À Rocles, le pari de l’élevage de bison
Matthieu Peron a quitté la région parisienne pour créer, avec son épouse, un élevage de bisons dans l'Allier. Un choix guidé par une réflexion économique autant que par une passion pour cet animal. Forte de 400 bêtes, la ferme des Bisons d’Auvergne transforme et commercialise la viande de bison et ouvrira de nouveaux ses portes au public début septembre.
Matthieu Peron a quitté la région parisienne pour créer, avec son épouse, un élevage de bisons dans l'Allier. Un choix guidé par une réflexion économique autant que par une passion pour cet animal. Forte de 400 bêtes, la ferme des Bisons d’Auvergne transforme et commercialise la viande de bison et ouvrira de nouveaux ses portes au public début septembre.
Des bisons dans l’Allier
Dans le car, sur le trajet Montluçon-Moulins, une lycéenne donne un coup de coude à sa camarade et s’exclame : « Regarde ! Un bison ! ».
Les deux élèves n’en reviennent pas.
Mais elles ne sont pas les seules habitantes de l’Allier à ignorer la présence de bisons dans le département.
La présence incongrue de ces animaux sauvages originaires d’Eurasie dans le bocage Bourbonnais est due à Matthieu Peron.
Ancien responsable marketing chez Massey Ferguson, ingénieur agronome tout comme son épouse, Christel, le couple nourrissait le projet de quitter la région parisienne et de construire leur propre entreprise.
« Je me suis installé le premier en 2012, puis mon épouse m'a rejoint dix ans plus tard. Aujourd'hui, nous dirigeons l'exploitation ensemble », raconte l’éleveur, originaire du Puy-de-Dôme.
Ses nombreux voyages professionnels lui ont permis d'observer différentes agricultures dans le monde et de nourrir sa réflexion.
« En France, nous figurons parmi les meilleurs sur le plan technique. Pourtant, beaucoup d'agriculteurs peinent à vivre de leur métier. Je savais que je ne ferais pas mieux que ceux qui étaient déjà installés dans des productions classiques. Il fallait trouver un autre modèle. »
Il poursuit : « Je voulais vendre moi-même ma production, limiter les intermédiaires et maîtriser mon prix de vente plutôt que dépendre d'une crise climatique ou des marchés mondiaux ».
Le bison, un choix stratégique autant qu'une passion
Le déclic survient à la lecture d'un ouvrage de Dan O'Brien, un éleveur américain reconverti du bovin vers le bison.
« L'auteur expliquait le rôle du bison dans les grandes plaines, sa manière de pâturer et son interaction avec la nature. Je me suis dit : pourquoi pas le bison ? », se souvient Matthieu Peron.
Séduit par cet animal sauvage, mais aussi par les qualités nutritionnelles de sa viande, Mathieu Peron rencontre un éleveur belge qui deviendra son associé.
Alors que le projet était envisagé sur une exploitation de 30 à 50 hectares dans le Puy-de-Dôme, il prend finalement vie dans l’Allier, sur une exploitation de 230 hectares d'un seul tenant, entièrement sécurisée par une clôture réglementaire de 1,80 mètre capable de résister à la puissance des animaux.
Parti de 24 bisons achetés au départ, aujourd'hui, le troupeau compte près de 400 bisons, dont 110 femelles reproductrices, répartis sur trois générations.
L'entreprise emploie désormais deux salariés à temps plein : un boucher pour le laboratoire de découpe et un salarié chargé des animaux, ainsi qu'une salariée partagée avec l'élevage des Lamas du Tilloux dans le cadre d'un groupement d'employeurs.
Matthieu Peron préside désormais l'Association des éleveurs de bisons de France, qui rassemble une quinzaine de producteurs. Son objectif est de développer la notoriété de la filière.
De la prairie jusqu'au burger
Sur l'exploitation, les bisons sont nourris exclusivement à l'herbe : « Nous produisons tous nos fourrages sur l'exploitation. Les animaux sont nourris uniquement à l'herbe, sans complémentation en céréales ».
La viande de bison se rapproche du bœuf, avec une légère note boisée. Très tendre, elle est pauvre en matières grasses et en cholestérol, tout en étant riche en fer.
Matthieu Peron transforme également ses animaux sur place.
Deux ans après la fermeture de l'abattoir de la Sicaba de Bourbon-l'Archambault, il construit sur son exploitation le deuxième abattoir paysan de France, permettant d'assurer l'abattage des bisons directement à la ferme.
La commercialisation passe ensuite par la vente directe à la ferme et par un food-truck présent sur les Marchés des producteurs de pays.
Les visiteurs y dégustent des burgers confectionnés avec de la viande de bison, du pain artisanal, des frites locales, du fromage d'un producteur voisin et une sauce maison.
Une manière de faire découvrir une viande encore méconnue, mais aussi de défendre un modèle agricole où la création de valeur reste entre les mains du producteur.
Réseaux : « Un outil précieux pour gagner en visibilité »
Adhérent au réseau Bienvenue à la ferme depuis son installation en 2012, Mathieu Peron voit dans ce réseau un véritable soutien en communication.
« Nous avons adhéré dès le départ pour gagner en visibilité, participer aux Marchés des producteurs de pays et nous faire connaître. Que ce soit Bienvenue à la ferme ou Allier Bourbonnais Savoir-Faire, ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. »
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