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"Signes de reprises pour les matières premières agricoles"

«Nous venons de connaître la crise économique, bancaire et financière, la plus forte que le monde n’ait jamais connue ; la crise de 1929 était celle des pays occidentaux. Pour la première fois, nous venons de connaître une crise globale… », a affirmé Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, lors de la présentation du rapport Cyclope sur les marchés mondiaux des matières premières, dont la 23e édition vient de paraître. Il note cependant des signes de reprise pour les matières premières agricoles…

Philippe Chalmin, professeur associé à l’université de Paris-Dauphine et coordinateur de Cyclope : « Jamais un rapport Cyclope n’a été rédigé en de pareilles circonstances, dans un tel climat d’incertitude ».
Philippe Chalmin, professeur associé à l’université de Paris-Dauphine et coordinateur de Cyclope : « Jamais un rapport Cyclope n’a été rédigé en de pareilles circonstances, dans un tel climat d’incertitude ».
© Réussir

Le rapport Cyclope 2009 sur les marchés mondiaux des matières premières, dont la 23e édition a été présentée par Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine, est sous-titré « Vertiges et déboires ». Un emprunt à l’un des livres d’un des plus grands maîtres de l’histoire économique, l’historien belge, Paul Bairoch*. « Vertiges » des sommets atteints par nombre de marchés au premier semestre 2008 et « déboires » quand on songe à la crise financière et économique la plus profonde que le monde ait connue depuis 1929 ».

Une assez nette remontée

« L’année dernière, c’était l’euphorie. Les marchés étaient sur leur petit nuage et la Chine tirait la croissance mondiale ». Après la période d’euphorie qui a duré jusqu’aux Jeux Olympiques de Pékin, la Chine est brutalement sortie des marchés car elle avait trop acheté. « Le monde a connu, au second semestre, la crise financière puis la récession économique, surtout industrielle, la plus forte depuis la guerre ». Il en a résulté un effondrement des prix jamais observé auparavant : le pétrole a perdu 70 % de sa valeur, le fret maritime 95 %…
Les marchés de matières premières ont probablement atteint leur point bas au début de l’année, ce qui correspond d’ailleurs au point bas de l’économie mondiale observé au premier trimestre. « Depuis mars-avril, on observe une assez nette remontée d’un certain nombre de marchés : le pétrole dont le prix du baril a presque doublé depuis son plus bas niveau à 33 dollars, les marchés des métaux non ferreux ou du fret maritime ont également connu un retour en grâce… Du côté des marchés agricoles, on observe également une remontée du soja ou du maïs ».

Un vrai printemps !

Les nouvelles un peu meilleures, sur le plan économique, en provenance notamment des Etats-Unis ou de la Chine, poussent Philippe Chalmin à estimer que « les hirondelles des marchés de matières premières ne nous apportent peut-être pas le printemps mais un joli été indien pour l’automne ».
Même si des raisons objectives au niveau des fondamentaux existent, comme la discipline des producteurs de l’Opep, les achats des stocks stratégiques chinois pour le cuivre, le mauvais temps, dont la sécheresse en Argentine pour le soja…, « la reprise est là et si elle se concrétise, les premiers marchés à en profiter seront les matières premières ». Déjà, un retour des investisseurs est observé sur les marchés.
« Nous avons les éléments qui nous permettent de penser que l’économie américaine a passé la phase la plus sombre. Quant à la Chine, elle devrait connaître une croissance supérieure à 8 %. On sait qu’elle se réapprovisionne en soja et en pétrole », constate le coordinateur de Cyclope. « Nous maintenons notre diagnostic : sortie de crise aux Etats-Unis à l’été 2009, dynamique de croissance maintenue en Chine. Un printemps encore timide mais n’en déplaise aux pessimistes, un vrai printemps ! », argumente Philippe Chalmin.

Le message des marchés

Il est très difficile de faire des prévisions mais « la nature même des marchés de matières premières réside dans leur instabilité ». Les matières premières sont « la partie immergée de l’iceberg des tensions géopolitiques et économiques de la planète ». Selon l’économiste, les marchés nous ont transmis un message l’an passé et on aurait tort de l’oublier. « C’est le message de la rareté, conjugué au message des limites de notre environnement. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi. Il faut intégrer un certain nombre de coûts environnementaux dans la production de matières premières, de ressources naturelles que ce soit pour l’énergie ou pour les produits agricoles… « Gardons à l’esprit les émeutes de la faim de l’an passé », rappelle Philippe Chalmin. Selon lui, « les enjeux alimentaires mondiaux » font toujours partie des défis de ce XXIe siècle.

*Son dernier livre (intitulé « Victoires et Déboires »), publié en 1997, est une monumentale histoire économique du monde depuis le xxie siècle (en poche chez Folio-Gallimard).

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