Sécheresse : dans l'Allier, l'État et la profession agricole unissent leurs forces face à une crise historique
Face à une sécheresse et des épisodes de canicule d'une intensité inédite, les services de l'État, la Chambre d'agriculture et les organisations syndicales agricoles de l'Allier se sont retrouvés au GAEC des Chalots, à Lusigny, pour lancer les tours de plaine destinés à évaluer les pertes. Une étape indispensable pour engager la procédure d'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN). Mais tous les acteurs alertent sur des conséquences économiques qui dépasseront le cadre de ce dispositif.
Face à une sécheresse et des épisodes de canicule d'une intensité inédite, les services de l'État, la Chambre d'agriculture et les organisations syndicales agricoles de l'Allier se sont retrouvés au GAEC des Chalots, à Lusigny, pour lancer les tours de plaine destinés à évaluer les pertes. Une étape indispensable pour engager la procédure d'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN). Mais tous les acteurs alertent sur des conséquences économiques qui dépasseront le cadre de ce dispositif.
Des tours de plaine pour mesurer l'ampleur des dégâts
Du 4 au 6 août, une douzaine d'exploitations représentatives ont été visitées afin d'évaluer les pertes en maïs, cultures de printemps, mais aussi en viticulture, le maraîchage, l'arboriculture et les petits fruits.
Ces constats de terrain permettent de déterminer si les seuils ouvrant droit à l'Indemnité de Solidarité Nationale (ISN) sont atteints.
En ouvrant le point presse, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier, Olivier Maurel, a rappelé le caractère exceptionnel de la situation.
« Nous sommes sur l'été le plus chaud depuis 1900. Depuis le 20 juin, nous avons pris pas moins de six arrêtés sécheresse. Il fallait travailler de manière proactive avec la Chambre d'agriculture afin d'accompagner les exploitants. »
Entrée en vigueur en 2023, l'ISN remplace progressivement l'ancien régime des calamités agricoles. Émilie Le Cardiet, adjointe au chef du service Économie agricole de la DDT, rappelle que, pour le maïs, « il faut atteindre au moins 50 % de pertes » pour déclencher le dispositif.
Les exploitants assurés sont indemnisés par leur assureur, tandis que les non-assurés dépendent d'une reconnaissance préalable du département.
Or, dans l'Allier, seuls environ 500 exploitants sur 3 300 déclarants PAC disposent aujourd'hui d'une assurance multirisque climatique.
« Les pertes seront colossales »
Pour Christophe Jardoux, président de la Chambre d'agriculture de l'Allier, les visites de terrain confirment déjà l'ampleur des dégâts.
« Nous en sommes à la quatrième canicule consécutive. Toutes les productions sont impactées. Partout où nous passons, les cultures de printemps dépassent les 50 % de pertes. Nous avons vu des parcelles de maïs qui feront dix quintaux. C'est du jamais-vu. »
S'il juge indispensable de faire reconnaître rapidement le département au titre de l'ISN, il estime que le dispositif ne permettra pas de répondre à l'ampleur de la crise.
« Ce qui existe aujourd'hui est inopérant par rapport au montant colossal des pertes. Les chèques seront minimes. Ce n'est pas cela qui permettra aux exploitations de passer le cap. »
Le président de la Chambre appelle à des mesures exceptionnelles pour soutenir les trésoreries, accélérer les procédures et accompagner l'adaptation de l'agriculture au changement climatique.
« Les banques, l'État et l'ensemble des partenaires devront se mobiliser. »
Unité syndicale et appel à des réponses nationales
Rarement les organisations agricoles du département auront affiché une telle unité.
À l'invitation de la Chambre d'agriculture, la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs (JA), la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne ont participé ensemble aux tournées de terrain.
Président de la FNSEA de l'Allier, Geoffrey Rivaux salue cette mobilisation collective.
« Nous, à la FNSEA, sommes régulièrement sur le terrain. Cela fait un moment que nous tirons la sonnette d'alarme. » Selon lui, la succession des mauvaises récoltes, la hausse des charges, les difficultés des filières d'élevage et un système assurantiel jugé inadapté placent de nombreuses exploitations dans une situation critique. « Les agriculteurs ne peuvent pas rester la variable d'ajustement. »
Pour les JA 03, la crise pose également la question du renouvellement des générations.
« Dans des années comme celle-ci, les jeunes doutent de l'avenir », souligne Ludivine Lot, présidente des JA 03.
« Il faudra adapter nos exploitations et nos pratiques, mais aujourd'hui l'urgence est de soutenir les agriculteurs pour qu'ils puissent passer ce cap. »
Même constat du côté de la Coordination Rurale de l’Allier.
Son vice-président, Richard Ressot, estime que « les maïs sont en train de mourir » et que « les stocks de fourrage sont dilapidés tous les jours ».
Il attend de ces visites qu'elles permettent à l'État « de prendre conscience de l'extrême urgence ».
Il poursuit : « On remercie le président de la Chambre d'agriculture, il nous a associés à ce travail de remontée de terrain parce qu'effectivement là, il n'y a pas de barrière syndicale, les problèmes on les a tous, donc il faut qu'on avance tous ensemble ».
Au-delà de la procédure d'indemnisation, tous les intervenants partagent la même conviction : face à un épisode climatique qualifié d'historique, les réponses devront être à la hauteur des enjeux économiques, humains et alimentaires qui se jouent aujourd'hui dans les exploitations bourbonnaises.
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