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Prix : “Les leviers d’actions portés aujourd’hui ne vont pas suffire”

AGRICULTURE - Les JA et la FDSEA du Cantal ont accueilli, le 19 mai, le préfet sur une exploitation à Saint-Antoine pour évoquer plusieurs points, mais essentiellement l’envolée des charges.

Contexte géopolitique anxiogène

Englué dans un contexte géopolitique anxiogène et aux conséquences économiques bien réelles, Jeunes agriculteurs et FDSEA du Cantal ont tenu à rencontrer Philippe Loos, préfet du Cantal, pour lui faire part de leurs vives inquiétudes. Une rencontre volontairement fixée sur le terrain, sur l’exploitation de Benoît Ferrières à Saint-Antoine (lire ci-dessous). Ce que vivent les éleveurs actuellement, “c’est une évolution des prix côté intrants, et des effets à venir sur les services agricoles, qui nous impactent fortement”, présentait Joël Piganiol, président de la FDSEA Cantal. Une situation loin d’être nouvelle, qui a déjà été remontée au niveau de l’État et du ministère de l’Agriculture.

 

 Pour autant, on voit bien que les leviers d’actions portés aujourd’hui ne vont pas suffire. Quand on se projette sur les chiffres et les études réalisées par la Chambre d’agriculture sur les exploitations, des cas types, représentatifs de systèmes lait ou allaitant, indiquent une dégradation très forte des revenus sur l’année en cours, au vu des augmentations de charges”.

Enjeux et ambitions "ne sont pas au rendez-vous”

Selon cette étude, et sur un comparatif conjoncturel de 2024, c’est une hausse de 50 % du prix carburant
de 40 % de l’engrais, de 6 % en ce qui concerne l’équipement agricole ou encore une inflation moyenne (hors MSA, engrais, carburant et ETA) de 5 %. La double peine, c’est que dans le même temps, le prix du lait affiche - 30 euros pour 1 000 litres (AOP), -55 €/1000 l (non AOP) ; côté viande, c’est -15 centimes d’euro sur le kilo carcasse ou encore du - 1 €/kg vif sur le broutard. “On a conscience que l’État français n’est pas responsable de la guerre en Iran. Pour autant, les enjeux et les ambitions pour l’agriculture ne sont pas aujourd’hui au rendez-vous. Ce n’est pas nouveau. L’accompagnement à la production n’est plus le fil conducteur que porte l’État”, insistait le président de la FDSEA
Un constat qui repose notamment sur les leviers censés organiser l’agriculture “avec beaucoup de réglementaire et peu d’accompagnement à la production”.  À l’heure où la loi d’urgence est débattue à l’Assemblée, et que de nouvelles annonces étaient attendues dans la semaine, “il faut quelque chose de beaucoup plus ambitieux. Si on 
n’accompagne pas dans cette période, ce sera des reculs de productions dans tous les secteurs”, et Joël Piganiol ne parle pas seulement de l’élevage. D’ailleurs, et même si la situation géopolitique s’arrangeait dans les jours qui viennent, Joël Piganiol estime que l’effet sera durable quant à la dégradation des prix, des charges et donc des revenus, “celui de 2026 va déjà être impacté de manière significative”.

“Qui mieux que l’État pour arbitrer tout cela ?”

Un sentiment partagé par Valentin Delbos. Le président des JA va même plus loin, jugeant la situation “effrayante parce qu’un jeune qui s’installe n’a aucune vision. Aujourd’hui, les charges sont élevées, les produits ne se vendent pas et on ne sait pas comment faire... Un jeune qui s’est installé l’année dernière voit son projet d’installation s’écrouler. Comment on va le soutenir avec des banques de plus en plus frileuses ? Il lui faudra de l’accompagnement, du soutien... et un peu de tolérance aussi”. Il estime que la profession avance sans vision à plus de trois mois. Et même quand la conjoncture est favorable, “nos acheteurs s’organisent pour faire casser la “gueule” aux prix. Ce n’est quand même pas normal ! L’État a des moyens de pression”. Un cadre sur la viande, de la structuration sur le lait, la pensée générale porte bien sur une entente collégiale entre les éleveurs et les industriels. Mais tant pour les JA que la Fédé, qui mieux que l’État pour arbitrer tout cela ? 

Là-dessus, on a besoin de vous, insistait Valentin Delbos. Quand nous on discute, on ne pèse pas grand-chose. L’État doit peser dans le match parce qu’on a besoin d’une vision claire à long terme. On a la capacité de mettre en place des choses. Le problème, c’est qu’il faut que tout le monde soit d’accord, prêt à faire un pas vers l’autre.”

Mettre en place des solutions

Rappelant que le Cantal est l’un des départements où il y a le plus d’installations, Valentin Delbos a également fait un parallèle avec la loi Egalim. “Elle n’est pas appliquée partout. Là, c’est pareil : que fait l’État ? C’est juste une volonté politique, un peu de courage... Nous ce qu’on veut, c’est mettre en place des solutions sans aller toujours quémander du pognon hormis pour passer ces coups durs.” L’occasion aussi pour Joël Piganiol d’insister sur “la nécessité à rouvrir une négociation commerciale pour qu’on puisse absorber l’augmentation des prix, des charges, des intrants, par un prix de vente de nos produits”, estimant que les négociations conclues en février n’apporteront pas la solution à ce qui est vécu aujourd’hui.

 

TÉMOIGNAGE - Les investissements que "je ne ferai pas !"

Installé en 2021, en exploitation individuelle, Benoît Ferrières, ancien conseiller agricole, s’est reconverti en système laitier, et un peu de culture, sur un peu moins de 80 hectares, “pour une production livrée d’un peu plus de 380 000 litres de lait avec 40 vaches laitières”, des holstein et quelques croisées montbéliarde. À coté, un petit atelier d’engraissement de génisses issues du troupeau. Face au préfet, l’éleveur a témoigné : “J’ai fait des simulations pour les coûts... Cela a pris une sacrée augmentation. Moi le GNR, ça me double la facture. Je payais en moyenne 0,65 € le litre hors taxes. Là, je suis aux alentours de 1,20 €. Je brûle entre 10 et 12 000 litres de GNR par an. D’un budget de 7 000 € je vais passer à 12 et 13 000 € suivant le volume que je vais consommer. Pour les engrais, j’étais à 21 tonnes d’ammonitrate utilisées qui me coûtaient 420 € de moyenne. Là, les propositions que j’ai sont aux alentours de 580 €. Et l’urée que j’utilise sur le maïs, a doublé, passant de 402 € à 809 € la tonne.” Les explications qui lui sont données face aux augmentations sont directement liées au conflit en Iran, aux fluctuations des productions et des cours du pétrole et du gaz. Mais pour lui, impossible de fonctionner autrement, “même si ça me coûte, au global, 8 000 € de plus par an. Alors c’est simple : ce sont des investissements que je ne ferai pas. Je voulais moderniser mon bâtiment. Je ne pourrai pas !”

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