Plan engrais : le gouvernement annonce une aide d'urgence, les syndicats contestent ses modalités
Face à la hausse du prix des engrais, le gouvernement met en place un plan d'urgence engrais doté de 145 millions d'euros. Accessible à partir du 1er août 2026 via FranceAgriMer, cette aide concerne les achats d'engrais azotés réalisés entre le 1er juin et le 30 septembre. Si les organisations agricoles saluent cette mesure, elles dénoncent des critères d'accès jugés trop restrictifs.
Face à la hausse du prix des engrais, le gouvernement met en place un plan d'urgence engrais doté de 145 millions d'euros. Accessible à partir du 1er août 2026 via FranceAgriMer, cette aide concerne les achats d'engrais azotés réalisés entre le 1er juin et le 30 septembre. Si les organisations agricoles saluent cette mesure, elles dénoncent des critères d'accès jugés trop restrictifs.
Plan engrais : une aide d'urgence pour soutenir l'achat d'engrais azotés
« Pour sécuriser la prochaine campagne agricole de 2027 et inciter les céréaliers à acheter des engrais, le gouvernement met en place une aide exceptionnelle », a annoncé Annie Genevard, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, le 9 juillet, lors d'une conférence de presse.
Dans un communiqué, la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes et les Jeunes Agriculteurs AuRA saluent « l'engagement de l'État en faveur des agriculteurs pour les accompagner dans l'achat des engrais indispensables à la production de notre future alimentation ». Les syndicats demandent toutefois une révision urgente des modalités d'accès, notamment du plancher d'aide, de la référence à l'année 2025 et de la période retenue pour les achats.
La FNB, la FNPL, la FNO et la FNEC, contestent également les dispositions d’éligibilité de cette mesure et veulent pour restaurer l’équité.
Quelles sont les modalités de l'aide aux engrais ?
L'aide exceptionnelle cible les achats d'engrais azotés simples (urée, ammonitrate et solution azotée) réalisés entre le 1er juin et le 30 septembre 2026.
Les principales conditions sont les suivantes :
- 50 € par tonne facturée d'engrais azoté ;
- 70 € par tonne pour les exploitations dont les achats d'engrais NPK (Azote, Phosphore, Potassium) représentent plus de 10 % des charges ;
- les quantités d’engrais azotés partiellement prises en charge (50 €/t ou 70 €/t) n’excèderont pas 50 % des volumes d'engrais achetés en 2025 ;
- un montant minimum de 750 € par exploitation pour être éligible.
À titre d'exemple, une exploitation ayant acheté 40 tonnes d'urée en 2025 pourra bénéficier d'une aide sur 20 tonnes maximum, sur présentation de factures acquittées.
Estimé à 145 millions d’euros, ce « plan urgence engrais » sera financé par des fonds européens (107 millions européens versés par la Commission européenne) complétés par des crédits nationaux d’une quarantaine de millions d’euros.
Les demandes seront instruites par FranceAgriMer à partir du 1er août 2026. Les exploitants devront fournir le formulaire de demande ainsi que les factures acquittées des achats d'engrais réalisés depuis le 1er juin. Les exploitations sollicitant l'aide majorée de 70 €/t devront également justifier que les achats d'engrais NPK représentent au moins 10 % de leurs charges en 2025.
« Un point de situation permettra d'apprécier l'évolution du prix des engrais liée à la situation au Proche-Orient », a indiqué Annie Genevard.
Le gouvernement n'exclut pas une prolongation du dispositif à l'automne afin d'inclure les productions récoltées plus tardivement, comme le maïs, les pommes de terre ou les betteraves.
Qui peut bénéficier de cette aide ?
Cette aide concerne toutes les productions agricoles.
Elle est ouverte pour l'achat d'engrais azotés simples, quel que soit leur type (urée, ammonitrate ou solution azotée). Les exploitations répondant au critère des 10 % de charges consacrées aux engrais NPK bénéficieront d'une majoration de 20 €/t, portant l'aide à 70 €/t.
Le dépôt des demandes sera possible à compter du 1er août 2026 sur le site de FranceAgriMer.
Pourquoi les modalités du plan engrais sont-elles contestées ?
La FNSEA pointe principalement deux limites du dispositif :
- le plancher de 750 €, qui exclurait de nombreuses exploitations ;
- la période de référence des achats, peu adaptée aux cultures de printemps.
« Si rien ne change, une très grande majorité des agriculteurs d'Auvergne-Rhône-Alpes, quelles que soient leurs productions, sera exclue du dispositif. »
Les syndicats dénoncent également une hausse des prix pratiquée par certains fournisseurs depuis l'annonce du plan :
Pour ceux qui ne seront pas éligibles, soit la grande majorité, ce sera la double peine : aucune aide et un coût d'achat des engrais en hausse.
Ils demandent donc à l'État de revoir rapidement les critères afin de permettre « un accès au plus grand nombre d'agriculteurs professionnels et sans générer d'effet spéculatif de la part des fournisseurs ».
Si la mobilisation de la FNSEA à Bruxelles et à Strasbourg a contribué à l'obtention d'un soutien face à la flambée du prix des engrais, liée notamment à l'application du MACF et aux tensions géopolitiques, le syndicat reste attentif à la mise en œuvre du dispositif. Il appelle le gouvernement à évaluer régulièrement le plan afin qu'il bénéficie au plus grand nombre d'exploitations agricoles.
Réduire la dépendance aux engrais importés : la stratégie de long terme du gouvernement
En complément du plan d'urgence engrais, le gouvernement souhaite réduire la dépendance de la France aux engrais importés et renforcer la compétitivité de la filière.
« Le gouvernement engage une stratégie de long terme visant à réduire la dépendance de la France aux engrais importés et à renforcer la compétitivité de la filière autour de trois priorités », a déclaré Annie Genevard.
Parmi les objectifs annoncés :
- optimiser l'utilisation des engrais azotés grâce aux outils d'aide à la décision, avec une réduction potentielle de 15 % des apports ;
- porter à 30 % la part des systèmes de production à bas intrants ;
- atteindre 2,7 millions d'hectares de légumineuses cultivées d'ici 2030 ;
- développer la valorisation des effluents d'élevage pour limiter le recours aux engrais chimiques.
Sur le volet industriel, Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie, a annoncé un programme d'investissement de 2 milliards d'euros sur dix ans, soutenu par 620 millions d'euros de l'État.
Ces investissements financeront la modernisation et l'augmentation des capacités de production d'engrais azotés décarbonés sur les sites du Havre, du Petit-Quevilly et de FertigHy, dans la Somme. L'objectif est d'augmenter de 20 % la production nationale de fertilisants azotés d'ici 2032.
D'après les communiqués de presse « Plan engrais : l’exclusion de nombreux agriculteurs n'est pas acceptable ! » de la FRSEA AURA et JA AURA, et d'Agra.