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Les agriculteurs s’interrogent sur le devenir de leur activité dans la Chaîne

La Chaîne des Puys-Faille de Limagne demeurera-t-elle un territoire rural où l’agriculture a toute sa place ?

L’estive, une pratique répandue sur les pentes du Puy-de-Dôme.
L’estive, une pratique répandue sur les pentes du Puy-de-Dôme.
© Henri DERUS/PhotothèqueCd63

Onze ans. C’est le nombre d’années qu’a attendu le Conseil départemental du Puy-de-Dôme pour voir aboutir son initiative de classement de la Chaîne des puys-faille de Limagne au Patrimoine mondial de l’Unesco. Un travail de longue haleine aujourd’hui récompensé et dont l’ensemble des acteurs, entreprises et citoyens du département, se réjouissent. Cependant, il n’est pas sans soulever certaines interrogations. Le Conseil départemental a toujours affirmé aux différents acteurs qu’une telle reconnaissance ne serait pas synonyme de contrainte supplémentaire pour les habitants et entreprises des communes concernées (voir carte ci-dessous). Mais jusqu’à quel point ?

Il ne s’est également jamais caché qu’un tel classement augmenterait la fréquentation touristique dans la Chaîne des Puys. Mais la gestion de cette nouvelle affluence fait-elle déjà l’objet d’un plan de gestion réalisé en concertation avec les acteurs de ce territoire ? Agriculteurs et élus s’interrogent.

Gestion foncière en question

Il pourrait difficilement être moins concerné. Serge Charret est producteur laitier à Orcines, au pied du Puy-de-Dôme. Ce classement à l’Unesco est, dit-il « une opportunité pour notre territoire, lui permettant de rayonner au-delà des frontières régionales et nationales ». Néanmoins cet enthousiasme ne suffit pas à masquer ses interrogations quant à la gestion du foncier. « Le site a été classé pour qu’il demeure comme il est aujourd’hui. J’imagine donc que dans l’avenir, il va y avoir des restrictions pour de nouvelles constructions. Si je souhaite construire une petite unité de méthanisation, agrandir mon bâtiment d’élevage ou encore demander à élargir un chemin d’accès à mes parcelles, serais-je restreint du fait du classement à l’Unesco ?»

Cohabitation des populations

Sur l’autre versant volcanique à Nébouzat, Alain Mercier producteur laitier et éleveur ovin se questionne. Maire de sa commune et président de la Communauté de Communes Dômes Sancy Artense, l’élu réaffirme sa position et refuse de « voir émerger des contraintes supplémentaires dans ce territoire qui en compte déjà beaucoup. »

Il pense ainsi aux forestiers, eux aussi « inquiets des conséquences de ce classement au sujet de la gestion des forêts sectionales ». Il évoque également la présente difficulté de faire cohabiter les différentes populations. « La Chaîne des Puys est la cour de récréation des Clermontois ! Nous devons gérer des conflits entre promeneurs et notamment des chasseurs. Ces derniers ont de plus en plus de mal à gérer la faune sauvage du fait de la fréquentation des chemins, des bois… On voit également apparaître des «Rave party». Certes, ces visiteurs locaux et étrangers apportent une plus-value économique à notre territoire mais ce ne doit pas être au détriment des acteurs de la zone. Le Conseil départemental va-t-il nous accompagner dans cette gestion ? »

Autre point soulevé par l’élu-agriculteur, la présumée future présence du loup dans la Chaîne des Puys. Alain Mercier révèle ainsi l’ambiguïté du Conseil départemental sur la question : « Le Département soutient les éleveurs de moutons dans la pratique de l’estive dans la chaîne mais refuse de se positionner vis-à-vis du loup ».

L’estive, fragile équilibre

Une situation que connaît bien Jean-Luc Tourreix, vice-président de l’estive collective d’Orcine. Chaque année, 300 de ses brebis rejoignent l’estive. Le classement à l’Unesco est une façon de « faire reconnaître notre travail » explique-t-il. De ce fait, il espère voir le Conseil départemental « fortement engagé financièrement depuis 1990 dans le maintien de l’estive », se positionner sur le loup. Le prédateur, assure-t-il, pourrait « facilement mettre un terme à l’entretien de la Chaîne des Puys ». En effet, la gestion pastorale de cette zone nécessite l’intervention de plus de 2 000 animaux. « Il ne faudrait pas grand-chose pour que les éleveurs se désintéressent de l’estive. En dessous d’un certain nombre d’animaux, elle serait alors inefficace et inenvisageable financièrement (amortissement des charges fixes) ».

Si le loup n’est pas encore présent, les promeneurs et leurs chiens sont bel et bien réels. À chaque saison, les éleveurs connaissent plusieurs altercations avec « ces maîtres peu scrupuleux et soucieux du bien-être de nos animaux et de nos bergers. » Jean-Luc Tourreix espère ainsi que ce classement à l’Unesco « réveillera » les acteurs concernés afin de faire appliquer les arrêtés.


« L’UNESCO n’a rien de réglementaire »

«L’Unesco n’a pas pour vocation de mettre le territoire sous cloche. C’est un label valorisant la Chaîne des Puys-faille de Limagne.» La réponse de Nicolas Portas, responsable du service agriculture et forêt du Conseil départemental, aux acteurs du territoire est claire. «Les différentes réglementations aujourd’hui en vigueur sur le territoire ne changeront pas du fait de cette inscription. » Ainsi, PLU, zones Natura 2 000, arrêtés préfectoraux… continueront de s’appliquer et de faire leur loi. Quant au Plan de gestion 2015-2020, établi par le Conseil départemental, le responsable explique qu’il a été construit pour « soutenir » l’agriculture et non générer de nouvelles contraintes. Il assure alors que la collectivité continuera d’accompagner les agriculteurs de la zone dans leur développement. « Nous ne parviendrons pas à préserver le site sans les agriculteurs. Ce sont eux qui l’entretiennent. » Alors, si demain il est possible d’investir dans une unité de méthanisation à l’échelle de l’exploitation agricole, la collectivité « apportera son soutien sur les études économiques nécessaires au projet, comme aujourd’hui, même si la construction est au pied du Puy-de-Dôme. »

Sur la question de l’augmentation de la fréquentation dans la Chaîne, Nicolas Portas explique : « Ce ne sont pas systématiquement les touristes extra-muros qui posent problème. Nous essayons de sensibiliser et de communiquer le plus largement possible sur les usages et conduites à tenir. Nous ne pouvons pas nous substituer aux services d’ordre de l’État ».

Ce que l’histoire ne dit pas en revanche, c’est la possible influence de ce label sur les futures décisions des différents élus du territoire.



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