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PAC : le ministère souffle le chaud et le froid...

Le 6 mars, Jean Castex était au chevet de l’élevage bovins viande en crise. Jeudi, le ministère de l’Agriculture dévoilait un scénario sur la PAC très défavorable à ce secteur...

Même en intégrant l’ICHN, le retour des aides Pac par bénéficiaire (exploitation) reste actuellement plus favorable aux zones de grandes cultures de la moitié nord de la France. 
Sources : Sidam (données ASP et FranceAgriMer 2020).
Même en intégrant l’ICHN, le retour des aides Pac par bénéficiaire (exploitation) reste actuellement plus favorable aux zones de grandes cultures de la moitié nord de la France.
Sources : Sidam (données ASP et FranceAgriMer 2020).
© DR

Un pas en avant, trois en arrière : samedi 6 mars dans la Creuse, Jean Castex annonçait une enveloppe d’urgence pour venir en soutien à un élevage bovins allaitant en crise, dont il reconnaissait ouvertement l’ampleur des difficultés : « On ne peut pas vous abandonner dans la situation d’urgence dans laquelle vous êtes... », confiait le Premier ministre, avançant la nécessité de « changer complètement les logiciels à l’œuvre depuis des années » (évocation aux mécanismes de construction des prix). De quoi donner une lueur d’espoir aux milliers d’éleveurs du Grand Massif central et du Berceau des races à viande qui ont manifesté le 9 mars leurs désarroi et détermination. Une lueur qui a cependant rapidement vacillé : cinq jours à peine après cette annonce, douche froide : le scénario français avancé jeudi soir par le ministère de l’Agriculture sur l’un des volets de la future PAC a suscité l’incompréhension, « avec une attaque en règle des aides couplées, notamment celle aux bovins viande. Le scénario avancé par la DGPE¹ est de transférer une partie des aides animales couplées vers les protéines végétales ! », alerte Patrick Bénézit, président de la Copamac-Sidam et secrétaire général adjoint de la FNSEA.

« Arroser » là où ça pousse moins bien...
Incompréhensible et sûrement pas de nature à freiner la mobilisation des éleveurs. Si ces derniers revendiquent des prix couvrant leurs coûts de production, c’est parallèlement sur les arbitrages nationaux de cette future PAC que portent leurs inquiétudes. Les deux réformes précédentes ont en effet permis de rééquilibrer les soutiens communautaires en faveur des productions animales et des zones de montagne. Mais en partie seulement : même en intégrant les subsides de l’ICHN, censée compenser les handicaps naturels des exploitations des massifs, les principaux bénéficiaires des soutiens européens (ramenés à l’actif) restent situés dans la moitié nord de l’Hexagone, « là où ça pousse bien », glisse Patrick Bénézit, comme en témoignent les cartes établies par la Copamac-Sidam. Que faudrait-il pour un rééquilibrage complet ? Parachever la convergence des aides à l’hectare (découplées de la production) engagée en 2013 en poussant le curseur à 100 % ; porter le niveau du paiement redistributif (majoration des aides sur les 52 premiers hectares) de 10 à 20 %, et ce sans toucher par ailleurs au taux de couplage des aides animales, ni à l’ICHN. C’est le scénario que défend la position inter-massifs qui associe autour du Massif central, la profession agricole (et les comités de massif) des Alpes, du Jura, des Vosges, de la Corse et des Pyrénées. Une position qu’ont aussi faite les élus de la montagne (Anem) réunis en fin de semaine dernière. Le paiement redistributif est en effet très favorable aux régions qui ont conservé un grand nombre d’actifs, comme le Cantal ou encore la Haute-Loire, tout comme la convergence des aides l’est pour les systèmes extensifs. « À ce stade, on n’a cependant aucune information sur ce que compte faire le ministère sur ces deux points », relève Patrick Bénézit, qui veut à tout prix éviter un scénario privilégiant les hectares. Avec une convergence à 85 % et un paiement redistributif inchangé (10 %), tout le Grand Massif central, comme les zones d’élevage du Grand Ouest, seraient perdants, à l’inverse du Bassin parisien.

L’herbe, une évidence pour l’eco‑scheme
Dans la phase de consultation lancée par le gouvernement français, d’autres arbitrages sont attendus : équilibre entre le premier et le second pilier ? Quelles pratiques/systèmes rémunérer au titre de l’eco-scheme obligatoire (lire ci-contre) ? Faut-il conserver une ICHN ciblée sur l’élevage extensif, maintenir son niveau ?... Sur ces questions, les massifs ont arrêté de longue date leur position : une ICHN dédiée exclusivement à l’élevage et revalorisée (elle n’est aujourd’hui qu’à 95 % du montant annoncé au Sommet de l’élevage en 2013), l’herbe doit être l’une des composantes éligibles à la rémunération eco-scheme sans autre condition. Les prochaines semaines s’annoncent donc cruciales et tendues, la position française (PSN) étant annoncée pour le mois de juin.

1. Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises.

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