormais s’ajouter la convoitise. Des joueurs du Stade sont sollicités et certains sont déjà annoncés partants. Relation de cause à effet ou pas, la baisse de régime se fait sentir... mais en plus d’être mentale, elle semble être également physique.
La claque de janvier... et pourtant
Pas mal de joueurs enchaînent les matchs, la profondeur de banc n’est pas non plus au rendez-vous. Pourtant, les opportunités existent bien, mais ceux qui ont moins de temps de jeu ou certains jeunes ne les saisissent pas. Le résultat de janvier est implacable avec quatre matches, trois défaites pour une seule victoire et 5 petits points pris sur 20 possibles. Pourtant, derrière ce sombre premier bilan 2026, le Stade reste dans la course au bon vouloir des mauvaises performances de ses adversaires. À l’entame de février, Aurillac est 8e (à quatre points de Brive alors 6e). Un nouveau bloc, de nouvelles espérances.
Carcassonne, le coup de grâce
Le bilan comptable n’est pas si mauvais (10 points sur 20), mais la défaite à Carcassonne a laissé bien plus de séquelles qu’on aurait pu l’imaginer... comme on l’apprendra (presse comme supporters) bien plus tard, bien trop tard.
En effet, la décision de Jonathan Gasnier (pénalité sifflée après la sirène contre Lucas Oudard) sera lourde de conséquence puisqu’elle donnera la victoire aux Audois. Une erreur d’arbitrage flagrante (le grattage du troisième ligne aurillacois était parfaitement valable, il n’a jamais mis les mains au sol) et qui ne sera jamais déjugée par l’arbitre vidéo. Quatre points qui s’envolent, comme les dernières illusions pour nombre de joueurs. Derrière, la victoire face à Nevers ne sera que formelle, mais annonciatrice du rugby à venir : sans saveur. Au soir du 6 mars, le soldat Stade aurillacois ne répond plus et la suite ne sera qu’un long chemin de croix ponctué de sept défaites de rang. Du jamais vu chez les Rouges et bleus !
Pro D2 : une chance incroyable
Pour autant, on le répète, Aurillac reste en Pro D2. L’an prochain, ce sera sa 20e saison à ce niveau. Et que l’on ne s’y trompe pas, c’est un incroyable exploit. Car le Stade aurillacois reste atypique dans le monde du rugby professionnel. Avec près de 6 millions d’euros, il est et reste depuis des années l’un, voire le plus petit budget des 30 clubs de l’élite. Un miracle, un mystère même. Et comme dans le Cantal on ne fait rien comme ailleurs, on se permet même de faire partie des meilleurs centres de formation de France, sur le podium de Pro D2, sur la plus haute marche depuis plus de cinq ans.
C’est devenu le schéma économique d’un club qui capitalise sur la qualité de sa formation pour les uns, son savoir-faire pour dénicher et relancer les autres. La finalité : récupérer quelques deniers, ses meilleurs éléments étant annuellement “chassés” par le gratin de Pro D2 et de Top 14(1), et préparer la suite. Si la formule a fonctionné un temps, elle a pris du plomb dans l’aile cette année avec une fin de championnat sans saveur, sans rien à jouer une fois que la qualification s’est éloignée...
Entre doute et remise en question
Derrière, doute et grosse remise en question. D’échec en échec, le collectif se délite, la communication a disparu, à tel point que même le staff s’est posé la question de savoir s’il allait au bout du contrat. Alors que faire et comment le faire ? Pas grand-chose pour l’instant, tant qu’il n’y a pas un émirati assez courageux pour parier sur le cheval Cantal et en capacité d’injecter une dizaine de millions d’euros par an. On peut toujours rêver !
Un Stade aurillacois qui va donc devoir digérer le dernier exercice tant bien que mal. Repartir au charbon avec les moyens du bord avec, là encore, une quinzaine de joueurs en fin de contrat. Le point positif, c’est l’arrivée du terrain synthétique et, on l’espère, l’arrêt du casse-tête quotidien depuis des décennies pour le staff : où est-ce qu’on s’entraîne ?
Dans le monde de l’ovalie, le Stade aurillacois est ce fameux petit village gaulois qui résiste encore et encore. Les fans d’Astérix comprendront. On le martèle, le club cantalien est une énigme à ce niveau-là, ce deuxième échelon de l’élite, où le professionnalisme a encore quelques airs d’amateurisme. Alors même si parfois on aimerait plus, même si parfois on aimerait mieux, Aurillac en Pro D2 cela reste incroyablement fabuleux !
(1) Rémi Couty (Pau), Thomas Delpeuch (UBB), Ugo Seunes (Racing 92), Antoine Aucagne (Perpignan), Mikael Alania (Vannes), Beka Saghinadze (Lou), Beqa Shvangiradze (Lou) Joris Segonds (Stade français, Bayonne), Romain Briatte (Stade français), Jimmy Yobo (Toulon), Saïd Hirèche (Brive), Reece Hewat (Pau), Adrien Pélissié (UBB, ASM), Peni Ravai (UBB), Julius Nostadt (Castres, Provence), Thomas Salles (Toulon, Provence)... et bien d'autres encore
Départs, prolongations, arrivées...
La formule pour 2026-2027 sera la même que ces dernières années pour le Stade aurillacois : beaucoup de départs ou d’arrêts (AJ Coertzen, Maël Perrin, Aurélien Barreau, Lucas Oudard, Koen Bloemen, Dominic Robertson McCoy, Wesley Tapueluelu, Abongile Nonkontwana, Mosa’ati Moala, Jean-Luc Cilliers, Léo Salvan, Axel Bevia, David Delarue, Jordon Janse Van Resburg, Dachi Papunashvili, Thomas Delpeuch, Rémi Couty...) ; des arrivées essentiellement du niveau inférieur (Nathan Azaïs, ouverture, Bourg-en-Bresse ; Mattéo Coustalat, troisième ligne, Ruben Courtiès, demi de mêlée, Jean-Baptiste De Clercq, pilier droit, Albi ; Enzo Marzocca, arrière, Lasha Tabidze, pilier droit, Chambéry ; Stéphan Le Roux, seconde ligne, Niort ; Guga Ganiashvili, seconde ligne, Black Lion ; Thomas Carol, ailier/arrière, Paulo Tauiliili, troisième ligne, prêt Pau ; Kléo Labarbe, demi de mêlée, prêt Racing ; Ybann Padonou, troisième ligne centre, La Rochelle...). Le club serait également à la recherche d’un dernier joueur, polyvalent deuxième-troisième ligne.
La direction est également très sélective sur les prolongations, au nombre de huit pour ce que l’on en sait : Gymaël Jean-Jacques (jusqu’au 30 juin 2029), Hugo Bastard (2029), Tedo Abzhandadze (2028), Hugo Huurman (2028), Luka Nioradze (2028), Martial Rolland (2029), Lucas Delort (2029) et, issu du centre de formation, Kewinn Lackay (2029). Mais rien n’est gravé dans le marbre. Côté staff idem avec l’assurance de la présence, l’an prochain, de Roméo Gontineac, Mathieu Lescure et Tim Daniel. Voici quelques jours, le club a trouvé un remplaçant à Jérémy Wanin, parti à Figeac. C’est l’Australien Hadley Jackson qui animera les lignes arrières pour les deux prochaines années, poste qu’il assumait depuis trois ans avec l’équipe nationale des Pays-Bas.