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Les AOC demandent une adaptation des règles de la concurrence

Réuni en congrès à Aurillac, le Cnaol a présenté au ministre de l’Agriculture une motion “pour une adaptation des règles de la concurrence à la spécificité des AOC/AOP”.

Vendredi dernier à Aurillac, les présidents du Cnaol (au micro) et de l’Afidop (à droite) ont remis une motion au ministre.
Vendredi dernier à Aurillac, les présidents du Cnaol (au micro) et de l’Afidop (à droite) ont remis une motion au ministre.
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Le comité interprofessionnel des fromages (Cif) accueillait le 19 octobre au Centre des congrès d’Aurillac l’assemblée générale du Conseil national des appellations d’origine laitière (Cnaol)(1). à l’issue de la réunion, Bernard Pellicier, président du Cnaol, et son homologue italien de l’Afidop (Association des appellations fromagères italiennes) ont signé une motion dans laquelle ils réclament le droit pour les AOP laitières “de s’organiser et de gérer collectivement les volumes de lait et de fromage”. Il estiment en effet que les syndicats d’AOC devront être demain en mesure de réguler leur production dans un contexte de dérégulation annoncée des marchés laitiers. Motion remise dans la foulée au ministre français de l’Agriculture, à qui ils ont demandé de défendre à Bruxelles le principe d’une “adaptation des règles de la concurrence à la spécificité des AOC/AOP”.Autant les syndicats de défense des AOC (devenus des ODG, pour “organismes de défense et de gestion”) sont habilités à gérer la qualité, autant la règlementation ne leur reconnaît pas le droit de s’organiser pour gérer collectivement les volumes et la mise en marché de leurs produits. C’est ce droit qu’ils revendiquent en demandant une “adaptation des règles de la concurrence” au niveau européen, au nom des spécificités des AOC françaises (Appellations d’origine contrôlée) et des AOP européennes (Appella-tions d’origine protégée). Parce qu’ils estiment aujourd’hui que la dérégulation annoncée des marchés, en particulier la suppression des quotas laitiers, “fait peser des risques très importants de déstabilisation des filières des produits AOC/AOP”, et ce d’autant plus que “les AOC laitières regroupent des producteurs situés bien souvent dans des zones difficiles et disposant de volumes de production inférieurs à la moyenne”. Le Cnaol et l’Afidop font en particulier valoir que “la contribution des AOC/AOP à l’économie rurale repose sur la capacité des producteurs à maintenir un certain niveau de valorisation qui permet aux productions de qualité de perdurer”. Et font remarquer que “cette valorisation est également indispensable pour satisfaire les attentes du consommateur”. Or, selon eux, pas de valorisation possible de la production si les ODG ne disposent pas d’outils de régulation du marché.

Des spécificités à faire valoir

La maîtrise de l’offre doit être de la compétence des ODG”, a lancé Jean-Charles Anraud, président du comité AOP de l’Inao (Institut national des appellations d’origine). Une demande qui fait l’unanimité, comme l’a montré la table ronde organisée dans le cadre de l’assemblée générale du Cnaol. Les différents intervenants ont insisté sur les spécificités des AOC, leur contribution à l’emploi dans des zones fragiles, à l’aménagement du territoire et au développement durable, sans oublier leur valeur culturelle et patrimoniale. Modèle plébiscité par les consommateurs puisque la production française de fromages AOC aurait par exemple progressé de 12 % en dix ans.
Une étude fort savante présentée par un chercheur français de l’université de Californie est d’ailleurs venue relativiser les effets négatifs d’un régime de maîtrise de l’offre sur les prix à la consommation. “Il est particulièrement injuste que nous ayons moins de marge de manoeuvre qu’une entreprise privée ou qu’un groupe d’actionnaires pour gérer la mise en marché de nos produits,” a insisté Michel Lacoste, président du Cif. “Et ce n’est pas parce qu’un petit groupe de producteurs s’entendrait sur la régulation de son offre qu’on pourrait parler de cartel pouvant inquiéter le pouvoir d’achat des ménages !”, ironisait-il en prenant l’exemple de l’AOC salers.
 

“Un thème central de la révision de la Pac”

“Je ne me résoudrai jamais à l’aseptisation de l’agriculture française et européenne”, a répondu le ministre de l’Agriculture, qui a abondé dans le sens des congressistes. Michel Barnier a estimé que “la régulation des marchés sera un thème central de la révision de la Politique agricole commune” et convenu, face au risque d’abandon du régime des quotas laitiers, de la nécessité “d’imaginer de proposer des outils alternatifs de régulation” et de rechercher “des solutions adaptées pour les démarches de qualité et notamment la gestion collective des volumes”. “Il faut trouver les moyens de pérenniser les relations entre producteurs et laiteries à une échelle géographique pertinente”, ajoutait-il, en évoquant le risque d’un “déménagement du territoire”. Un débat qu’il compte engager dans le cadre des prochaines Assises de l’agriculture, et relayer après l’accession de la France à la présidence de l’Union européenne en juillet 2008. Face au président du Cnaol, qui préconisait par ailleurs une réorientation des aides européennes en faveur de la production laitière des zones fragiles, le ministre s’est enfin dit “persuadé que la Pac doit être plus équitable, notamment vis-à-vis des productions bovines”. 

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