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Romain Merle, l’enfant du pays

À 27 ans, il fait partie de cette nouvelle génération d’agriculteurs qui avancent sans hésitation. Minutieux, déterminé et dynamique, il assume son caractère franc et direct : « Je n’aime pas tourner autour du pot ».

Romain Merle, agriculteur et membre des JA63
Romain Merle, agriculteur et membre des JA63
© Albane Dupin

Originaire du village, l’exploitation familiale ne date pas d’hier : plusieurs générations s’y sont succédé, toujours sur le même site, à Saint-Gervazy. « J’ai toujours baigné dedans » affirme Romain.

Aujourd’hui, il est installé avec ses parents sur une exploitation de 170 hectares en polyculture élevage, avec un troupeau d’environ 400 brebis allaitantes. Les cultures se diversifient entre tournesol, maïs, blé, orge, triticale, luzerne. Un système complet mais exigeant, ou « il n’y a pas vraiment de week-end de repos ».

Un parcours diversifié

Bac agricole à Brioude-Bonnefont, BTS productions végétales à Valence, puis licence professionnelle en expérimentation du végétal au Havre complétée par un apprentissage chez HM Clause, si le jeune Auvergnat bénéficie d’un parcours solide, une chose est sûre : il n’a pas peur des kilomètres.

S’il enchaîne les expériences professionnelles comme les entraînements de rugby, il freine la cadence lorsqu’il se fait embaucher dans le Sud, à Saint-Rémy-de-Provence, en tant que chef d’équipe, sur la partie sélection melon, « enfin, j’ai fait chef d’équipe les six premiers mois, et technicien de sélection melon les six derniers », rectifie-t-il.

Ce choix de partir, il le revendique, « au début, je ne savais pas si je reviendrais. J’avais envie de voir autre chose. »

Là-bas, à seulement 24 ans, il manage déjà une équipe de 10 à 15 personnes. « C’était un peu exceptionnel. » Face à des salariés parfois plus expérimentés que lui, il adopte une méthode simple : observer et s’imprégner avant d’imposer. « Je ne suis pas arrivé avec mes gros sabots. » Un tempérament qui en dit long sur son approche du travail et du management. Cette belle aventure, il continue de la faire vivre encore aujourd’hui. « Une fois par an, je retourne les voir. Ça fait toujours plaisir. »

Ces quelques-uns an et demi passé au soleil lui auront plu, mais ne l’auront, pour autant, pas convaincu à poser définitivement ses bagages. Il fait ainsi le choix des racines plutôt que de l’ailleurs, et revient au bercail, pour de bon : 

Les amis, la famille et le terroir me manquaient. On peut dire que je me suis rendu compte que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs. »

Après une tentative d’installation sur l’exploitation familiale qui échoue, ce bosseur sans détour ne baisse pas les bras. Il occupe pendant 1 an et demi le poste de technico-commercial sur la partie agrofourniture pour Timac Agro, sur la zone de Saint-Nectaire.

Légende photo

Une installation bousculée

Officiellement installé depuis le 1er janvier 2025 avec ses parents, la suite de son parcours est loin d’être linéaire.

Au départ, il s’orientait vers une production qui sort de l’ordinaire : les micros pousses en conteneur.

Dès mars 2025, il s’investit pleinement dans le développement de cette production, minutieuse et novatrice. De fin mars à juillet, il cultive des micros pousses ; roquette, moutarde, radis, cresson ; une production courte mais technique, bien différente du quotidien agricole classique. Fin juillet, c’est la douche froide. La start-up qui portait le projet, malgré l’entrée de Limagrain au capital, met fin à l’activité. Le projet tombe à l’eau. 

Mon installation était basée là-dessus… ça a remis pas mal de choses en question ».

Fidèle à lui-même, Romain ne perd pas les pédales et rebondit, comme à son habitude. « Il y a des choses plus graves ». C’est ainsi qu’il s’installe avec ses parents, cette fois-ci sur l’exploitation.

Inévitable engagement

Engagé ? Il l’est. Adhérent aux Jeunes Agriculteurs 63 depuis 2021, il considère cette implication comme essentielle. « Si demain il n’y a plus de JA, ça veut dire qu’il y a des sièges vides. Des sièges vides, ce sont des personnes qui ne sont pas du terrain et qui vont prendre des décisions à notre place. Et nous, on va se retrouver impactés, sans avoir eu notre mot à dire. »

Administrateur départemental du syndicat depuis l'année dernière, il s'implique pour faire remonter les réalités du terrain, et « le son de cloche du canton ». C'est un secteur «dynamique» : plusieurs jeunes sont installés sur la petite commune de 350 habitants. « C'est motivant », souligne-t-il.

Au-delà du « parler problématiques », cette appartenance au syndicat JA lui permet de se créer un réseau professionnel. Et comme tout jeune qui se respecte, il n’oublie pas un aspect important du collectif, « c'est aussi sympa d’apprendre à connaître les JA du coin, de se soutenir, et de partager des moments conviviaux ».

Sa vision du métier… et des défis qui l’accompagnent

Et du soutien, il en faudra ! Environnement, réglementations, produits phytos, engrais, gestion des haies, gestion des arbres, restrictions d’eau. Bref, les défis restent nombreux, « et puis, c'est un peu les défis de tout le monde ».

Malgré cela, Romain ne perd pas son optimisme. « J’ai bon espoir qu'on ouvre les yeux, qu’il y ait une prise de conscience autour de l’agriculture, et qu'on valorise un peu plus la qualité de nos produits. À l’échelle locale, mais aussi nationale. »

Ancien rugbyman et badiste à ses heures perdues

Travailleur acharné, il assume un rythme intense. Et dans le rugby comme dans la vie, pour lui, la clé, c’est la confiance en soi

Si tu hésites tout le temps, tu n’avances pas. »

Côté personnel, le sport occupe une place importante. Ancien troisième ligne aile à Sainte-Florine, il est contraint de lever le pied à cause de l’installation, mais reste passionné par ce sport « aux valeurs proches de l’agriculture ».

Depuis un an, l’amoureux du rugby a troqué le ballon ovale pour le volant de badminton. Un passe-temps qu’il pratique à ses heures perdues, quand il en a, pour conserver une activité sportive, « histoire de se sortir la tête de l’exploitation », sans jamais oublier le groupe de copains du club.

À l’avenir ?

Si on revenait dans 10 ans ? Selon Romain, l’exploitation n’aurait que très peu changé. À peu près la même taille, les cultures auraient été consolidées sur chaque parcelle, et le cheptel aurait été rajeuni, tout en le stabilisant autour de 400, 450 brebis. Et forcément, se pose la question de l’évolution de la main-d’œuvre avec le retrait de ses parents.

Pour l'instant, je préfère vivre au jour le jour ».

Une manière de rester fidèle à ce qui le définit le mieux : avancer, simplement, et efficacement, sans détour.

À lire aussi : Jérémie Bosch, nouveau président de Vetagro Sup : "L'enseignement agricole ne doit pas être déconnecté des filières agricoles et agroalimentaires"

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