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Orientation : « Assurer la justice sociale »

Jean-Michel Blanquer était vendredi dernier à Limoges pour participer aux assises de l’orientation organisées par la Région Nouvelle-Aquitaine dont les compétences en la matière sont renforcées par la loi.

De gauche à droite : Christine Gavini-Chevet, rectrice de l’académie de Limoges, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, et Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.
De gauche à droite : Christine Gavini-Chevet, rectrice de l’académie de Limoges, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, et Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.
© E. Dueso

Les premières assises régionales de l’orientation, qui se tenaient à Limoges, ont été marquées par la visite (éclair) du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a d’ailleurs profité de l’occasion pour annoncer le maintien d’un rectorat à Limoges, à Poitiers et à Bordeaux, éloignant ainsi la perspective d’un « super-rectorat » qui était évoquée depuis plusieurs semaines.
En 2018, la loi a confié aux Régions un rôle accru en matière d’orientation, pour tous, scolaires et non scolaires. Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a décidé d’une expérimentation pour proposer de nouveaux outils aux différents publics. Les assises organisées la semaine dernière visaient à restituer les informations et demandes recueillies lors de la concertation qui s’est tenue dans les semaines précédentes parmi les acteurs régionaux.

Découverte des territoires
« L’orientation, ce n’est pas un débat simple, notait Alain Rousset, président du Conseil régional. Les jeunes sont bloqués dans un chômage de masse insupportable. Travailler sur l’orientation, c’est remettre du sens et remettre de l’humain. » Pour lui, comme pour le ministre de l’Éducation nationale, l’orientation est la clé pour lutter contre le déterminisme social et il plaidait pour « une mixité sociale dans les classes. Il faut lutter contre les contournements de la carte scolaire, éviter l’entre-soi. » Autre facteur pour favoriser un véritable choix d’orientation, la mobilité des élèves. Sur ce thème, la Région a un rôle important à jouer puisqu’elle a la compétence sur les transports scolaires.
Évoquant une thèse universitaire récente sur les facteurs favorisant l’installation des médecins en zone rurale, il martelait : « Ce qui marche le mieux, c’est le stage, la découverte d’un territoire, ce ne sont pas les aides financières. » Pour lui, cette découverte des métiers mais aussi des lieux d’exercice doit être au centre des réflexions pour les stages des élèves de seconde et de troisième. « L’information est toujours parcellaire... Il faut que le monde public, le monde privé et le monde de la formation se parlent [...] Il ne faut pas sous-estimer le problème de l’orientation tout au long de la vie. Cela se passera sur les territoires et suppose une anticipation que le monde politique et parfois le monde privé ont perdue. »

« Gâchis monstrueux »
Jean-Michel Blanquer, après avoir délivré un message sur l’optimisme très en phase avec les éléments de langage de La République en marche, a réaffirmé la nécessité de revoir les méthodes d’orientation. « C’est un processus long, lent, itératif. Ça n’est jamais ou très rarement un instant T magique avec un interlocuteur magique. Ce qui suppose que nous prenions le sujet le plus en amont possible, dès le collège. [...] Est-ce que ça signifie que l’on doit déterminer dès l’amont le destin de chacun ? Certainement pas. C’est même tout le contraire. C’est bien parce que l’orientation est un continuum que ce chemin doit commencer tôt et ne finir jamais, parce qu’on se réoriente tout au long de sa vie. Nous entrons dans un monde de formation tout au long de la vie, dans un monde où l’on doit sans arrêt apprendre et c’est plutôt une bonne nouvelle. [...] Notre but, c’est de sortir d’une situation où personne n’est responsable. Il y a pourtant une catastrophe humaine qui se passe depuis des années dans notre pays qui est que des étudiants échouent en fin de première année, décrochent dans les premiers cycles et c’est une sorte de gâchis monstrueux que nous avons fini par accepter. »
Si la loi a placé la Région dans une position de leader sur le déploiement des outils d’orientation, le ministre de l’Éducation nationale souhaite impliquer les autres échelons territoriaux. « Le rectorat de Limoges sera conservé. C’est l’illustration de notre volonté d’être au plus près des territoires. Ce qui va caractériser l’évolution territoriale c’est justement d’être au plus près du terrain. C’est favoriser l’échelle départementale, c’est être très attentif à l’échelle infra-départementale. Nous devons avoir des visions stratégiques à des échelles qui sont celles des académies d’aujourd’hui mais aussi à l’échelle de la grande région. Ce n’est pas opposer ces échelles les unes aux autres mais être pragmatique parce que chacune a sa pertinence. [...] Vu l’étendue du territoire (ndlr : de la Nouvelle-Aquitaine), nous avons besoin des trois recteurs et de tout ce qui va avec les recteurs. »
Comme Alain Rousset, il a plaidé pour une orientation permettant la mobilité sociale mais aussi une plus grande proximité avec le monde de l’entreprise. « Nous devons élever le niveau général et assurer la justice sociale, ce sont les objectifs fondamentaux de toutes les politiques que nous devons avoir. Nous savons bien que sur la question de l’orientation, il y a des enjeux de savoir-être au moins aussi importants que les enjeux de savoir-faire. Cela commence à l’école primaire : lire, écrire, compter mais aussi respecter autrui, parce que la sociabilité, l’esprit d’équipe, la capacité à travailler à plusieurs, c’est le meilleur des outils pour s’adapter aux métiers du futur, quels qu’ils soient. Il y a aussi des objectifs économiques. Si nous voulons fortifier un territoire comme celui-ci, nous devons avoir une vision économique, ce n’est pas un gros mot. Il y a de grands atouts, des laboratoires de recherche, des entreprises qui s’installent, des investissements. Nous devons pour cela concevoir le nouveau partage de compétences État-Région qui permette d’avoir une véritable éducation à l’orientation dès le collège. »
Parmi les filières qui peinent à recruter, l’agriculture et l’agroalimentaire figurent en bonne place et le Draaf, Philippe de Guénin, a rappelé que l’enseignement agricole restait une voie d’avenir. Dans les établissements agricoles, « certains ont la vocation dès la naissance et les autres arrivent parce qu’ils ne parviennent plus à suivre dans l’enseignement général, ils sont désorientés. Nous avons la chance d’avoir des établissements plus petits, des internats, un enseignement socioculturel... Dans un lycée agricole, tout le monde est responsable de chaque élève. » Malgré les difficultés de certains jeunes gens,  la réussite professionnelle est au rendez-vous : « Nous insérons plus de 90 % de nos élèves. » Lui aussi réclamait plus de travail en réseau et de proximité entre les acteurs : « Les lycées d’enseignement général ne nous connaissent pas assez. Envoyez-nous plus d’élèves, on peut le faire. »

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