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Sept candidats défendent leur vision de l’agriculture

À la suite du congrès de la FNSEA à Brest, le 30 mars, sept candidats à l’élection présidentielle ont présenté, devant les présidents du Conseil de l’agriculture française, leurs propositions pour redonner du souffle à une agriculture française éreintée par les crises.

© Thierry Michel

« Il faut qu’on arrête d’oublier les agriculteurs et l’impact de l’agriculture sur les territoires », a rappelé Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs, avant que sept candidats à l’élection présidentielle ne se succèdent pour présenter, devant les membres du Conseil de l’agriculture française, leurs mesures en faveur du monde agricole, le 30 mars, à Brest. Souvent délaissée dans les débats politiques, l’agriculture française a en effet de fortes attentes, en cette période électorale, après une succession de crises auxquelles viennent régulièrement s’ajouter des critiques sociétales.

Revenu
Les candidats se sont d’abord engagés sur un certain nombre de mesures destinées à améliorer la rémunération des agriculteurs, alors que les prix ne couvrent pas toujours leurs coûts de production. L’amélioration du poids des producteurs dans les négociations avec la grande distribution a ainsi été évoquée par Emmanuel Macron (En Marche !), qui propose un Grenelle de l’alimentation pour mettre tous les acteurs autour de la table, une révision de la LME, et souhaite que le droit à la concurrence permette aux organisations de producteurs de peser davantage. François Fillon (Les Républicains) a lui aussi évoqué la nécessité, pour les agriculteurs, de « reprendre le pouvoir dans les négociations commerciales », avant que les distributeurs et les industriels ne discutent. Certains candidats ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’aider les agriculteurs à répondre à un marché. La restauration collective est un levier pour Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) qui ambitionne d’y porter à 75 % les produits d’origine locale, de même que pour Marine Le Pen (Front national) qui entend y « assurer à vos produits la première place ». Le candidat de Debout la France propose de son côté un retour aux quotas et aux prix garantis. La revalorisation des retraites agricoles a été évoquée par Emmanuel Macron, qui propose 100 euros de plus par mois, en attendant une harmonisation des systèmes de retraites au cours de son quinquennat ; et par Marine Le Pen qui veut les porter à un minimum de 1 000 euros par mois, auxquels s’ajouterait une prime à la consommation. Le candidat d’En Marche ! souhaite également rendre les agriculteurs éligibles au chômage.

Libérer les agriculteurs
Des mesures ont également été présentées pour permettre au secteur de retrouver de la compétitivité et une capacité d’investissement. Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès) a évoqué un investissement de 10 milliards d’euros en un an. Nicolas Dupont-Aignan propose lui aussi 10 milliards, mais par an, sous forme d’un « fonds de relocalisation » pour aider les exploitations agricoles et les industries agroalimentaire à se moderniser. Tous les candidats entendent également alléger les contraintes qui pèsent sur les agriculteurs : François Fillon propose d’annuler toutes les normes surtransposées, par ordonnance, dès le début de son mandat, Marine Le Pen s’oppose à la juxtaposition de normes incohérentes, et abandonnerait également le compte pénibilité, tout comme le candidat des Républicains. Jean Lassalle, qui n’a pas vraiment évoqué de mesures dans son discours à la gloire de l’agriculture, a quant à lui précisé que la Directive Habitat devait être supprimée.
Autre sujet d’importance pour plusieurs candidats, le coût du travail : Emmanuel Macron juge quant à lui nécessaire « une simplification profonde du droit du travail », que semble également défendre Marine Le Pen, favorable à un assouplissement des 35 h. La candidate du Front nationale est de plus favorable à une défiscalisation des heures supplémentaires. Pour donner de l’air au secteur, les allégements de charges font partie des propositions du candidat d’En Marche ! qui compte faire baisser les charges de 6 points jusqu’à 2,5 Smic. Elles sont également au programme de François Fillon qui prévoit 40 milliards d’euros de baisse, financées par une augmentation de deux points de la TVA, augmentation également proposée par Jacques Cheminade. Le candidat Les Républicains a par ailleurs insisté sur la mise en place d’un compte épargne aléas et propose de rendre les entreprises agricoles éligibles au crédit impôt innovation. Quant à Marine Le Pen, elle transforme le Crédit Impôt compétitivité emploi (CICE) de l’actuel Gouvernement en baisse des charges pérenne. Enfin, la suppression des droits de succession est proposée par Jacques Cheminade, à condition que l’activité de l’exploitation soit maintenue pendant au moins 10 ans, par Marine Le Pen, et par François Fillon, dans le cadre d’une transmission au sein de la famille.

PAC et Frexit
« Je suis le candidat du Frexit » : François Asselineau (Union populaire républicaine), premier candidat à s’exprimer, a placé dès le début le sujet de l’Europe au centre du débat. Pour le secteur agricole, les eurosceptiques (François Asselineau, Marine Le Pen) avancent l’argument budgétaire : « chaque année, les Français versent 9 milliards d’euros aux pays de l’Est », considère le candidat de l’UPR. Ce dernier, comme Marine Le Pen, balayent également le risque de voir les exportations agroalimentaires françaises diminuer fortement ou subir d’importants droits de douane après une sortie de l’Union européenne, arguant que la qualité des produits français continuera d’attirer les importateurs. « L’Europe, c’est la guerre, la guerre des prix, la concurrence déloyale, l’injustice sociale la plus profonde », a défendu Marine Le Pen. Nicolas Dupont-Aignan estime de son côté qu’il faut « laisser une dernière chance au système de se réformer », mais est prêt à demander « un traité alternatif européen » si les intérêts français ne sont pas bien défendus. Pour les autres candidats, l’Europe est nécessaire à la France et à son agriculture, même s’ils reconnaissent l’importance d’aller plus loin dans l’harmonisation des règles. Pour qu’elle réponde mieux aux attentes des agriculteurs, François Fillon propose de venir à Bruxelles « avec un projet PAC que nous aurons conçu » et qui servira de base à la discussion. Pour le défendre, le ministre de l’Agriculture devra être « un poids lourd, quelqu’un qui sait négocier », peut-être à l’image du député européen Michel Dantin, soutien de François Fillon et présent au premier rang. Pour Emmanuel Macron aussi, le ministère de l’Agriculture « sera fort et il sera à plein temps », un tacle à Stéphane Le Foll qui n’a pas manqué d’être applaudi par la salle. « Toutes les filières exportent vers les pays européens », a rappelé le candidat d’En Marche !, qui défend « une Europe qui protège contre les crises ». Concluant ce grand oral, Christiane Lambert a de son côté tenu à rappeler l’attachement des agriculteurs à l’Europe, en dépit des frustrations : « nous souhaitons une Europe attractive, audacieuse. Oui, nous croyons en l’Europe. Nous sommes des européens convaincus », une façon de rappeler la position du CAF. Si le CAF n’a pas donné d’autres consigne de vote que celle d’aller voter, sa position sur le sujet européen n’a donc pas besoin d’être clarifiée.

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