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Filière porcine
Les éleveurs accusent le coup

Cet été, tandis que le cours du porc demeurait bas, le prix des céréales a flambé. Un coup dur pour une filière déjà fragilisée...

La Haute-Loire compte une petite centaine d’exploitations porcines, représentant 0,5 % de la production nationale.
La Haute-Loire compte une petite centaine d’exploitations porcines, représentant 0,5 % de la production nationale.
© HLP

Les éleveurs de porcs sont très inquiets. Aux problèmes d'ordre structurels que connaissait déjà la filière porcine française, liés à la faiblesse du cadran, s'est rajoutée une première crise, en 2007, qui a commencé par une envolée du prix des céréales... Alors qu’un scénario similaire semble se profiler, Maurice Imbert, président de la section porcine de la FDSEA de Haute-Loire, fait le point sur une situation de plus en plus difficile.

La Haute-Loire Paysanne : La production porcine française est dans le rouge, et c'est encore plus vrai dans le cas de la Haute-Loire, où les exploitations demeurent de taille modeste. Que proposez-vous pour sortir de cette impasse ?


Maurice Imbert : Au niveau départemental, à travers la marque «Porc de Haute-Loire», nous voulons créer une petite interprofession regroupant éleveurs, abatteurs, boucheries artisanales et grande distribution.Voici deux années que nous y travaillons maintenant, c’est déjà un lieu de discussion et d’échange, et pour l’éleveur cela se traduit par une plus-value de 5 centimes d’€ par kilos carcasse, soit 5 € environ par porc.
Ceci-dit, cette valorisation locale ne suffira pas à enrayer la surcharge. Et ce système n’est valable que si l’éleveur est véritablement maître de sa production, si les porcs lui appartiennent, ce qui exclut le recours à l’intégration. L’intégration ne peut être envisagée qu’à très court terme. Son salaire ne permet pas à l’éleveur d’investir dans la rénovation de ses bâtiments, ce qui l’entraine souvent vers un amoindrissement de ses résultats techniques.

HLP : Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?


Sur le plan régional voire national, il existe plusieurs revendications complémentaires. Avant tout, nous souhaitons que l’Etat nous aide à obtenir un prix du porc convenable, en faisant pression sur les grands groupes industriels. Nombre de nos problèmes viennent aussi du fait que nous vendons nos produits à des prix très faibles. Il est nécessaire  que la charge liée à la hausse du coût de production soit répercutée sur le prix  de vente de notre viande. C’est ce qui a été fait pour le lait et je ne vois pas pourquoi l’Etat n’agit pas de la même manière au niveau de la filière porcine.
A côté de cela, nos dirigeants peuvent faire entendre notre voix à Bruxelles sur plusieurs dossiers, dans le cadre de la PAC 2013. Nous aimerions d’abord obtenir une compensation par rapport à la distorsion de concurence fiscale, économique et sociale existant au sein de l’Union Européenne. Dans des pays comme l’Allemagne, les charges des éleveurs ne sont pas les mêmes et comme les prix de vente s’alignent, les éleveurs français sont pénalisés. Par ailleurs, il serait souhaitable que la PAC 2013 arrête de considérer, à tord, l’élevage porcin comme un élevage hors-sol. Ne serait-ce que parce qu’une partie des éleveurs produit elle-même ses céréales, on ne peut pas parler d’un élevage hors sol.
Dans un autre domaine, voici maintenant 5 ans qu’une aide tout à fait légitime a été supprimée en raison de son «euro incompatibilité», il s’agit de l’aide à la qualité en zone de montagne, également appelée «ICHN porc». Nous l’avons perçue pendant près de 15 ans, nous aimerions qu’elle soit rétablie. Cette aide voulait pallier aux handicaps naturels que sont la dépense énergétique et les surcoûts liés à l’approvisionnement en céréales ou à la construction d’un bâtiment en zone de montagne. Enfin, une mesure européenne nous impose une mise aux normes des bâtiments d’ici 2013. Actuellement, cet investissement demeurent inenvisageable pour la majorité des éleveurs, qui n’ont d’ailleurs pas envie de se lancer dans des emprunts et des travaux sans savoir de quoi demain sera fait. Aussi, nous espérons que nos dirigeants pourront faire repousser cette date butoir.

HLP : Mardi dernier, lors de l’ouverture de salon de l’élevage à Rennes (SPACE), le Ministre Bruno Le Maire a annoncé qu’un plan d’aide de 300 millions d’euros sur 3 ans allait être mis en place  en faveur des éleveurs laitiers, bovins et porcins, assorti d’une aide d'urgence 30 millions d’euros... Quelle est votre position à ce sujet ?


M.I. : C’est un saupoudrage ridicule. Les problèmes auxquels nous devons faire face sont d’une telle ampleur que cette enveloppe ne résoudra rien, surtout si l’argent est redistribué en fonction des effectifs par bassin de production. Au jour d’aujourd’hui, compte tenu du prix actuel des céréales dépassant les 200 € la tonne (+ 40 %)  conjugué à la faiblesse du cadran (- 7% par rapport à la moyenne de 2009), on peut estimer qu’un éleveur de porc perd, en moyenne, 20 € par porcs. Sachant que la France produit environ 25 millions de porcs par an, la production porcine française aurait besoin de 500 millions d’euros pour parvenir à un point d’équilibre...

HLP : Quelles sont vos revendications face aux salaisonniers et aux transformateurs ?


M.I. : On parle souvent de filière porcine mais si on considère qu’une filière est composée de plusieurs maillons, le maillon «production» semble bien isolé... Si la filière porcine française existe réellement, le seul moyen de pérenniser la production passe par la contratualisation avec les abatteurs et les transformateurs. Aujourd’hui, l’éleveur est un chef d’entreprise  qui doit gérer des coûts de production et des prix de vente très fluctuants, auxquels s’ajoute une fluctuation des volumes entre l’été et l’hiver venant encore compliquer la donne dans la mesure où il s’agit d’une production très linéaire. Donc avec un minimum d’entente entre les différents maillons de la chaîne, on devrait pouvoir pérénniser l’élevage. Même si les charges liées à l’élevage demeurent incertaines, la contractualisation donnerait de la visibilité aux éleveurs. Sans cela, je craints fort que demain, on ne puisse plus voir de porcs élevés en Haute-Loire.

HLP : Quel est le message que vous souhaitez faire entendre au grand public ?


M.I. : La filière porcine de Haute-Loire est très fragile, or son importance économique et sociale est réelle. La maintenir représente certes un coût, mais si le consommateur est prêt à dépenser 2 centimes d’euros en plus pour sa cotelette, on peut lui assurer une qualité et une traçabilité en contrepartie. A l’heure actuelle, il est donc important d’acheter français avec Viande de Porc Française (VPF) et d’acheter local avec la marque «Porc de Haute-Loire».

HLP : Doit-on s'attendre à de nouvelles opérations de stickage ou autre action « coup de point » dans les semaines à venir ?


M.I. : Pour le moment, nous allons surtout faire remonter nos préocupations via la préfecture. Dans des régions comme la notre, le gros du travail réside dans la communication, afin que le consommateur comprenne la réalité de notre filière porcine.

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