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L'élevage bovin ne veut pas être sacrifié sur l'autel du libéralisme

Les élus de la Chambre d'agriculture ont redit vendredi tout le mal qu'ils pensaient des accords de libre échange que Bruxelles a passé ou veut passer avec ses partenaires.

Des conditions de production aux antipodes des exigences normatives imposées aux éleveurs français.
Des conditions de production aux antipodes des exigences normatives imposées aux éleveurs français.
© UC

"On nous dit : "Vous êtes contre les importations, mais bien contents de pouvoir exporter..." Sauf que quand les Chinois viennent nous acheter notre lait, c'est parce qu'ils considèrent que c'est l'un des plus sains au monde, mais personne en Europe n'a jamais demandé à acheter de la viande aux hormones ou aux activateurs de croissance venue du Canada ou d'Amérique du Sud !" Ce qui, pour les éleveurs du Cantal, apparaît comme une évidence, est loin de l'être pour les hauts fonctionnaires bruxellois qui ne démordent pas de leur mandat, ni de leur foi indéfectible dans l'ultra-libéralisme qui exige de faire voler les barrières et protections via des accords commerciaux, quitte à sacrifier un pan entier de l'agriculture européenne, en l'occurrence l'élevage bovins viande. Vendredi, les accords signés ou en discussion entre l'Union européenne et le Canada (Ceta), les pays d'Amérique latine (Mercosur) ou encore de l'Océanie, ont occupé une bonne partie des débats de la session de la Chambre d'agriculture faisant l'unanimité contre eux, après que Bruno Dufayet (président de la FNB) et Patrick Bénézit (FNSEA) en ont explicité les conséquences désastreuses.

Mercosur : pire que le Ceta !

Si le Ceta, en vigueur mais pas encore pleinement ratifié, a déjà ouvert la brèche, le projet de contingent évoqué avec le Mercosur pourrait avoir l'effet d'une bombe sur le marché des morceaux nobles, celui des aloyaux, qui "permet de tenir les prix sur le boeuf européen et français". Et si, comme il se murmure, Bruxelles donnait à l'Amérique du Sud l'opportunité de valoriser 200 000 tonnes d'aloyaux, ces volumes représenteraient ni plus ni moins que la moitié du marché communautaire, générant une baisse des cours de 20 % et la remise en cause de 20 à 30 000 exploitations françaises selon les dernières estimations. "Il faut stopper cette folie européenne des accords à tout-va !" a lancé Bruno Dufayet, se tournant vers le préfet Isabelle Sima et la sénatrice Josiane Costes, présente avec les députés Descoeur et Bony au débat sur les États généraux (lire ci-dessous). Et au-delà des effets délétères sur le secteur agricole, c'est bien un enjeu de santé publique dont il est question, a souligné Patrick Bénézit, s'indignant qu'on demande toujours plus aux agriculteurs européens - notamment dans le cadre de la phase 2 des États généraux - et qu'on s'apprête dans le même temps à fermer les yeux sur des viandes issues d'élevage où hormones et activateurs de croissance, farines animales... et une quarantaine d'autres substances interdites sur le sol européen, sont la norme.

Enjeu économique et sanitaire

Une concurrence déloyale pour la filière bovine française, un risque pour la santé des consommateurs européens qui ont motivé l'appel à mobilisation lancé par la FNB, la FNSEA et les JA, suivi hier par les éleveurs cantaliens. "Il faut que l'État stoppe ce jeu de massacre qui ne fera que tuer l'élevage français", a exhorté Joël Piganiol, président de la FDSEA. Une inquiétude partagée par les députés Bony et Descoeur, notamment après avoir auditionné à l'Assemblée des experts indépendants sur les conséquences du Ceta. Une expertise qui s'est traduite "par un réquisitoire contre le Ceta, qui va se traduire non pas par l'importation de 0,6 % de la viande bovine du marché européen, mais par 17 % des bons morceaux. Ça interpelle quand on sait les efforts faits sur nos races allaitantes...", a conclu Vincent Descoeur.

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