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MACHINISME. Le premier tracteur fonctionnant au biométhane enfin commercialisé

Le concessionnaire Gauthier à Saint-Trivier-de-Courtes (Ain) a inauguré le premier tracteur fonctionnant au biométhane de la marque New Holland. Une grande première en France.

Il était attendu et plus d'une centaine de véhicules ont déjà été vendus en France et en Europe. Le tout premier tracteur de la chaîne fonctionnant au biométhane a été inauguré le 10 mars dernier à Saint-Trivier-de-Courtes dans l'Ain sur le site de méthanisation Trivigaz vert (voir ci-dessous), à quelques centaines de mètres du concessionnaire Gauthier. Ce T6 Méthane Power Vario a attiré de nombreux curieux, des professionnels qui pourraient représenter de potentiels clients à l'avenir. « C'est un tracteur normal, souligne le concessionnaire. Il fonctionne simplement au gaz, avec moins d'inconvénients car moins polluant et moins bruyant. » Pourtant trois jours auparavant, le succès de cette journée n'était pas assuré. Jean-Christophe Vanier, directeur de la concession Matériel agricole Gauthier, a reçu le véhicule avec quinze jours de retard, et seul alors qu'il devait être accompagné d'un second du même modèle. En cause, la pénurie de matières premières. Si le fabricant a fait le stock de blocs-moteurs, les pneus et autres pièces sont particulièrement touchés par la faiblesse d'approvisionnement.

Un approvisionnement possible par la méthanisation

Plus cher à la fabrication, ce T6 est un peu plus cher à l'achat, environ 10 % en plus, selon Jean-Christophe Vanier. Il propose également une autonomie de seulement cinq ou six heures contre plus d'une dizaine d'heures pour ce type de véhicules d'ordinaire. « La difficulté, c'est de savoir si on valorise le gaz au prix d'achat ou au coût de production », concède-t-il. Mais pour le concessionnaire, ce tracteur a de quoi faire des adeptes, en particulier les agriculteurs possédant une unité de méthanisation qui permettrait d'approvisionner le tracteur en gaz : « La boucle est bouclée, on est dans un schéma intellectuel plutôt intéressant ». En effet en France, la réglementation interdit aux producteurs de gaz non-professionnels de vendre leur énergie, mais rien n'empêche les agriculteurs possédant une unité de méthanisation d'alimenter leur propre station de bioGNV/GNV. Un cas existe d'ailleurs en Haute-Marne, à Colombey-lès-Choiseul, où un agriculteur, Philippe Colin (EARL de Grivée), a relié sa propre station de GNV à son méthaniseur. Avec le développement en plein essor de camions et bus fonctionnant au gaz, les tracteurs au biométhane pourraient également séduire les collectivités locales possédant des stations d'approvisionnement. À l'heure actuelle, seul un modèle de tracteur au biogaz existe, mais Jean-Christophe Vanier espère voir la gamme s'étoffer, les télescopiques au gaz étant susceptibles d'intéresser de plus en plus de clients.

Margaux Legras-Maillet

Rétrofit. Le mercredi 13 avril, à l'occasion du Salon mix énergétique (Mix.E), le Centre de recherche en machines thermiques (CRMT) et GRDF ont présenté les deux premiers véhicules lourds rétrofités au BioGNV en France dont un tracteur agricole.

Ça roule pour le tracteur rétrofité au bioGNV

Dans le cadre du Salon Mix.E qui s'est tenu du 13 au 14 avril à la Cité internationale de Lyon, deux innovations ont été présentées en avant-première. Un autocar et un tracteur roulant initialement au diesel ont été rétrofités au bioGNV. La conversion du tracteur agricole diesel au bioGNV est un projet appelé RES4LIVE financé par l'Union européenne via le programme d'innovation Horizon 2020. Le rétrofit BioGNV consiste à convertir un véhicule diesel ou essence vers une motorisation au gaz vert, une énergie alternative plus écologique. Il constitue une solution innovante pour améliorer les performances environnementales des véhicules, prolonger leur durée de vie et respecter la qualité de l'air. « Un véhicule BioGNV va émettre par rapport à un véhicule gazole de même génération 80 % d'émissions en CO2 en moins, 50 % d'émissions de NOx en moins », souligne Gladys Montagnol, déléguée territoriale à GRDF. Les travaux de rétrofit favorisent également l'indépendance énergétique des agriculteurs qui produisent déjà leur propre biogaz dans les unités de méthanisation, en leur permettant de consommer leurs propres ressources. « Les projets de méthanisation se développent en Aura, on compte déjà 30 projets opérationnels et 20 sont prévus pour l'année 2022 », indique Gladys Montagnole.

Une révolution technique

Dans ce projet, la rétrofit du tracteur implique la modification de la base moteur diesel, pour le faire fonctionner au bioGNV. « On a ajouté des pièces comme les injecteurs, les bougies, on a adapté la culasse et on a aussi réusiné des pièces comme les pistons », détaille Mélanie Messieux, ingénieur en charge du projet pour le CMRT. La conversion d'une motorisation au gaz nécessite aussi de stocker le nouveau combustible. « On a rajouté des bouteilles de stockage pour le gaz avec une capacité de 177 litres qui vise une autonomie de 4 heures selon la charge de fonctionnement mais on ne connaît pas exactement la consommation du tracteur, c'est l'expérimentation sur le terrain qui nous le dira ». À partir de l'été 2022, le tracteur sera testé et suivi dans la Ferme d'Innovation de l'Institut Leibniz for Agricultural Engineering and Bioeconomy (ATB), situé en Allemagne. Il sera utilisé pour déplacer du matériel le matin, puis l'après-midi, à côté d'une unité de méthanisation équipée d'un épurateur de biogaz et d'un compresseur pour remplir les réservoirs.

Baptiste Vlaj

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