“Nous avons l’impression d’être entendus mais pas compris”
Lors de l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire le 6 mars dernier, le président Julien Duplomb a dressé un constat sans détour des difficultés rencontrées par la profession.
Lors de l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire le 6 mars dernier, le président Julien Duplomb a dressé un constat sans détour des difficultés rencontrées par la profession.
Un monde de contradictions pour les jeunes agriculteurs
Entre incohérences politiques, lenteurs administratives et incertitudes économiques, le président des JA de Haute-Loire, Julien Duplomb, a dénoncé « un monde de contradictions » auquel les jeunes agriculteurs sont confrontés au quotidien.
« Nous travaillons pour faire évoluer les choses, mais nous devons faire face à de multiples contradictions permanentes », a-t-il expliqué.
Au niveau européen notamment, il pointe des décisions difficiles à comprendre pour les agriculteurs. « On taxe nos outils de production, on met nos produits en concurrence avec ceux du Mercosur et, dans le même temps, on parle de baisse du budget de la PAC. Dans un contexte international instable, on finit par avoir le sentiment d’être abandonnés ».
Le président des JA est également revenu sur la mobilisation agricole de 2024 menée avec la FNSEA. « Les citoyens partageaient nos inquiétudes et nos doléances. Mais finalement, nous avons l’impression que c’était un coup d’épée dans l’eau : nous avons été entendus, mais pas compris par le gouvernement ».
Des lois votées mais des décrets qui tardent
Au niveau national, Julien Duplomb reconnaît que certaines lois récentes vont dans le bon sens, notamment la loi d’orientation agricole (LOA) et celle visant à lever certaines contraintes pesant sur le métier.
Mais il dénonce le décalage entre les annonces et leur application concrète. « Les décisions sont votées, mais les décrets d’application tardent. Sur la gestion de la taille des haies, par exemple, la loi prévoit un transfert de compétence aux départements. Pourtant, rien n’est encore en place ».
Même constat sur le stockage de l’eau. « Des mesures ont été prises avec la loi Duplomb, mais les décrets ne sont toujours pas sortis. Résultat : sur le terrain, rien ne bouge ».
« La simplification ne suffira pas »
La question du renouvellement des générations reste également centrale. Julien Duplomb a rappelé la création du dispositif France Services Agriculture, destiné à faciliter l’installation et la transmission des exploitations.
« L’idée est de simplifier les démarches avec un guichet unique, mais cela ne suffira pas. Il faut aussi améliorer les conditions économiques du métier : les revenus, les charges et l’accès à la terre ».
Il pointe aussi certaines incohérences dans les politiques de formation. « On demande de suivre davantage de formations, mais dans le même temps le fonds VIVEA réduit les prises en charge. On marche sur la tête ! ».
Un accompagnement à l’installation à préserver
Enfin, le président des JA a exprimé son opposition à l’ouverture à la concurrence de l’accompagnement à l’installation.
« Cette mission doit être assurée par les OPA, pilotées par la chambre d’agriculture. Une entreprise qui fait du commerce avec les agriculteurs ne peut pas en même temps accompagner les jeunes dans leur installation ».
Des inquiétudes économiques persistantes
Sur le plan économique, l’année 2025 a été globalement favorable, mais les inquiétudes demeurent.
« La chute actuelle du prix du lait, dans un département très laitier comme le nôtre, nous inquiète. Avec les tensions internationales, nous manquons de visibilité ».
Pour le président de JA 43, l’enjeu est désormais clair : « Les décisions existent. Ce que nous demandons, c’est qu’elles soient appliquées et qu’elles produisent enfin des effets concrets sur le terrain ».