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« Où sont les vaccins ? », les éleveurs ovins épuisés et en colère

Le préfet du Puy-de-Dôme, accompagné des différents services d'État, a rencontré la semaine dernière les éleveurs ovins qui font face à un épisode FCO-8 particulièrement virulent.

Troupeau de brebis qui pâturent
La FCO décime les élevages du Puy-de-Dôme mettant en danger l'avenir des exploitations ainsi que certaines races locales telle que la Rava.
© Mélodie Comte

Au 5 septembre, la France comptait entre 3 et 4 000 foyers de FCO-8. Partout sur le territoire national, les éleveurs, et notamment ovins, font face aux ravages de la maladie qui emportent dans son sillage plusieurs dizaines d'animaux dans les exploitations. Dans le Puy-de-Dôme, le GDS 63 comptabilise 217 foyers ovins et bovins. « Ce chiffre est sous évalué» selon Jean-Luc Ferret, son président qui dénonce le manque de déclarations. Pourtant, les pertes sont là. Vendredi dernier, le Préfet du Puy-de-Dôme, Joël Mathurin, était reçu avec plusieurs représentants des services de l'État et d'organisations agricoles (DDPP, DDT, MSA, Crédit Agricole...) sur une exploitation ovine près de Nébouzat.

Lire aussi -> Témoignage : la FCO-8 ravage les élevages ovins du Puy-de-Dôme

 

1,5% du troupeau puydômois décimé

« Tous les matins, nous faisons les croque-morts »

Au Gaec de l'Étoile du Berger, les jeunes associés ont perdu tout espoir ces dernières semaines. La maladie a emporté 50 de leurs animaux (48 brebis et 2 béliers) sur les 1 000 qui composent le cheptel. Vingt autres sont à "l'infirmerie" le jour de cette visite. Autour du Préfet, les éleveurs ovins du département témoignent d'une même voix de leur nouvelle routine quotidienne « tous les matins, nous faisons les croque-morts ». Il est difficile à cette heure d'estimer les pertes globales dans les exploitations du département. Les premiers chiffres d'équarrissage montrent une augmentation dans la collecte des trois dernières semaines, de 1 300 brebis mortes supplémentaires soit 1,5% de la troupe ovine du Puy-de-Dôme (environ 85 000 brebis). « Individuellement, les pertes dans les exploitations varient de 2% à plus de 25% » souligne le GDS 63. Le pouls de toute une profession, qu'est venu prendre le Préfet dans cette exploitation, est celui de femmes et d'hommes au bord d'un dangereux précipice. « Je ne dors plus depuis 10 jours » témoigne cette éleveuse ; « la situation est très difficile moralement » ajoute un autre. « Les exploitations déclarées comme foyer FCO seront accompagnées pour les orienter, si les éleveurs le souhaitent, vers un soutien psychologique » annonce Frédéric Brance, directeur de la MSA Auvergne.

De son côté, la Chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme va ouvrir prochainement une cellule de crise FCO pour suivre l’évolution de l’épizootie, soutenir et accompagner les éleveurs.

« Nous allons proposer un soutien psychologique aux éleveurs qui le souhaitent » a promis le directeur de la MSA Auvergne, Frédéric Brance.

 

Peu d'agneaux à Pâques

Les ravages actuels de l'épizootie ne sont que la partie émergée de l'iceberg. La FCO frappe en effet les élevages au pire moment, pendant la période de lutte. La maladie, en plus de tuer des animaux reproducteurs, réduit considérablement la fertilité des béliers. Les brebis seront-elles pleines cet hiver ? Si oui, les agneaux seront-ils viables ? La disponibilité des agneaux de Pâques se joue en ce moment même et avec elle le revenu annuel des exploitations ovines puydomoises . 

« Sans ces animaux à vendre, la situation économique de nombre d'exploitations va s'effondrer » témoigne Paul Bony, membre de la fédération départementale ovine. 

Une inquiétude partagée par l'ensemble de la filière qui craint de voir l'agneau français quitter les rayons des GMS faute d'approvisionnements suffisants. Christophe Guillerand de Copagno l'assure : « si nous n'avons pas assez de viande d'agneaux à vendre à Pâques, elle risque de quitter les rayons. Elle aura beau revenir dans deux ans, ce sera fini parce que nous aurons perdu les consommateurs ». De plus, nombre de ces agneaux destinés à la boucherie pourraient devenir des animaux reproducteurs pour remplacer ceux morts de la FCO, diminuant un peu plus l'offre. C'est toutefois le prix à payer pour maintenir le taux de productivité des élevages et préserver également les races locales. La race Rava rentre seulement 92 béliers par an en station. « Au train où vont les choses, cette jeune garde ne suffira pas à remplacer les béliers morts de la FCO. »

La filière est en danger et que faire pour la sauver ? Les éleveurs ont rejeté en bloc les prêts à la trésorerie proposés par le Crédit Agricole « c'est reculer pour mieux sauter », de même qu'un remboursement des taxes sur le foncier agricole qui selon eux « ne bénéficie qu'aux propriétaires fonciers qui sont une minorité à reverser cette aide à leur fermier ».

Lire aussi -> Limiter la pression des culicoïdes

 

Des vaccins indisponibles aux coûts prohibitifs

« On ne peut pas vacciner des brebis au même prix que des bovins » - Michèle Boudoin, présidente de la FNO

Ce n'est pas la première fois que les éleveurs sont confrontés à la FCO. Cette énième crise aurait pu être évitée si l’accès aux vaccins se faisait à des prix attractifs. Michèle Boudoin, éleveuse à Ceyssat et présidente de la FNO l'assène : « très peu d'élevages ont pu vacciner ce printemps parce qu'ils n'ont pas réussi à se procurer les vaccins et surtout parce que leurs prix ont bondi depuis l'automne dernier. Un éleveur ne peut pas vacciner 200, 500 ou 1 000 brebis au même prix que les bovins. Économiquement, c'est insensé. Si les vaccins avaient été disponibles et à 2€/brebis, 80% du cheptel serait vacciné aujourd’hui et nous ne serions pas dans cette situation ».

« L’Etat doit agir! » clament les éleveurs du Puy-de-Dôme

Les éleveurs puydômois appellent donc l'État à agir auprès des laboratoires pour accélérer la production de vaccins (y compris FCO3) et surtout encadrer le prix.

De même, ils ont demandé au Préfet d'envisager la création d'une veille FCO sur le département pour suivre tout au long de l'année, et particulièrement en automne, la circulation de la maladie et informer les éleveurs.

Présent également lors de cette rencontre, Lionel Chauvin, président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme, a dit qu'il se pencherait à nouveau sur l'enveloppe récemment allouée aux éleveurs ovins pour l'achat de reproducteurs.

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