Pastoralisme : l’autre versant du Lioran
En cette année internationale du pastoralisme, une partie des brebis de l’estive collective du Lioran redescendront pour la première fois à pied le 25 septembre. Une tradition retrouvée.
En cette année internationale du pastoralisme, une partie des brebis de l’estive collective du Lioran redescendront pour la première fois à pied le 25 septembre. Une tradition retrouvée.
Chaque année, à la mi-mai, les brebis de Yannick et Nadège Champaix voient défiler au Bac d’Allanche sur la RD 679 un flot de bétaillères acheminant salers, aubrac, limousine... vers les hauteurs de Pradiers et l’unité pastorale de Récusset de la Coptasa. Le 15 juin, ce sont elles, les brebis, 200 bizet de la troupe du Gaec, qui font le chemin inverse, direction le Lioran, leur villégiature estivale depuis une dizaine d’années. Là, depuis belle lurette, les dernières plaques de neige ont disparu laissant libres les pistes pour les randonneurs, trailers et autres vététistes, ainsi donc que pour les 600 brebis de l’estive collective ovine du Lioran.
Chargement allégé, pistes de ski entretenues
Cette dernière a pris corps dans le sillage de la transhumance entre vallée du Lot et volcan cantalien initiée au début des années 2010. “À l’époque, j’étais le seul Cantalou, parmi les Lotois, à estiver mes brebis au Lioran, retrace Yannick Champaix, qui préside désormais l’association. Aujourd’hui, nous sommes dix, quatre du Lot et six du Cantal, les éleveurs cantalous sont revenus et depuis deux-trois ans, l’effectif s’est stabilisé.” Il devrait même progresser l’an prochain avec l’arrivée d’un nouvel éleveur cantalien et davantage de brebis transhumantes pour d’autres déjà engagés.
Pendant un peu plus de trois mois (jusqu’au 25 septembre), les ovins de races locales (caussenarde du Lot, bizet...) et la trentaine de chèvres pyrénéennes qui les accompagnent, peuvent pâturer quelque 180 hectares d’herbe, mis à disposition par bail par le Département, déchargeant ainsi les éleveurs sur leur exploitation. Un intérêt majeur avec le changement climatique qui altère l’autonomie fourragère et un partenariat gagnant-gagnant : ces efficaces tondeuses à quatre pattes assurent un entretien écologique des pistes de ski, permettant à la Saem du Lioran, d’économiser matériel, main d’œuvre et carburant, souligne Yannick Champaix. L’éleveur se félicite des bonnes relations qui prévalent avec la station. “Ils sont vraiment très à l’écoute des besoins de l’estive collective, et très réactifs aussi : par exemple cette année, pour aider la bergère à apporter de l’eau aux brebis”, témoigne le président.
Une cabane pastorale : face à la menace de la prédation
Depuis ce printemps, le groupement pastoral a choisi de faire confiance à Marguerite Campas pour le gardiennage des brebis. Assistée d’un aide-berger, la jeune femme fait d’abord pâturer le bas des pistes avant de progressivement déplacer les animaux en altitude sur les hauteurs et les flancs du Plomb du Cantal, assurant une surveillance permanente en journée.
La nuit, les brebis sont parquées, protégées par un fil électrique, tandis que Marguerite et son assistant redescendent dormir à la station. Du moins pour l’heure. D’ici le printemps prochain en effet, une cabane pastorale sera installée en haut de la piste la Familiale. “La cabane, c’est un impératif si on veut garder des brebis au Lioran du fait de la prédation croissante. Si on a été épargné pour l’instant cette année, on touche du bois et on sait qu’on va être de plus en plus exposé à la prédation du loup, avec la constitution effective d’une meute pas loin. On n’a pas d’autre choix que de faire dormir les bergers la nuit en estive”, estime Yannick Champaix.
Cette cabane, conçue par Hubert Joanny, sera la même que celle implantée sur le secteur de Récusset pour les bergers de l’autre estive ovine collective du département, celle du Puy Mary. Un projet aidé financièrement dans le cadre du plan pastoral territorial, PPT “Volcans d’Auvergne”, (par la Région, l’UE) avec l’appui d’Auvergne Estives, “qui nous aide beaucoup”, salue le président. En revanche, les éleveurs du groupement ont fait le choix de ne pas utiliser de chiens de protection : “C’est une volonté par rapport aux touristes qui sillonnent la station, tant qu’on peut faire sans, on le fera”, argumente l’éleveur du Cézallier, très attaché à faire vivre le pastoralisme comme il l’est à promouvoir la race bizet. “L’estive du Lioran, ça laisse le territoire ouvert mais ça permet aussi aux touristes de voir qu’il existe du pastoralisme dans notre région, les gens l’ont oublié, un pastoralisme ovin aussi”, complète Yannick Champaix.
Une dévalade... à pieds
Un pastoralisme synonyme de transhumance dont le moutonnier souhaite renouer avec la tradition - à l’occasion de l’année inter-nationale qui lui est consacrée - en redescendant pour la première fois ses brebis... à pieds, par les chemins et avec une halte à Chastel-sur-Murat, sur l’élevage de Jérôme Planchot. “Cette transhumance, c’est à la fois pour le côté convivial, ramener du monde et faire connaître l’estive, mais c’est aussi pour moi revenir à ce côté ancestral qu’on a perdu, je trouvais ça dommage.” La descente se fera à la date prévue, le 25 septembre, sécheresse et canicules n’ont en effet pas eu raison de la ressource fourragère du Lioran. “Ça a été plus compliqué pour l’eau en revanche”, précise l’agriculteur.
Pour la première fois, la race bizet, la plus rustique et emblématique du Massif central, sera en cours au Sommet de l’élevage le jeudi 8 octobre, le Gaec élevage Champaix du Bac y participera.