Santé auditive en agriculture, attention aux risques du quotidien
Entre le moteur du tracteur, les cris d'animaux ou encore la tronçonneuse, l’audition des agriculteurs est mise à rude épreuve au quotidien. Des gestes simples peuvent éviter des dommages irréversibles et préserver ce sens essentiel à la sécurité et à la vie sociale.
Entre le moteur du tracteur, les cris d'animaux ou encore la tronçonneuse, l’audition des agriculteurs est mise à rude épreuve au quotidien. Des gestes simples peuvent éviter des dommages irréversibles et préserver ce sens essentiel à la sécurité et à la vie sociale.
À l'occasion de la Journée Nationale de l'audition ce jeudi 12 mars, nous avons interrogé la MSA Auvergne sur les risques de pertes de auditives dans le cadre d'une activité professionnelle.
En agriculture, l’exposition aux bruits intenses est une réalité quotidienne. Tracteurs, tronçonneuses et autres machines agricoles dépassent souvent les 80 décibels (dB), seuil à partir duquel les cellules internes de l’oreille peuvent être endommagées de manière irréversible.
À titre de comparaison, la parole humaine s’élève à 50 dB. Au-delà de 120 décibels (seuil de douleur), une seule exposition peut suffire à provoquer une atteinte auditive. À partir de 140 décibels, une surdité brutale, parfois irréversible, peut survenir.
« L'appareil auditif est l'un des rares organes à ne pas se régénérer après une blessure » précise Carole Jeanton, médecin du travail et chef du service santé sécurité au travail de la MSA Auvergne. Protéger ses oreilles au quotidien est le seul moyen de réduire les risques auditifs.
« Une fois installée, la perte d'audition est irréversible. »
Les pertes auditives apparaissent à tous les âges de la vie
S'exposer aux bruits du tracteur ou de tout autre engin agricole peut altérer l'audition, mais c'est avant tout contre l'effet cumulatif que met en garde le Dr Jeanton. Même fractionnée, chaque exposition non protégée s’ajoute aux précédentes, accélérant la dégradation auditive.
« Le seuil de 80 dB est évalué sur une journée de 8 heures de travail. »
Les pertes auditives liées au travail apparaissent souvent après 50 ans, mais peuvent débuter dès 45 ans selon le niveau et la durée d’exposition cumulée. Une exposition brutale a bien évidemment un impact à tout âge. Il existe des causes génétiques de surdité, mais l’exposition au bruit peut en favoriser l’expression.
« Les fréquences les plus atteintes que l'on observe dans la perte d'audition sont celles de 4 000 Hz, qui appartiennent aux fréquences de la parole humaine. »
Pour la personne concernée, cela se traduit par des difficultés à comprendre une conversation, surtout en présence de bruit ambiant comme dans les restaurants ou lors des réunions. Certaines musiques ou sons deviennent même inaudibles. Or l’audition est un sens précieux.
« L'audition est un sens d’alerte face au danger : moins bien entendre peut accroître le risque d’accident. »
Prévention : agir collectivement et individuellement pour préserver l'audition des agriculteurs
La prévention collective progresse, notamment avec l’amélioration de l’isolation des cabines de tracteurs, désormais courante.
La protection individuelle reste toutefois indispensable.
« Le casque anti-bruit est efficace mais plus contraignant, plus encombrant. Les bouchons moulés sur mesure, adaptés aux intensités sonores, constituent la protection auditive la plus performante à ce jour, malgré un coût plus élevé. »
Le principal écueil de ces matériels de prévention reste l’oubli. Ne pas se protéger « juste cette fois » contribue à l’effet cumulatif des expositions au cours d'une journée.
Ces équipements de protection individuelle (EPI) sont à la charge de l’employeur, mais aussi de l’agriculteur pour lui-même.
« Dans un contexte où l’on travaille longtemps et souvent seul, préserver son audition, c’est préserver sa sécurité, son efficacité et sa vie sociale » insiste le Dr Jeanton.
Consulter un professionnel de santé dès l'apparition d'une gène auditive
Dès les premiers signes de baisse auditive (difficulté à suivre une conversation, sensation d’oreille bouchée ou sifflements), il est crucial de consulter sans tarder.
« Une perte d’audition peut aussi résulter d’autres pathologies que l’exposition professionnelle pour lesquelles il existe des traitements. »
Une perte bilatérale d’au moins 35 décibels peut être reconnue comme maladie professionnelle, permettant ainsi de bénéficier d’aides pour l’appareillage auditif, voire d’une compensation financière en cas de handicap sévère. Agir rapidement, c’est donc se donner les moyens de limiter les conséquences et d’accéder aux dispositifs d’accompagnement existants.
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