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Mouches et moucherons : Un pouvoir pathogène qui peut être important

Au-delà de la gêne occasionnée, les mouches et moucherons présentent un pouvoir pathogène direct par leurs larves mais sont également vecteurs de nombreuses maladies, et la menace est renforcée par les déplacements et le réchauffement climatique.

Situation de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins ou la maladie hémorragique épizootique du cerf au 3 avril 2023.
Situation de la dermatose nodulaire contagieuse des bovins ou la maladie hémorragique épizootique du cerf au 3 avril 2023.
© Veille sanitaire internationale

Les mouches et moucherons dégradent le bien-être des animaux et diminuent leurs performances zootechniques. Mais ils peuvent également présenter un pouvoir pathogène, direct ou indirect.

De nombreuses espèces présentes dans les troupeaux
Les mouches et moucherons sont des insectes de la famille des diptères, caractérisés par une seule paire d’ailes. Les « mouches » peuvent être classées en deux grandes catégories, les « lécheuses », qui se nourrissent de débris de peau, d’exsudats du nez, des yeux et des plaies et de sécrétions lactées et vaginales (mouche d’automne et mouche domestique…) et les « piqueuses », hématophages, dont la piqure est très douloureuse (stomoxes, mouches des cornes, tabanidés, simulies…). Pour les moucherons, les plus connus par leur pouvoir de vecteur de maladie sont les culicoïdes. Ce sont de petits insectes hématophages de 1 à 4 mm de long, avec une activité surtout à l’aube et au crépuscule et en bordure de bois.

Un pouvoir pathogène direct par leurs larves…
Connues sous le nom générique d’asticot, les larves de ces insectes sont carnivores. Elles sont responsables de myiases avec un impact clinique important sur les ovins ou les veaux. Historiquement provoquée par Lucilla sericata, une nouvelle mouche est apparue ces dernières années dans notre région, Wohlfahrtia magnifica, responsable de myiases très sévères. Et il ne faut pas oublier les larves d’Hypoderma, plus connues sous le nom de varron. Si elles ont été éradiquées en France métropolitaine, il reste des foyers dans les pays limitrophes nécessitant une grande vigilance lors des échanges commerciaux.

… et indirect comme vecteur de maladies
Un vecteur est un insecte qui transmet un agent pathogène : un virus, une bactérie ou un parasite. Il l’acquière sur un hôte, à l’occasion de son repas ou par portage passif, puis le transmet à d’autres individus. Certains de ces hôtes sont essentiels au cycle de vie du pathogène, qui peut y rester pendant une durée de temps assez longue, se multiplier et se transmettre à d’autres animaux. Ce sont des hôtes réservoirs. D’autres espèces sont infectées par le pathogène de façon plus occasionnelle et ne lui permettent pas de se multiplier et d’infecter d’autres animaux. Ce sont des hôtes intermédiaires.

Une transmission suivant différentes modalités
Pour les mouches « lécheuses », la transmission se fait de manière passive ; l’insecte se contamine sur les pattes ou les pièces buccales, s’envole et va contaminer l’animal voisin. Pour les mouches « piqueuses », les vecteurs s’infectent en prélevant un agent pathogène sur un hôte infecté lors de la prise d’un repas sanguin ; on parle d’hématophagie. Les modes de transmission à un nouvel hôte sont alors variés, les plus fréquents étant l’injection de salive lors d’une nouvelle piqûre, la régurgitation ou la migration active du parasite.

La Kérato-Conjonctivite Infectieuse Bovine (KCIB)
La mouche d’automne, Musca autumnalis, est porteuse de la bactérie Moraxella bovis, agent de la KCIB. La mouche transfère la bactérie d’un œil à un autre, sur plusieurs animaux. Le premier symptôme visible est un petit point blanc sur la cornée, en général sur des animaux au pâturage, à la belle saison. L’animal présente ensuite du larmoiement et de la photophobie. La maladie n’est pas symétrique et le plus souvent, un seul œil est atteint. Sans intervention, les lésions se compliquent pouvant conduire à l’apparition d’ulcères de la cornée, voire la perte de l’œil. La propagation de la maladie peut être rapide, il convient donc de surveiller régulièrement les animaux et d’intervenir dès le début des signes cliniques.

