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"Pas de risque si la consommation est modérée"

Pour le chercheur de l’Inra Fabrice Pierre, référent du réseau Nutrition cancer (Nacre) pour les produits carnés, une consommation modérée de viande rouge et de charcuterie est sans risque pour la santé humaine.

© Agrapresse

Comment avez-vous accueilli la publication du Circ ?
Le WCRF qui fait une évaluation tous les dix ans des rapports entre nutrition, activité physique et cancer, proposait dès 1997 d’étudier les preuves de cancérogénicité de la viande rouge et de la charcuterie. Le classement de la viande rouge dans le groupe 2A (cancérogène probable) est déjà très fort. Il reste une toute petite ambiguïté, un petit doute qui justifie que l’on reste en 2A contrairement aux charcuteries qui sont classées 1. Les épidémiologistes du Circ ont considéré qu’il restait encore quelques biais ou facteurs confondants pouvant interférer sur le risque associé à la consommation de viande rouge, contrairement à la charcuterie pour laquelle toutes les données sont très concordantes.

Comment faut-il lire ce classement ?
Il ne s’agit pas d’évaluer le risque. La classification de la viande rouge et de la charcuterie ne concerne pas tous les cancers, mais bien le cancer du côlon. Il faut éviter d’être anxiogène car le risque existe surtout chez les gros consommateurs. Chez les personnes qui ont une consommation modérée, il n’y a pas de risque. Concernant la consommation de charcuterie, le WCRF propose de les éviter. En France, nous avons plutôt proposé de limiter la fréquence de consommation et la taille des portions, mais on ne prône pas l’éviction. Pour les viandes rouges, les conseils sont de consommer moins de 500 grammes par semaine.

Est-ce que le risque existe dès le premier gramme de charcuterie consommé ?
C’est le cas pour l’alcool et le cancer du sein. Ce n’est pas le cas avec la viande rouge et le cancer du côlon. En dessous de 50 grammes, le risque est faible, voire nul. L’augmentation du risque est linéaire avec la quantité consommée. La cible de cette étude, ce sont les gros consommateurs. Pour 75 % de la population, il n’y a pas de problème. Il y a 100 cas de cancer par jour en France, on pense que 18 à 20 % des cas sont imputables à la consommation de viande ou de charcuterie. Ce qui est important, ce sont les facteurs évitables (tabac, nutrition, etc.). L’un des facteurs inévitables, c’est la vieillesse, n’oublions pas que le cancer est une maladie de la vieillesse. Comparons la viande et le tabagisme. Les deux sont classés cancérogène (groupe 1), mais cela n’a pas la même signification. La consommation de tabac augmente de 500 % l’apparition des cancers du poumon, celle de charcuterie de 20 % les cancers du côlon. Le tabac est responsable de 85 % des cancers du poumon, la charcuterie de 17 à 20 % des cancers du côlon.

La suite dans le Réveil Lozère, page 9, édition du 12 novembre 2015, numéro 1333.

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