Aller au contenu principal

Maladies vectorielles - Comprendre, surveiller et agir face aux nouvelles menaces

La découverte dans l’est de la France et les pays limitrophes d’un nouveau virus sur les bovins, transmis par des insectes vecteurs, vient rappeler notre vulnérabilité face à ces pathologies émergentes.

© GDS Creuse

On appelle arboviroses (pour “arthropod-borne viruses”) des maladies transmises par des arthropodes vecteurs à des mammifères. Elles représentent un défi sanitaire et économique majeur pour l’élevage moderne. Longtemps considérées comme des épisodes lointains ou exotiques, des pathologies comme la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) se sont durablement installées sous nos latitudes. Pour les vétérinaires praticiens et les éleveurs, la gestion de ces crises ne relève plus de la simple veille ponctuelle, mais d’une stratégie globale alliant biosécurité, observation clinique rigoureuse, statut sanitaire de cheptel et vaccination.

De nombreuses familles de virus en cause…

Plus de 500 virus appartenant à plusieurs familles sont responsables d’arboviroses touchant aussi bien les humains que les animaux :

  • Togaviridae, le plus connu étant le chikungunya,
  • Flaviviridae, virus responsables de la fièvre de West Nile, de la dengue, du Zika ou de l’encéphalite à tiques,
  • Rhabdoviridae, dont le virus de la stomatite vésiculeuse,
  • Reoviridae et plus spécifiquement le genre Orbivirus avec de nombreux virus touchant les ruminants dont le virus de la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) ou Bluetongue virus (BTV), et le virus de la Maladie Hémorragique Épizootique (MHE),
  • Bunyaviridae, avec les virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (identifié pour la première fois dans les Pyrénées-Orientales en 2023), de la fièvre de la vallée du Rift, de Schmallenberg et le nouveau virus identifié dans l’est de la France et les pays limitrophes

La variabilité génétique de ces virus est très importante, ce qui explique l’émergence régulière de nouveaux sérotypes capables de contourner en partie l’immunité croisée des populations animales.

… et de nombreux vecteurs dont les culicoïdes

La transmission de ces arboviroses se fait de manière tout à fait exceptionnelle et marginale par contact direct entre animaux et parfois par passage transplacentaire pour certaines souches. Elle dépend principalement de vecteurs : moustiques, tiques, petits diptères de la famille des Ceratopogonidae, les culicoïdes. Ils mesurent 1 à 3 millimètres et seules les femelles adultes sont hématophages (besoin de repas de sang pour la maturation de leurs œufs). Leur activité s’accroît nettement lorsque les températures à l’aube et au crépuscule se radoucissent (généralement au-dessus de 10 - 15 °C). Les femelles pondent dans des milieux humides riches en matière organique (boues, bouses de ruminants, sols piétinés). Bien que piètres voiliers par eux-mêmes, les culicoïdes peuvent être transportés sur des dizaines, voire des centaines de kilomètres par les vents dominants en altitude, expliquant les fulgurances de diffusion de certaines épizooties.

Une émergence liée au changement climatique et aux voyages internationaux

Historiquement cantonnées aux zones tropicales ou subtropicales, les arboviroses profitent des déplacements, animaux ou humains contaminés ou marchandises qui diffusent des vecteurs (conteneurs de fleurs par exemple). Avec les conditions environnementales et climatiques en pleine mutation, ces vecteurs voient leur aire de répartition s’élargir et leurs périodes d’activité s’allonger en raison de la douceur des températures.

Des enjeux économiques et réglementaires

Au-delà de la souffrance animale et des pertes liées à la baisse de production ou à la mortalité, les arboviroses impactent lourdement la commercialisation des animaux. Certaines maladies étant réglementées, la mise en place de zonage par les autorités sanitaires européennes et nationales bloque ou complexifie l’exportation et les transactions d’animaux vivants. Plus globalement, l’apparition régulière de nouvelles souches ou de nouveaux variants maintient la filière élevage sous tension permanente.