Les mammites d’été
Les mouches transportent aussi des germes sur les mamelles (Streptococcus et Staphylococcus) dans des contextes particuliers, qui peuvent être à l’origine de mammites.  Une autre bactérie, peu fréquente, Arcanobacterium pyogenes, provoque des abcès dans la mamelle, avec un ou plusieurs quartiers condamnés. Cette mammite sévère dite « d’été » survient généralement en juillet, août ou septembre. L’infection est propagée par des mouches telles que Hydrotaea irritans qui se posent sur les trayons et transmettent le germe aux quartiers. Les plaies sur les quartiers ou les trayons constituent un facteur favorisant.

La Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) et la maladie de Schmallenberg
Les culicoïdes ne faisaient pas partie des insectes vecteurs majeurs sur notre territoire jusqu’à l’apparition de la FCO aux Pays-Bas en 1996. Depuis, la maladie est bien implantée, plusieurs sérotypes ont circulé et des animaux servent de réservoir du virus. En 2011, un nouvel agent pathogène provoquant avortements et malformations fœtales a été identifié, le virus de Schmallenberg. Là encore, le rôle de vecteur des culicoïdes a été démontré.

La besnoitiose bovine
La maladie est due à un parasite microscopique qui s’apparente à une coccidie. Tous les animaux contaminés restent porteurs mais seuls quelques animaux vont présenter les signes cliniques : hyperthermie, œdème puis sclérodermie (peau d’éléphant). Cette maladie vectorielle est transmise par des insectes piqueurs (taons, stomoxes). Si leur repas sur le bovin est interrompu, ils finissent immédiatement sur l’animal voisin, ce qui explique que le risque de transmission est maximal à moins de 15 mètres. Historiquement présente en Ariège, sa dissémination progressive au niveau de la France et son expansion vers l’Europe centrale est principalement due à l’introduction de bovins contaminés au sein de troupeaux indemnes qui servent d’amorce au foyer puis la maladie diffuse autour pour devenir endémique.

La parafilariose ou « sueur de sang »
La parafilariose bovine est une maladie parasitaire due à la présence, au développement et à la migration dans le tissu conjonctif sous-cutané et intermusculaire d’un nématode, la filaire Parafilaria bovicola. Elle se manifeste par la formation de nodules hémorragiques cutanés, surtout sur les parties antérieures et dorsales de l’animal (plaies d’été d’où son appellation de « maladie des sueurs de sang »), ainsi que par des lésions sous-cutanées et musculaires ayant l’apparence de contusions. L’hôte intermédiaire est Musca autumnalis (la « mouche d’automne »), active d’avril à octobre. La mouche femelle, seule hématophage, est attirée par le sang épanché à la surface des nodules produits par la ponte du filaire femelle adulte. En même temps que le repas sanguin, la mouche absorbe des œufs du parasite ou des microfilaires. L’infestation d’autres bovins s’effectue par les mouches au moment du repas, soit sur les lésions de piqûre, soit au niveau orbitaire lorsque les mouches se nourrissent des sécrétions lacrymales. Elle intervient de mi-juin à début juillet.

Et d’autres maladies émergentes en Europe
D’autres maladies comme la dermatose nodulaire contagieuse des bovins ou la maladie hémorragique épizootique du cerf sont présentes en Europe mais pas en France. Pour plus de renseignements sur ces pathologies, vous pouvez consulter les articles dédiés sur le site internet de GDS Creuse ou le contacter directement. Les prochaines semaines, nous traiterons des moyens de prévention et de lutte contre les diptères en élevage.

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