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Nicolas Hulot se rallie à la cause de l'élevage herbager

Suite à une rencontre entre des éleveurs auvergnats et Nicolas Hulot, ce dernier, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète a organisé, dernièrement, un échange entre parties prenantes de la thématique « Elevage bovin et climat » pour préparer la COP21.

© C. Guinot

« Cette journée est née d'une rencontre en Auvergne avec Bruno Dufayet, éleveur dans le Cantal et d'autres éleveurs. Quand je suis arrivé sur l'élevage où j'étais attendu, je m'attendais à une confrontation. En réalité, j'ai rencontré des hommes et des femmes pleins d'espoir, parfois avec un peu d'amertume mais surtout empreints de volonté, avec un esprit d'ouverture », a expliqué Nicolas Hulot, en préambule de la rencontre, qui s'est tenue, il y a une quinzaine de jours à Paris. « Ça m'a permis de modifier un peu ma vision et d'apprendre aussi, d'acquérir de nouvelles informations. »
C'est pour dépasser un certain nombre d'a priori sur l'élevage bovin et ses produits que l'envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète a souhaité rassembler éleveurs et professionnels des filières bovine viande et lait, experts et ONG. « Nos concertations avec les ONG ont abouti à des points d'accord : rôle primordial de l'élevage bovin et de l'herbe dans l'écologie et l'économie de nos territoires. L'écologie ne doit pas être abordée point par point mais de façon globale. Un enjeu fort pour l'élevage bovin est de faire reconnaître l'existant, les pratiques vertueuses et de mettre en oeuvre des démarches de progrès. L'un ne peut aller sans l'autre », insiste Bruno Dufayet, responsable du groupe environnement et territoire chez Interbev.
Cette journée a été l'occasion pour les filières bovines, viande et lait, de présenter les spécificités de l'élevage français (56 vaches en moyenne sur une exploitation, 60 % d'herbe dans la ration moyenne des bovins et même 80 % pour les bovins viande, 90 % d'autonomie). Ont également été détaillés leurs programmes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le programme « BEEF CARBON » et la ferme laitière bas carbone, ainsi que leur engagement dans le programme du ministère « 4 pour 1 000 » visant à maintenir et augmenter le stockage de carbone dans les sols agricoles. Pour Jean-Louis Peyraud de l'INRA, « grâce à la prairie, l'élevage bovin stocke 760 kg de carbone par hectare et par an. Actuellement sur l'ensemble des sols qu'occupe l'élevage bovin, il y a un accroissement moyen de 6,4 pour 1 000 et il y a encore un potentiel d'accroissement de 1 pour 1 000 d'ici à 10 ans grâce aux démarches mises en place par les filières. Sans compter le carbone déjà stocké dans les sols ».

Les ONG en harmonie avec les professionnels
Pour livrer une analyse pertinente, l'élevage doit être envisagé dans sa globalité : « L'élevage fait vivre en France et partout dans le monde, un milliard de paysans, leur familles mais aussi les territoires autour, et fournissent de nombreux services (traction, fourniture d'engrais naturel, utilisation de la biomasse non valorisable par l'homme). Diminuer les émissions ne pourra se faire sans considérer l'ensemble de ces enjeux ». Pour les experts, notamment de l'INRA, « dans les pays hors OCDE, les principaux leviers concernent l'amélioration de la santé des troupeaux et de la qualité des fourrages. Dans les pays de l'OCDE, il s'agit de limiter les pertes de carbone et d'azote vers l'eau et l'air en bouclant au maximum les cycles (en valorisant au mieux les ressources végétales de la ferme et les déjections du troupeau) ».

Admiration et légitime reconnaissance
Les ONG portent une position convergente, celle d'une part d'orienter la consommation vers les viandes françaises et de qualité, notamment en restauration hors foyer où 80 % de la viande consommée est issue d'importation et d'autre part d'exiger l'origine des viandes sur les produits transformés. Pour Nicolas Hulot, il est désormais certain que « les éleveurs participent au changement climatique, qui le subissent mais peuvent aussi largement contribuer à l'atténuer et ils le font déjà. Ne parlons pas seulement au futur mais aussi au présent car nous ne sommes pas assez informés de ce que vous faites déjà. Si je devais résumer ce qui s'est dit ici : le bonheur est dans la prairie mais les choses sont plus complexes. Si les citoyens, majoritairement urbains avaient assisté ce matin à cet échange, je suis convaincu qu'à la tendresse et à l'estime qu'ils ont spontanément vis-à-vis de vos professions, ils y auraient ajouté de l'admiration parce qu'ils auraient pour certains découverts que vos métiers sont associés à une grande ingéniosité et sont d'une grande complexité et ils auraient découvert surtout la multi-activité et les multifonctions qui sont les vôtres ».

Concilier économie et écologie
À la fin de la rencontre, Nicolas Hulot n'a pas manqué de noter les doléances, les jugeant pour certaines totalement légitimes : « je note l'idée de faire de l'environnement, un levier de valorisation. Je pense effectivement qu'il y a là un moyen de concilier économie et écologie. Mon rôle est de jeter des passerelles. J'espère que cette passerelle se transformera en gigantesque pont ». Concluant cette rencontre, le Chef de l'État a rappelé « que l'agriculture et l'élevage français sont au coeur de la défense de l'excellence et de la sécurité alimentaire. Vous éleveurs démontrez que l'on peut produire mieux tout en réduisant les émissions de GES et je vous engage à multiplier les initiatives pour montrer que l'élevage français est exemplaire et peut l'être encore plus ».

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