Les maraîchers relèvent un défi ambitieux : cultiver sans herbicides.
La station ADIDA a vibré au rythme des échanges et des découvertes le 30 mars. Une journée technique, organisée dans le cadre du projet Rallye Transfert Nouvelle-Aquitaine, a révélé des solutions innovantes pour gérer les adventices en maraîchagetout en préservant la rentabilité et la santé des sols. Retour sur une journée riche en enseignements et en espoir pour une agriculture plus durable.
La station ADIDA a vibré au rythme des échanges et des découvertes le 30 mars. Une journée technique, organisée dans le cadre du projet Rallye Transfert Nouvelle-Aquitaine, a révélé des solutions innovantes pour gérer les adventices en maraîchagetout en préservant la rentabilité et la santé des sols. Retour sur une journée riche en enseignements et en espoir pour une agriculture plus durable.
Une journée pour repenser l’agriculture
À Voutezac, la station a accueilli maraîchers, éleveurs et techniciens agricoles. L’objectif de cette journée technique était de trouver des alternatives durables aux herbicides, un enjeu crucial pour une agriculture respectueuse de l’environnement et économiquement viable. Cette rencontre a permis de partager des résultats concrets, des témoignages et des innovations techniques qui pourraient bien changer la donne pour les maraîchers de la région.
Atelier un : la carotte, reine des essais
Anne-Laure Fuscien de la Chambre d’agriculture de la Corrèze et Justine Auzel de l’ADIDA ont ouvert les débats en présentant les résultats d’un essai mené sur la culture de carottes dans le cadre du projet MIPS (Maraîchage Intensif sur Petites Surfaces). Trois modalités d’implantation ont été testées : semis sur compost, semis sur géochanvre (Herbi’Chanvre) et utilisation de ruban pré-semé. Les résultats sont sans appel : les modalités compostet géochanvre permettent de réduire la pression des adventices de manière significative tout en améliorant les rendements.
Ces techniques demandent un investissement initial en temps et en matériel, mais elles réduisent considérablement le besoin de désherbage manuel, ce qui est un atout majeur pour l’organisation du travail », explique Justine.
Un maraîcher bio présent dans l’assistance témoigne : « J’ai testé le géochanvre l’an dernier sur une parcelle de carottes. Au début, la mise en place était un peu technique, mais une fois que c’est fait, on gagne un temps précieux sur le désherbage, et les carottes sont plus belles et mieux calibrées. »
Dans le cadre du projet MIPS, il a été estimé que 16 % du temps de travail en maraîchage est consacré au désherbage, soit près de cent heures par an pour mille mètres carrés. Les techniques alternatives présentées lors de cette journée pourraient bien réduire ce temps de manière significative et diminuer la pénibilité du travail.
« J’ai testé le ruban pré-semé EasyTop cette année. C’est un peu cher, mais cela évite l’éclaircissage et le désherbage», raconte un maraîcher.
Atelier deux : le paillage organique, une révolution en marche
Quatre types de paillages organiques locaux ont été présentés : miscanthus, paille, switchgrass et plaquettes de bois. Chaque solution a ses avantages. Le miscanthus repousse naturellement les limaces et limite les mauvaises herbes. La paille et le switchgrass sont économiques et facilement accessibles localement, tandis que les plaquettes de bois améliorent la structure du sol sur le long terme.
Maxime Lepeytre, conseiller à la FDCUMA 19, souligne :
Le paillage organique est encore peu utilisé alors qu’il permet de réduire les coûts en eau et en désherbage, tout en enrichissant les sols en matière organique. C’est une solution gagnante pour les maraîchers. »
Un éleveur présent partage son expérience : « J’ai planté du switchgrass il y a trois ans. Cela me coûte moins cher que la paille et cela dure plus longtemps dans les stabulations. En plus, je peux en revendre aux maraîchers du coin, ce qui crée un cercle vertueux. »
Le switchgrass, cette graminée pérenne, facile à cultiver et peu exigeante, offre un pouvoir absorbant équivalent à la paille tout en étant plus résistante et durable. Une fois implanté, le switchgrass peut produire entre dix et douze tonnes à l’hectare et rester en place pendant quinze à vingt ans.
Un autre participant s’interroge : « Le paillage en bois, c’est bien, mais il faut trouver du broyat fin. Sinon, cela met trop de temps à se décomposer et cela retarde la levée des cultures. »
Maxime Lepeytre répond : « C’est vrai, il faut adapter le paillage à ses besoins. Le switchgrass, par exemple, se décompose plus vite que le miscanthus. De plus, on peut le broyer finement pour éviter les problèmes de levée. »
La modalité « Chanvre + 3 cm de compost » a généré une marge brute de 1 582 € pour 100 m², contre 1 010 € pour la modalité « faux-semis ». Un argument de poids pour convaincre les maraîchers de franchir le pas.
Atelier trois : les couverts végétaux, des alliés insoupçonnés
Les couverts végétaux, souvent méconnus, ont été mis à l’honneur. La méthode MERCI (Méthode d’Estimation des Restitutions par les Cultures Intermédiaires) a été présentée comme un outil clé pour évaluer leurs bénéfices agronomiques et économiques.
Les couverts végétaux permettent de capter l’azote notamment avec les légumineuses, d’améliorer la structure du sol grâce aux systèmes racinaires et de limiter les adventices tout en réduisant les intrants chimiques et d’augmenter la biodiversité, notamment l’attraction des pollinisateurs »,
explique Stéphane Martignac de la Chambre d’agriculture de la Corrèze.
Un maraîcher partage son expérience : « L’an dernier, j’ai semé un mélange de féverole et de phacélie après mes courges. Résultat : moins d’adventices au printemps et un sol plus facile à travailler. »
Un projet collectif pour une transition réussie
Le Rallye Transfert Nouvelle-Aquitaine est un projet multi-acteurs porté par la Chambre régionale d’agricultureet soutenu par l’Agence de l’eau Adour-Garonne et la Région Nouvelle-Aquitaine.
L’originalité de ce projet, c’est son approche collective », explique Karine Barrière, Directrice de l’ADIDA. « Nous identifions ensemble les attentes et les besoins des agriculteurs, recherchons et testons les méthodes les plus efficaces, capitalisons sur les expériences réussies et les adaptons aux réalités locales. »
« Cette journée a montré qu’il existe des alternatives viables aux herbicides. Maintenant, il faut les adapter à chaque exploitation et les faire connaître », conclut un participant enthousiaste.
Nous repartons avec des idées plein la tête et l’envie d’essayer de nouvelles techniques sur nos parcelles », ajoute un maraîcher.
Anne Brugeaud