Le rôle en première ligne du binôme Éleveur-Vétérinaire

La détection précoce est la clé absolue pour limiter la diffusion des virus au sein d’un cheptel et soulager les animaux. Les premiers symptômes des arboviroses sont souvent peu spécifiques et se recoupent largement : hyperthermie soudaine (souvent supérieure à 40 °C), abattement, chute de production avec effondrement brutal des performances laitières et amaigrissement rapide, parfois atteinte digestive, cutanée ou neurologique. Les symptômes rétrocèdent la plupart du temps en quelques jours, certains animaux plus faibles mourant de complications. L’impact principal est le plus souvent sur la fonction de reproduction : avortements, stérilité, malformations fœtales… Le diagnostic différentiel par PCR en laboratoire devient alors indispensable pour qualifier précisément l’agent pathogène en cause.

Stratégies de lutte et perspectives d’avenir

Face à des maladies vectorielles impossibles à éradiquer totalement de l’environnement, la riposte s’organise autour de trois piliers fondamentaux :

  1.  La vaccination ciblée, quand elle existe. C’est l’outil préventif le plus efficace car elle permet de réduire l’intensité des symptômes, de diminuer la charge virale circulante et, dans certains cas, d’obtenir des levées de restrictions de mouvements pour les cheptels vaccinés. Elle fonctionnera d’autant mieux que le cheptel est en bon état sanitaire.
  2. La gestion des vecteurs : elle est difficile à grande échelle même si l’usage d’insecticides sur les animaux et le traitement des moyens de transport peuvent réduire la pression des vecteurs à des moments stratégiques.
  3. La biosécurité et la surveillance active : une déclaration rapide de tout cas suspect par l’éleveur à son vétérinaire sanitaire, avec isolement des malades, permet une réactivité immédiate des autorités sanitaires.

Une gestion complexe et amenée à évoluer

La gestion des arboviroses des ruminants illustre parfaitement la complexité de la médecine vétérinaire moderne, à la croisée de l’écologie, de l’économie et de la santé publique animale. La présence de nombreuses maladies dans les pays du pourtour méditerranéen et au-delà démontre l’obsolescence des barrières géographiques traditionnelles. Seule une collaboration étroite, transparente et proactive entre les éleveurs, sentinelles de terrain, les vétérinaires, experts du diagnostic, et les autorités sanitaires, en charge de la gestion de ces émergences, permettra d’amortir les chocs sanitaires futurs et de préserver la pérennité de nos filières d’élevage. Pour plus de renseignements, n’hésitez pas à contacter GDS Creuse ou votre vétérinaire.

Dr Boris Boubet - GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Les plus lus

Portrait Mickaël Clarissou : l’éleveur limousin qui sculpte l’avenir de son troupeau

Éleveur passionné au GAEC Clarissou situé à la Croix du Don près de Saint-Paul, Mickaël perpétue avec son frère Jérôme un…

Shamonda-Europe : au moins un cas dans le Cantal

Un premier foyer de ce nouveau virus apparu cet été en Suisse, Allemagne et Savoie a été confirmé dans le département.…

Plus de 80 % des Cuma ont une activité récolte.
Agriculture : comment bénéficier du crédit d'impôt CUMA ?

Le dispositif s'adresse directement aux agriculteurs et agricultrices membres d'une CUMA. Le calcul se base sur le montant des…

Les cultures de maïs consommation et semence ont souffert davantage des fortes chaleurs que du manque d'eau avec une grosse problématique de fécondation.
La production de maïs semoulier en chute libre en Auvergne, Limagrain contraint aux importations

La filière maïs en Limagne est face à un défi historique. Pour Limagrain, 2026 s'annonce d'ores et déjà comme une année noire,…

Florence Dubessy, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Lionel Chauvin; président du département du Puy-de-Dôme étaient au  Domaine Miolanne à Neschers
Vins d'Auvergne primés aux Volcanic Wines Awards 2026 : Le Domaine Desprat Saint-Verny et Pierre Goigoux à l'honneur

En juillet 2026, Florence Dubessy, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Lionel Chauvin, président du Conseil…

Les démarches administratives et réglementaires autour des concours équins se renforcent.
Chevaux de trait : les concours 2026 changent de règles

Entre migration numérique, nouvelles règles sanitaires et formation de la relève, l’Association des Éleveurs de Chevaux de…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière