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Les culicoïdes, des insectes vecteurs de la FCO et de la MHE

Apparus sur le devant de la scène en 2006 avec l’émergence de la FCO sérotype 8 aux Pays Bas, ces insectes piqueurs, vecteurs entre autres de la MHE et des différents sérotypes de FCO, sont plus que jamais d’actualité. La connaissance de leur biologie permet de comprendre pourquoi les moyens de lutte restent limités, la vaccination et un bon statut sanitaire des cheptels restant les mesures les plus efficaces.

Connus de longue date pour provoquer la dermatite estivale récidivante des équidés (DERE), leur pouvoir pathogène direct sur les ruminants était limité. La donne a changé avec l’émergence de maladies vectorielles.

Des moucherons très répandus

Les culicoïdes sont des insectes diptères de la famille des Ceratopogonidae. Ce sont des moucherons de petite taille (1 à 3 mm). Les mâles se nourrissent de nectar et de matière organique et les femelles sont hématophages. Dans le monde, on compte environ 1 400 espèces dont une centaine en Europe de l’ouest et seules une dizaine peuvent être vectrices de pathologies, les principales étant Culicoides obsoletus, imicola et pulicaris. Ils volent en essaim et leur pouvoir de nuisance est important, directement par les piqûres et les maladies transmises mais également indirectement par la gêne occasionnée.

Un cycle de reproduction classique d’un diptère hématophage

Une fois fécondées, les femelles ont besoin d’un repas de sang pour assurer la maturation de leurs œufs. Leurs cibles favorites sont les ruminants domestiques et sauvages, les équidés et les humains. 48 heures après, elles vont pondre une cinquantaine d’œufs dans une zone humide et riche en matière organique : bords de mare, trou d’arbre, aire d’ensilage, tas de fumier, fruits en décomposition, bouses ou crottins, zone de passage/piétinement… La larve va éclore, microscopique asticot qui va se transformer en nymphe après 4 stades larvaires, puis en adulte. La survie des culicoïdes est d’une quinzaine de jours à température ambiante, mais elle peut être de plusieurs mois lorsqu’il fait froid. La survie hivernale se fait sous forme d’œuf ou de larve ou, sur une période plus courte, d’adultes engourdis. Avec le changement climatique, larves et adultes résistent mieux pendant l’hiver et il est beaucoup plus rare d’observer plusieurs semaines consécutives d’inactivité vectorielle.

Une période d’activité variable suivant les espèces

Ils sont très sensibles à la température et leur spectre favorable est de 15 °C à 35 °C avec un optimum autour de 25 °C. Globalement, leur activité est essentiellement crépusculaire même si certaines espèces peuvent avoir une activité diurne (C. pulicaris). Les piqûres se font majoritairement en extérieur, le moucheron rentrant peu en bâtiment tant qu’il y a des animaux au pré. Les culicoïdes ayant un appareil piqueur court, ils préfèrent les zones sans poil (mamelles, aisselles, naseaux, contour des yeux, bourrelet coronaire). La dispersion active par le vol se fait sur des distances limitées (2 à 3 km/jour) mais la dispersion passive avec le vent est beaucoup plus importante (plusieurs centaines de kilomètres au-dessus des masses d’eau). La contamination européenne par la MHE est d’ailleurs probablement due à des culicoïdes ayant été portés au-dessus de la mer Méditerranée.

Une contamination à l’occasion d’un repas de sang

Les culicoïdes peuvent être vecteurs de nombreuses maladies comme la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO), la maladie de Schmallenberg et la Maladie Hémorragique Épizootique (MHE). Le moucheron se contamine en piquant un animal porteur de virus. Celui-ci va passer la barrière intestinale du culicoïde, se multiplier puis se retrouver dans la salive. Une fois infecté, le moucheron reste infecté à vie. Lors de la prochaine piqûre, le virus sera transmis et une seule piqûre de culicoïde infecté suffit pour qu'un animal acquière le virus.

Quelles mesures mettre en œuvre contre les culicoïdes ?

La plupart des mesures sont basées sur la connaissance de la biologie ou de l’écologie des culicoïdes et sur l’hypothèse qu’elles ont un impact sur l’abondance des populations et donc le risque de transmission. Mais peu ont fait l’objet d’expérimentations pour confirmer leur efficacité et il est fortement recommandé d’envisager la lutte en intégrant les différents moyens disponibles, et notamment l’action sur les stades larvaires et adultes.

Limiter les gîtes de ponte…

La ponte se faisant dans les zones humides, riches en matière organique, on veillera à limiter la présence d’animaux sensibles à proximité des mares ou aires de stockage des fumiers et des lisiers. Des essais ont également été effectués avec le traitement de ces zones par des larvicides. Si ces mesures ont fait preuve d’efficacité dans des pays chauds voire désertiques, leur efficacité est beaucoup plus limitée sous nos latitudes, la zone de ponte pouvant être réduite à une simple flaque.

… capturer les moucherons adultes, …

Des pièges existent, basés sur l’attractivité des phéromones ou du CO2. Ils sont parfois peu spécifiques et si leur efficacité est incontestable pour mesurer l’activité globale des culicoïdes, leur impact à grande échelle est beaucoup plus limité et ne garantit pas l’absence de transmission de maladies.

… et limiter les piqûres des ruminants

En bâtiment, la protection mécanique des animaux est possible ; cela passe par la pose de moustiquaires ou l’installation de brasseurs d’air qui les gênent. En plein air, peu de dispositifs ont fait preuve d’efficacité. De nombreux insecticides ont une activité reconnue par AMM sur certains diptères mais cela concerne essentiellement des mouches. Sur les moucherons, on se heurte à plusieurs difficultés : aucun médicament à AMM culicoïdes, piqûre dans des zones éloignées de la zone d’application des pour-on, phénomène de lessivage des insecticides par la rosée du matin sous le ventre. Au final, les essais terrains menés sur des ovins s’avèrent très décevants ; la mortalité est maximale à 4 jours (max à 40-45 %) et l’effet protecteur disparaît après 10 jours. Des essais à grande échelle ont également été menés sur les bovins avec des résultats tout aussi mitigés. Des insectifuges à base de pyrèthres naturels sont disponibles (contactez Farago Creuse), mais là encore, la rémanence est courte, de l’ordre de quelques jours. L’emploi d’insecticides sur les animaux et les moyens de transport est en revanche intéressant lors de mouvements d’animaux pour éviter de propager les virus ou d’éventuels moucherons infectés.

Au final, un cumul de mesures à mettre en œuvre pour limiter l’impact des culicoïdes

Si chaque mesure prise séparément s’avère décevante, leur addition permet de limiter la pression des vecteurs : rentrer les animaux quand c’est possible à l’aube et au crépuscule, les tenir le plus éloigné des grandes zones humides ou des tas de fumiers et des fosses à lisier, isoler d’éventuels animaux malades pour casser les chaînes de transmission. Il convient également de rester vigilant lors de l’introduction d’animaux provenant de zone à circulation virale active. En complément de ces mesures, les dispositions les plus efficaces pour limiter l’impact de la maladie sur les ruminants sont connues : vaccination, alimentation adaptée, accès à l’eau facilité, bonne complémentation minérale et oligoéléments, statut parasitaire… Tous ces points vont conduire à un renforcement du système immunitaire qui permet aux animaux de mieux affronter d’éventuels virus. Pour plus de renseignements, rapprochez-vous de votre vétérinaire ou des services de GDS Creuse.

 

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