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Première sortie officielle de terrain pour la nouvelle préfète de la Creuse

En allant à la rencontre de la profession agricole creusoise, le vendredi 9 juin dernier sur l’exploitation du Gaec Ageorges à Sainte-Feyre, Anne Frackowiak-Jacobs a clairement affiché la priorité qu’elle souhaitait donner au secteur économique de l’agriculture.

© MF

Répondant au souhait exprimé par la Préfète de réserver sa « première sortie terrain » au secteur agricole, la Chambre d’agriculture l’a conviée à rencontrer une délégation de professionnels sur l’exploitation de Yves et Romain Ageorges, père et fils installés en Gaec aux portes de Guéret.
Le choix de l’exploitation n’était pas innocent car si les sujets liés à la sécheresse préoccupent tout un chacun (ils étaient au menu du Comité eau qui a placé la Creuse en alerte sécheresse deux jours avant la rencontre), les répercussions de celle-ci dans le monde de l’élevage en terme d’alimentation et d’abreuvement du troupeau ont une incidence importante sur l’avenir du secteur.
C’est ainsi que le Gaec Ageorges, ayant réalisé des aménagements pour l’abreuvement de leurs animaux, a été sélectionné pour accueillir la rencontre.
Des aménagements qui ne fonctionnent pas forcément à chaque fois
À la tête d’un cheptel de 70 vaches mères et d’une quarantaine de génisses, les associés du Gaec ont souhaité se retirer du réseau d’eau potable pour l’abreuvement de leurs animaux en réalisant un forage pour alimenter leur bâtiment. Malheureusement les premiers forages n’ont rien donné et ce n’est qu’à force de persévérance que les chefs d’exploitation ont pu réaliser un aménagement fonctionnel, via l’installation d’une pompe solaire sur un puits déjà existant. Cet équipement leur permet aujourd’hui de stocker 2 000 litres d’eau dans une cuve reliée à un réseau de tuyaux qui alimentent 5 abreuvoirs positionnés dans différents champs.
Pour la profession, cette volonté d’être autonome en eau se conjugue aussi souvent avec la possibilité d’être aidé financièrement. En effet, ces aménagements peuvent représenter des investissements importants et comme ont pu en témoigner les associés du Gaec, « ça ne marchent pas toujours du premier coup ! »
Un nouvel appel à projet abreuvement
Lors de la visite, Joël Bialoux, élu en charge des dossiers « eau et environnement » à la Chambre d’agriculture, a précisé à Madame la Préfète qu’un nouvel appel à projet de la Région venait de s’ouvrir. Ce dernier court jusqu’en septembre. Si cette fois le financement des dossiers est légèrement inférieur (35 % d’aide contre 40 % précédemment), cela n’empêche pas les agriculteurs de s’y intéresser puisqu’une soixantaine de dossiers sont déjà déposés pour le seul département de la Creuse. Preuve de la prise de conscience des enjeux cruciaux liés aux changements climatiques pour la profession.
Si les aides financières des collectivités territoriales semblent être un bon levier pour impulser les projets,  les professionnels présents ont profité de cette rencontre pour interpeller la représentante de l’État sur la nécessité d’assouplir d’un point de vue légal les règles en matière de stockage de l’eau. « Il ne s’agit pas ici d’irrigation mais de sécurisation de l’abreuvement de nos animaux, plaide Christian Arvis, président de la FDSEA. Les précipitations annuelles tombent toujours dans les mêmes quantités qu’autrefois mais elles sont désormais concentrées sur certaines périodes et ne sont plus réparties tout au long de l’année. Il serait donc logique d’autoriser le stockage de cette eau quand elle est là pour la redistribuer lorsqu’on en a besoin ! »
Ce à quoi la Préfète a répondu que la Creuse étant particulièrement bien dotée en étangs et plans d’eau, il pourrait être intéressant d’entamer une réflexion sur l’optimisation de l’utilisation de ceux-ci avant d’envisager la création de réserves de stockage.
L’autonomie des exploitations pour contrer la décapitalisation du cheptel
Profitant de cette rencontre, le président Pascal Lerousseau a demandé à la Préfète de faire remonter au Gouvernement la nécessité de mettre en place un grand plan de sauvegarde de l’élevage, tout en condamnant les préconisations de la Cour des comptes sur la réduction du troupeau bovin pour améliorer le climat. Le président a rappelé que malheureusement la décapitalisation du cheptel était déjà bien amorcée. Rien qu’en Creuse, ce sont 10 % des effectifs, soit 17 500 vaches, qui ont été perdus depuis 2017. Il a souligné par ailleurs qu’« avec des systèmes essentiellement construits sur la valorisation des surfaces en herbe, c’est l’élevage qui a permis de façonner les paysages creusois tels que nous les connaissons et que le citoyen apprécie. Notre élevage est vertueux, il permet de stocker le carbone via les prairies et grâce à la valorisation des fumiers, il est économe en intrants. Notre territoire ne se prête que difficilement aux cultures céréalières… ça n’est pas possible partout : il est des zones où il n’est pas envisageable de faire autre chose que de l’élevage. L’économie du département est essentiellement axée sur cette production et avec tous les emplois induits qu’elle comporte que va devenir notre territoire si l’élevage disparaît ? ». Les représentants JA qui accompagnaient également la délégation ont renchéri en attestant de la difficulté à installer de nouveaux agriculteurs sans perspectives d’avenir. Anne Frackowiak-Jacobs a tenu a se désolidariser des propos de la Cour des comptes et à assurer de son soutien plein et entier aux agriculteurs creusois face aux enjeux auxquels ils doivent faire face au quotidien.
Avant de partager le verre de l’amitié, Pascal Lerousseau a conclu ses propos en abordant le fait que « la décapitalisation est souvent engendrée par le constat que les éleveurs n’ont plus assez à donner à manger ou à boire à leurs animaux ou ont besoin de trésorerie à cause de l’augmentation des charges. En étant plus autonome, les exploitations subissent moins les aléas climatiques et économiques. C’est le cheval de bataille de la Chambre d’agriculture de les accompagner vers cet objectif mais c’est le devoir de l’État de les protéger. C’est important pour les agriculteurs mais aussi pour préserver l’indépendance alimentaire de la France et ne pas générer l’importation de produits qui ne répondent pas aux mêmes normes de qualité sanitaires et environnementales que les nôtres ! »

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