Prix des bovins : vers des actions coup de poing
Face à une pression sur les prix qu’aucun indicateur de marché ne justifie, la FNB (Fédération nationale bovine) appelle abatteurs et opérateurs à la raison, sous peine d’actions locales voire de mot d’ordre national.
Face à une pression sur les prix qu’aucun indicateur de marché ne justifie, la FNB (Fédération nationale bovine) appelle abatteurs et opérateurs à la raison, sous peine d’actions locales voire de mot d’ordre national.
Les éleveurs croyaient cette ère-là enterrée, celle de la rumeur véhiculée d’un retournement de marché pour justifier, dans les cours de ferme, des baisses de prix sur les animaux. A tort. Quelques mois à peine après avoir pu, enfin, goûter à des prix rémunérateurs couvrant leurs coûts de production... patatras. Depuis la mi-avril, les producteurs de viande bovine subissent une pression de la part des opérateurs de la filière qui s’est accentuée ces derniers jours, pour atteindre, sur certaines catégories d’animaux gras, un recul de 30 cts€/kg carcasse selon les cotations de FranceAgriMer.
Une attaque sur les prix brutale et inédite
“C’est une attaque de la filière sur nos prix, une attaque comme on en a rarement vu !” a dénoncé ce mercredi 29 avril Patrick Bénézit, président de la Fédération nationale bovine (FNB), à l’issue d’un conseil fédéral qui a réuni une centaine de responsables départementaux en visioconférence.
Une attaque qui, chaque semaine, représente pour les éleveurs un manque à gagner de 6 millions d’euros (pour 50000 animaux abattus), de manière “totalement injustifiée”, a martelé l’éleveur cantalien, démontant un à un les pseudo-arguments avancés par l’aval.
Le marché européen serait déprimé ?
“Loin s’en faut, il est plutôt porteur”, rétorque la FNB. Les cours du JB à Modène (Italie) se tiennent, à + 8 €/kg carc., permettant de valoriser les broutards à leur niveau de mars 2026. «Il y a 1 € d’écart avec le JB français pour le même type d’animaux, c’est incompréhensible ! fustige le responsable syndical. Et quand on nous parle d’importation de viande polonaise, il faut comparer ce qui est comparable, la Pologne représente très peu de bétail...”
“La consommation n’est pas un sujet”, tranche Patrick Bénézit.
La méthode des bilans - basée sur les tonnages abattus auxquels sont retirés les exportations et additionnées les importations – montre une consommation qui se tient (étale en janvier) et même en progression (+ 4 % en février).
Quant aux importations, “on est allé vérifier dans les magasins”, elles ne progressent pas, même si les éleveurs restent vigilants et disent surveiller de près certaines enseignes, dont Lidl, mais aussi les chaînes de restauration rapide.
Les frigos des abatteurs seraient pleins ?
“C’est effectivement la seule donnée qu’on ne maîtrise pas, concède Cédric Mandin, secrétaire général de la FNB. Mais on ne dispose d’aucun indicateur factuel puisqu’on nous refuse l’accès aux abattoirs.”
Enfin, l’offre serait en surnombre, justifiant de ne pas acheter d’animaux (sauf à bas prix...). “Si les frigos étaient réellement pleins, les vaches annoncées ne partiraient pas, or elles partent dans les jours qui suivent”, rapporte Guillaume Gauthier, éleveur en Saône-et-Loire et vice-président, lui-même concerné. Autre preuve : les sorties de JB n’ont que quelques jours d’avance. Au passage, la FNB relève également que les 320 000 veaux manquants - du fait de la décapitalisation et de la vague FCO de 2024 notamment - sont ceux qui auraient dû sortir dans les jours et semaines à venir. Autant qui ne risquent donc pas d’encombrer le marché.
Rien donc qui légitime ce que la FNB considère comme une tentative des opérateurs de faire payer aux éleveurs la hausse de leurs charges consécutives au conflit au Moyen-Orient. “Nous aussi on doit faire face à une hausse de charges : du GNR, des engrais, des films et plastiques d’emballage des fourrages...” liste Patrick Bénézit.
Un très mauvais signal pour l’engraissement français
Pour la FNB, les abatteurs - et dans leur sillage les opérateurs intermédiaires - font une erreur stratégique qui pourrait hypothéquer le plan de souveraineté élaboré avec l’amont pour casser la décapitalisation et inciter à engraisser davantage sur le sol français. “Ce n’est vraiment pas malin de leur part, c’est un très mauvais signal qui pourrait bien conduire les engraisseurs français à se tourner vers l’export, privant ainsi les abatteurs français de volumes. Et/ou à exiger des contrats en bonne et due forme avant d’engager des veaux”, met en garde la FNB.
Cette dernière appelle abatteurs et opérateurs à cesser immédiatement leur stratégie baissière sur les prix et à revenir aux cours de mars. Elle demande aux éleveurs de ne pas céder à cette “baisse injustifiée”, et à ceux qui le peuvent de retenir les animaux en ferme le cas échéant. “Nous avons aussi alerté la ministre de l’Agriculture pour qu’elle mette les pieds dans le plat et condamne ce qui est en train de se passer”, poursuit Patrick Bénézit.
Message a en outre été donné aux sections bovines départementales de laisser libre cours à des opérations coup de poing visant les opérateurs particulièrement zélés pour comprimer les prix. “Et on se réserve le droit d’engager des actions nationales si la situation devait perdurer”, préviennent les syndicalistes.
Broutards : "Du grand n'importe quoi !"
Pour la FNB, dans cette opération de déstabilisation, chacun y est allé de sa stratégie. Et sur le marché du maigre, “certains opérateurs ont profité de la situation et se sont servis des marchés au cadran pour amplifier la baisse et essayer de faire des coups, notamment sur du bétail “entre deux”, des queues de lots, des broutards de fin de saison”. Des comportements d’un autre âge, pointe Patrick Bénézit alors qu’Italie et Espagne restent activement demandeurs de broutards français et sont prêts à mettre le prix.