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Mobilisation FNB « À quoi joue Bigard ? » : la filière bovine mobilisée pour défendre les revenus des éleveurs

À l’appel de la Fédération Nationale Bovine, une soixantaine d’agriculteurs venus de Corrèze, de Charente, de Creuse, de Haute-Vienne et de Dordogne se sont rassemblés lundi 28 juillet dès 7 heures du matin devant l’abattoir Charal d’Égletons. Les manifestants ont maintenu un barrage filtrant jusqu’en début d’après-midi afin de dénoncer la chute brutale des cours des bovins et d’alerter les opérateurs de la filière sur les conséquences économiques pour les élevages.

© fdsea 19

 

Tracteurs, banderoles et chiffres à l’appui, cette mobilisation régionale s’inscrivait dans le mouvement national lancé par la Fédération nationale bovine (FNB). Le mot d’ordre était clair : 

« Stop à la baisse des prix des bovins, non au hold-up de l’aval de la filière ! »

Nous sommes revenus au niveau des coûts de production » 

Président de la section bovine de la FDSEA de la Corrèze et membre du bureau de la FNB, Laurent Boisset a dénoncé une situation devenue intenable pour les éleveurs

Depuis plusieurs semaines, les cours reculent de manière continue alors que nos charges restent élevées. Aujourd’hui, nous sommes revenus à des niveaux de prix qui couvrent à peine nos coûts de production. Les jeunes bovins ont perdu jusqu’à 85 centimes par kilo carcasse, les vaches près de 50 centimes et les broutards jusqu’à 1,50 € en cumulé. Pour certaines catégories, cela représente plusieurs centaines d’euros perdus sur un animal. »

Dans certaines exploitations, la marge a tout simplement disparu. Les éleveurs ne demandent pas des prix exceptionnels, mais des prix cohérents avec la réalité économique de leur métier. Si cette situation perdure, nous risquons d’accélérer encore la décapitalisation des troupeaux. »

Pour le responsable syndical, ce décrochage envoie un très mauvais signal à l’ensemble de la filière

On nous parle régulièrement de souveraineté alimentaire et de maintien de l’élevage dans nos territoires. Mais si les éleveurs ne peuvent plus vivre de leur production, il y aura de nouvelles cessations d’activité et moins de bovinsdemain. »

A lire aussi : https://www.reussir.fr/agriculture-massif-central/les-eleveurs-de-viande-bovine-vont-bloquer-les-abattoirs?utm_source=page&utm_medium=mostread&utm_campaign=agriculture-massif-central

« À quoi joue Bigard aujourd’hui ? »

Prenant la parole devant les manifestants, Emmanuel Lissajoux, le président de la FDSEA de la Corrèze, a élargi le débat au-delà de la seule question des prix. « À quoi joue Bigard aujourd’hui ? » a-t-il lancé aux éleveurs réunis devant le site Charal d’Égletons. Il a mis en garde contre les conséquences à long terme des baisses de priximposées aux producteurs

Selon lui, la dégradation de la rentabilité des élevages accélère la décapitalisation des troupeaux, fragilise les exploitations et compromet le renouvellement des générations.

Pour le responsable syndical, cette question concerne également l’avenir des territoires ruraux. Il a rappelé que l’élevage bovin participe directement à l’entretien des prairies, au maintien de l’activité économique dans les campagnes et à l’aménagement de vastes espaces ruraux. « Sans élevage, nos territoires risquent de changer de visage. La prairie est un formidable outil de gestion de l’espace et de limitation de l’enfrichement. Quand les surfaces ne sont plus pâturées ni entretenues, la végétation s’accumule et le risque incendie augmente. »
Un argument destiné à rappeler que derrière la question du revenu des éleveurs se joue aussi un enjeu plus large de gestion et de préservation des territoires.

« Les chiffres du marché ne justifient pas cette baisse » 

Présent à Égletons, Pierre Cazes, représentant des Jeunes Agriculteurs au sein de la FRB Nouvelle-Aquitaine, réfute les arguments avancés pour expliquer la dégradation des cours

Les chiffres du marché ne justifient pas une telle baisse. La consommation de viande bovine ne recule que de 0,6 %, les importations sont en baisse de 1 % et la production française diminue d’environ 3 %. Les fondamentaux du marché devraient plutôt soutenir les cours que les faire chuter. »

Pour le jeune responsable professionnel, les éleveurs sont les premiers à subir les ajustements de marché. « À cela s’ajoute un contexte de manque annoncé d’animaux lié à la décapitalisation et aux problèmes sanitairesrencontrés ces derniers mois. Tout indique que l’offre va continuer à se contracter. Les éleveurs ont besoin de visibilité et de perspectives, notamment pour encourager l’installation des jeunes. Dans ce contexte, faire pression à la baisse sur les cours est incompréhensible. »

« Sans éleveurs, il n’y aura plus d’abattoirs » 

Jean-Bernard Sallat, président d’Interbev Nouvelle-Aquitaine, a lui aussi tenu à rappeler l’interdépendance entre les différents maillons de la filière

Les abatteurs ont besoin d’une production bovine française forte. Leur outil industriel repose sur la présence d’animaux à proximité des sites d’abattage. Ils ne peuvent pas compter uniquement sur l’importation de viande déjà abattue pour faire fonctionner leurs unités. »

Selon lui, la pérennité des entreprises d’abattage est directement liée à celle des élevages

« Si les élevagesdisparaissent progressivement, c’est toute l’organisation de la filière qui sera fragilisée. Les acteurs de l’aval ont donc tout intérêt à préserver un niveau de rémunération permettant aux éleveurs de poursuivre leur activité et d’investir dans l’avenir. »

 

 

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