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Matière : l’art et la manière de rebondir

La crise sanitaire a fait toucher du doigt à l’entreprise Matière sa - trop - forte dépendance à quelques gros marchés à l’export. Le repositionnement est engagé vers les pays de l’Est mais pas que.

La société veut accentuer sa présence en Afrique, comme ici au Sénégal.
La société veut accentuer sa présence en Afrique, comme ici au Sénégal.
© Matière

Oser l’export ! Il y a quelques jours, c’est l’exhortation que lançait aux entreprises cantaliennes et tricolores le ministre Franck Riester, prenant exemple sur l’un des fleurons de l’économie départementale, la société Matière. Une incitation que l’entreprise, spécialisée dans les ouvrages d’art, a devancée de longue date déjà, exportant son savoir-faire technologique - et notamment ses fameux ponts modulaires Unibridge® - dans pas moins d’une soixantaine de pays, désormais sur les cinq continents. Aujourd’hui, près de 70 % de son chiffre d’affaires sont réalisés au travers de contrats signés à l’international, faisant a priori de Matière un exemple à suivre à l’heure d’un déficit commercial abyssal de l’économie française (près de 85 milliards d’euros...). Dans le press-book de l’entreprise, des contrats à plusieurs dizaines et même centaines de millions de dollars, aux Philippines, en Indonésie, en Inde, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, Sierra Léone...

Un pont... vers l’Est
Mais la crise Covid - en restreignant les capacités de déplacement et réaffectant certains fonds publics vers l’urgence sanitaire - a quelque peu rebattu les cartes et fait toucher du doigt les limites et la fragilité d’une trop forte dépendance à certains marchés.
“30 % de notre chiffre d’affaires sont déployés sur deux pays d’Asie du Sud-Est où l’on n’a pas pu aller ces deux dernières années, souligne Philippe Matière, PDG de l’entreprise fondée en 1932 par son grand-père, Louis. Cela a montré notre trop grande dépendance à la fois à des gros contrats et à l’export.”
Pas le temps de nourrir de regrets sur les choix du passé : chez Matière, “on a retenu la leçon”... et revu la stratégie de développement désormais axée sur trois piliers. D’une part un positionnement sur de plus petits marchés (20 à 40 millions de dollars), davantage répartis géographiquement, d’où une double offensive conduite ces derniers mois vers l’Afrique (où l’entreprise était déjà bien implantée) mais aussi l’Europe de l’Est, tout en poursuivant une prospection active en Amérique du Sud et latine (où un ouvrage Matière a été étrenné sur le canal de Panama...).


Démarcher aussi français...
Ce repositionnement prévoit également de rééquilibrer la part d’activité drainée sur le marché tricolore. Pas forcément le chantier le plus évident : “Quand il n’y a pas de nouveau TGV prévu avant 2025 et que chaque projet de déviation suscite l’opposition d’élus, il faut bien qu’on fasse autre chose !”, lance Philippe Matière évoquant, entre autres, des projets avant-gardistes sur l’éolien off shore ou encore la candidature de l’entreprise arpajonnaise pour contribuer à la conception de Polar Pod, la station scientifique flottante imaginée par Jean-Louis Étienne en lien avec une quarantaine d’organismes de recherche. Plate-forme qui devrait, à partir de 2023, dériver autour du pôle Sud.
Pour l’heure, c’est à l’Est de l’Union européenne que Paul-Antoine Nicolaudie a mis le cap : une part non négligeable des fonds du plan de Relance européen ont en effet été alloués à ces États membres de l’UE, fléchés vers le développement ou la rénovation d’infrastructures. C’est le cas de la Roumanie qui devrait hériter de 3 milliards d’euros pour ses infrastructures routières, autant sur le ferroviaire. “Jusqu’alors, on considérait ces marchés comme trop mûrs dans le sens où nos solutions modulaires sont bien davantage adaptées aux pays en développement”, explique le chargé d’affaires internationales de Matière pour les zones Asie du Sud-Est et Europe de l’Est.

Effets bénéfiques du plan de Relance européen
La crise sanitaire et le plan de Relance de l’UE ont changé la donne offrant d’autres perspectives aux grands groupes de construction intervenant sur ce type de chantier et leurs sous-traitants dont le Cantalien Matière. Mais tout reste à faire, tempère Paul-Antoine Nicolaudie, de retour d’une mission de prospection en Roumanie organisée par le Medef international. “L’objectif premier pour nous, c’est de faire une étude de marché, de nous renseigner sur les projets à venir et la capacité intrinsèque des pays à utiliser dans les délais courts impartis (2022-2026 dans le cadre présent, ndlr) la manne de fonds européens alloués, de s’assurer que les projets annoncés ne sont pas que des effets d’annonce”, explique le chargé d’affaires, dont la mission a aussi consisté à rencontrer les acteurs locaux du marché pour “cibler nos projets”. Acteurs au premier rang desquels des décideurs publics, en l’occurrence des ministères et même le Premier ministre roumain.
La Serbie voisine - candidate à l’intégration dans l’UE - ou encore la Croatie pourrait aussi s’avérer des marchés porteurs pour la société cantalienne qui apporte aux majors de la construction sa compétence spécifique sur les ponts métalliques. “La force de Matière, c’est de proposer à la fois une solution technique avec des ponts modulaires et une solution opérationnelle en les déployant sur place en s’entourant de partenaires locaux”, fait valoir Paul-Antoine Nicolaudie, non sans éluder des solutions de financement que peut aussi apporter Matière(1).
Matière peut en outre se prévaloir d’une autre singularité dont elle tire parti : être restée une ETI, entreprise de taille intermédiaire à capital familial dans un paysage français contrasté entre des PME et de grands groupes qui ont assis leur développement sur de la croissance externe, en absorbant ETI et PME. “Si on était resté dans notre pré carré, on se serait aussi fait absorber”, estime Paul-Antoine Nicolaudie, qui déplore que les grands groupes français ne sachent ou ne veulent chasser en meute à l’export, “contrairement aux voisins allemands et italiens”, lesquels affichent une toute autre balance commerciale.  

(1) Via de prêts du trésor public consentis par l’État français dans le cadre de programmes d’aide au développement, ou encore crédits acheteurs via la BPIE (Banque public investissement export).

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