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Témoignage
Pénurie de vétérinaires : un problème multifactoriel

Caroline Massis-Bidault, vétérinaire libérale depuis neuf ans à Courpière (63), explique les raisons qui l’ont poussée à pratiquer en campagne et évoque les causes de la pénurie dans sa filière.

 

  

Pour Caroline Massis-Bidault, la pratique rurale est avant tout un choix de vie.
Pour Caroline Massis-Bidault, la pratique rurale est avant tout un choix de vie.
© C.Massis-Bidault

Diplômée en 2009 de l’EnVA (Ecole nationale vétérinaire d’Alfort), Caroline Massis-Bidault, originaire de la région parisienne, fait le choix de la rurale. Aux animaux domestiques, elle préfère les animaux de rente (bovins, ovins et caprins) car elle aime de contact avec les agriculteurs et a toujours rêvé de vivre à la campagne. En 2013, elle cesse de travailler en tant que salariée pour ouvrir son propre cabinet vétérinaire, SELARL* Auvervet à Courpière (63). Pour la chef d’entreprise, également conseillère ordinale régionale, la pénurie de vétérinaires en milieu rural est multifactorielle : manque d’attractivité des territoires, diminution du nombre de stages, augmentation de la demande de praticiens en canine… tout comme ses causes, les réponses à cette problématique devront être multiples.

Difficultés de recrutement

Si la praticienne ne souffre pas de la désertification vétérinaire, c’est parce que les missions sont partagées entre les vétérinaires de son cabinet : « la charge de travail a augmenté en même temps que le cabinet grossissait » explique Caroline Massis-Bidault. « J’ai surtout observé que le recrutement était plus difficile » note la vétérinaire, qui évoque une période compliquée en 2021 : « on a été en sous-nombre lors de ma deuxième grossesse, car on ne trouvait personne pour me remplacer… ça a été une catastrophe pour le reste de mon équipe qui a dû en subir le poids ».

Un manque d’attractivité du territoire

Pour Caroline Massis-Bidault, le manque de praticiens en rural s’explique en partie par des contraintes pratiques : nombreux trajets, conditions météorologiques parfois difficiles, travail plus physique… Mais ce que la vétérinaire met surtout en cause, c’est le manque d’attractivité du territoire en lui-même : « les zones rurales ont de moins en moins de services : manque de médecins, peu d’écoles, services administratifs aux horaires d’ouverture incompatibles avec les nôtres, loisirs éloignés de nos lieux de vie… », un problème de fond qui pèse dans la balance lorsqu’un choix entre la ville et la campagne s’impose. Un appel à manifestation d’intérêt, lancé en 2022 par le ministère de l’Agriculture, met en avant un autre problème majeur : la difficulté à trouver des logements pour les stagiaires et les professionnels. « Il y a des réflexions en cours pour faciliter les stages et installations, par exemple avec la loi DDADUE** qui permet aux collectivités de soutenir financièrement les vétérinaires et étudiants, mais ce n’est pas encore très développé dans le Puy-de-Dôme ». Concernant la rémunération « elle est souvent inférieure en rural, mais pas toujours. C'est surtout qu'on ne vit pas de la même façon avec le même salaire en campagne ou en grande ville... ».

Un choix de vie avant tout

« J’ai choisi ce métier car j’aime le contact avec les professionnels agricoles » explique Caroline Massis-Bidault, qui considère le milieu agricole plus propice au développement de « relations de confiance basée sur la durée » avec les clients, là où la canine a une « clientèle moins fidèle et se retrouve plus souvent confrontée à des incivilités ». Pour la vétérinaire, l’aspect humain et le plaisir d’exercer à l’extérieur compensent largement les contraintes de la profession rurale. Ces contraintes sont d’ailleurs toute relatives d’une personne à l’autre, « je préfère l’odeur de la bouse à celle de la pisse de chat » avoue l’intéressée en riant : s’il y a bien un point sur lequel on ne pourra pas influencer les futurs praticiens, ce sont sur leurs préférences personnelles. En ville ou en campagne, « la pénibilité existe pour les deux, mais pas aux mêmes moments » conclue-t-elle.

Une pénurie pas que rurale

« Les besoins de la rurale sont forts mais ceux de la canine le sont encore plus » nuance Caroline Massis-Bidault, qui souligne une augmentation accrue de la demande, notamment due à une plus grande médicalisation des animaux de compagnie. « En 2019, une étude prospective menée par le syndicat des vétérinaires estime les besoins de la profession canine à 1 000 vétérinaires supplémentaires par an pour suivre une évolution du marché de +4.5%. Aujourd’hui, on constate une évolution de +8% sachant que chaque point demande 200 vétérinaires de plus », constate la praticienne. Le problème ne tient donc pas qu’à un problème d’attractivité ou de répartition : il s’agit avant tout d’une pénurie généralisée sur tout le territoire et dans toutes les spécialisations.

* SELARL : Société d'Exercice Libéral A Responsabilité Limitée.
**Loi DDADUE : diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine des transports, de l’environnement, de l’économie et des finances
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