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L’inventaire du patrimoine agricole en Vallée de la Dordogne corrézienne : une quête de mémoire et de transmission

Comment en Corrèze une étude d’inventaire redonne vie aux savoir-faire et aux bâtis liés à l’élevage et à l’agriculture traditionnelle.

© E. Boivin

Un projet ambitieux au cœur de la Vallée de la Dordogne corrézienne

En 2024, la Vallée de la Dordogne corrézienne – un territoire regroupant 64 communes réparties entre les communautés de communes Midi Corrézien (anciens cantons de Beaulieu, Beynat et Meyssac) et Xaintrie Val de Dordogne (anciens cantons de Mercœur, Saint-Privat et Argentat) – s’est lancée dans une aventure patrimoniale inédite : l’inventaire du patrimoine lié aux productions agricoles, avec un focus initial sur l’élevage. Portée par le PETR Vallée de la Dordogne* dans le cadre de sa candidature au label Pays d’art et d’histoire, et en partenariat avec la Région Nouvelle-Aquitaine, cette étude vise à approfondir la connaissance du patrimoine local et à associer les habitants à la préservation de leur histoire.

Éloïse Boivin, chargée de mission inventaire, explique : 

L’objectif est de mieux comprendre notre territoire, son évolution, et de valoriser les savoir-faire qui ont façonné notre identité. »

Pourquoi un inventaire thématique ?

Contrairement aux inventaires topographiques, qui recensent l’intégralité du patrimoine d’un territoire, cette étude se concentre sur un thème précis : l’élevage et les productions agricoles. 

Avec 64 communes, il était impossible de tout couvrir en trois ans, précise Éloïse Boivin. Nous avons donc choisi de nous focaliser sur un aspect central de notre histoire : l’agriculture. »

Ce choix n’est pas anodin : il est le fruit d’une concertation avec les habitants. En 2024, six ateliers participatifs ont été organisés pour recueillir leur vision du patrimoine. 

Les participants ont exprimé un attachement fort aux savoir-faire agricoles, aux outils anciens, et aux bâtis comme les granges, les abreuvoirs ou les puits », souligne-t-elle.

Sur le terrain : entre archives et rencontres

L’inventaire combine recherche documentaire et enquêtes de terrain. Éloïse Boivin consulte les cadastres anciens, les plans napoléoniens et les matrices cadastrales pour identifier les parcelles et les bâtis liés à l’élevage. « Ces archives nous donnent des indices sur l’usage des terres et des bâtiments » explique-t-elle.

Sur le terrain, elle observe les granges-étables, les porcheries, les poulaillers et les bergeries, tout en notant les matériaux, les techniques de construction et les dates portées (inscriptions sur les linteaux de porte). 

Chaque bâtiment raconte une histoire, souvent liée à une famille ou à une exploitation » précise-t-elle.

Un patrimoine vivant et en évolution

Les bâtis agricoles ne sont pas figés dans le temps. « Les granges sont souvent agrandies ou modifiées en fonction des besoins » note Éloïse. Aujourd’hui, certains bâtiments sont réutilisés (stockage, habitation), tandis que d’autres cohabitent avec des constructions modernes, reflétant l’évolution des pratiques agricoles.

Les matériaux varient selon la géologie locale : grès et calcaire dans le Midi Corrézien, granit en Xaintrie. 

On passe des granges limousines aux granges auvergnates, avec des toitures en tuiles plates ou en lauze » détaille-t-elle.

La parole aux habitants : témoignages et mémoire collective

L’inventaire ne se limite pas aux bâtis : il recueille aussi les témoignages. 

Les agriculteurs, anciens ou actuels, partagent leurs souvenirs, leurs savoir-faire, et parfois des anecdotes » raconte Éloïse Boivin. 

« Un jeune agriculteur m’a expliqué comment il avait agrandi la ferme de ses grands-parents pour adapter l’élevage aux normes actuelles, tout en conservant les anciens bâtiments. »

Ces échanges permettent de comprendre les transformations des exploitations et de documenter des pratiques spécifiques, comme l’élevage de veaux sous la mère, ou la polyculture vivrière.

Associer les acteurs locaux : un enjeu de transmission

L’étude s’appuie sur un réseau d’acteurs : mairies, associations locales et Chambre d’agriculture. « Nous organisons des rencontres pour échanger avec les habitants et les agriculteurs » explique Éloïse Boivin. 

 L’idée est de rendre cet inventaire vivant et partagé. »

Elle souligne l’importance de sensibiliser les exploitants : 

Certains craignent que l’inventaire ne bloque leurs projets, mais il s’agit seulement de documenter et de valoriser, pas de contraindre. »

Et demain ? Valorisation et restitution

Les résultats de l’inventaire seront mis en ligne sur le portail documentaire de la Région Nouvelle-Aquitaine, avec des dossiers détaillés (photos, descriptions architecturales, historiques).

Des temps de restitution sont prévus : conférences, expositions et balades thématiques. « Nous organisons déjà des journées comme les JNA (Journées Nationales de l’Architecture) à Saint-Martin-la-Méanne et Saint-Bazile-de-Meyssac, les 6 et 7 juin » annonce Éloïse Boivin.

Comment participer ?

Les habitants et agriculteurs intéressés peuvent contribuer en partageant des photos anciennes de fermes ou d’outils, des témoignages sur les savoir-faire, des documents d’archives (cartes postales, contrats, ...).

Vous pouvez contacter Éloïse Boivin, chargée de mission inventaire, pour contribuer à enrichir la connaissance sur ce patrimoine (05 55 84 00 10 – inventaire@valleedordogne.org).

Ce patrimoine est un héritage, mais aussi un levier pour l’avenir » conclut Éloïse Boivin. « En le documentant, nous préservons la mémoire collective et nous inspirons les générations futures. »

*Le Pôle d'Équilibre Territorial et Rural (PETR) est un outil de coopération entre EPCI (communautés de communes, communautés urbaines ou encore métropoles) sur les territoires situés hors métropoles.

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