Le SDAGE Loire-Bretagne « un assaut contre l'agriculture et l'économie »
Mobilisé ce mardi 28 avril face au siège de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne, les agriculteurs ont obtenu le report du très contesté projet de SDAGE. Bertrand Nicolas, agriculteur en Limagne et vice-président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme est au cœur des délibérations autour de ce schéma directeur d'aménagement de la gestion de l'eau. Il revient sur les éléments du projet qui font de lui un danger pour l'activité agricole du bassin.
Mobilisé ce mardi 28 avril face au siège de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne, les agriculteurs ont obtenu le report du très contesté projet de SDAGE. Bertrand Nicolas, agriculteur en Limagne et vice-président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme est au cœur des délibérations autour de ce schéma directeur d'aménagement de la gestion de l'eau. Il revient sur les éléments du projet qui font de lui un danger pour l'activité agricole du bassin.
Qu'est-ce qui génère dans le projet de ce nouveau SDAGE Loire-Bretagne une telle opposition à son encontre ?
B.Nicolas : Ce nouveau SDAGE (Schéma Directeur de l'Aménagement et de la Gestion de l'Eau) propose, entre autres, de dédrainer les sols.
En Limagne, le drainage est une pratique historique et indispensable.
70 % de la Limagne Nord (au nord de Clermont-Ferrand NDLR) est drainée, car cette région était à l’origine un marais insalubre. Les drains datent même de l’époque gallo-romaine, avec des systèmes en poterie, et ont été massivement développés après la Seconde Guerre mondiale puis surtout dans les années 1960-1970. Aujourd’hui, sans drainage, certaines parcelles deviennent inexploitables dès qu’il pleut. Par exemple, j’ai moi-même une parcelle non drainée où, dès qu’il y a des pluies importantes, il est impossible d'entrer. Avec les aléas climatiques actuels, les pluies violentes et les sécheresses prolongées, supprimer les drains reviendrait à rendre des terres incultivables et insalubres, avec des problèmes de moustiques et de parasites dans les pâturages.
Est-ce là le seul point de frictions ?
B.Nicolas : Bien sûr que non ! Le SDAGE prévoit aussi de contrôler les assolements des agriculteurs et les filières agricoles.
N’est-ce pas une ingérence dans la liberté d'entreprendre des agriculteurs ?
B.Nicolas : Absolument. Le SDAGE dépasse largement ses prérogatives. Le rôle d'un SDAGE se limite à la gestion de l’eau dans le bassin.
Là, il veut s’immiscer dans les choix des agriculteurs et les orientations de filières économiques, ce qui est inacceptable.
Ils veulent conditionner l’accès à l’eau en fonction de ce que l’on cultive. C’est une forme de dictature ! Bientôt, on va nous dire quoi planter, et si on ne suit pas, on n’aura plus accès à l’irrigation.
C’est une attaque directe contre notre souveraineté alimentaire et notre liberté d’entreprendre.
Pourquoi une telle position et surtout ne va-t-elle pas à l'encontre des lois récentes sur l’agriculture (Souveraineté Alimentaire, Duplomb, Urgence) ?
B.Nicolas : C’est incompréhensible et surtout ce projet extrêmement restrictif ne s'arrête pas à l’agriculture mais concerne aussi les énergies renouvelables.
L’hydroélectricité est une énergie renouvelable exemplaire : pas d’émissions de carbone, une production flexible. Pourtant, l’Agence de l'Eau Loire-Bretagne y est opposée, sous prétexte d’impact sur les milieux aquatiques. Ils vont encore plus loin. Ils bloquent aussi le photovoltaïque, l’éolien, et même la méthanisation.
Par exemple, dans ce nouveau SDAGE, ils interdisent d’irriguer les cultures destinées aux méthaniseurs.
C’est un non-sens écologique et économique, surtout quand on sait que la France pousse par ailleurs pour le développement des énergies vertes.
Ces mesures ne risquent-elles pas de fragiliser l’agriculture et l’industrie locales ?
B.Nicolas : Elles les menacent directement. Les restrictions sur les prélèvements d’eau touchent aussi bien les agriculteurs que les industriels.
L’Agence de l'Eau Loire-Bretagne privilégie la préservation de l’environnement à outrance, au détriment de toute activité économique.
Résultat : plus d’hydroélectricité, des restrictions drastiques sur l’irrigation, et une incertitude totale pour les entreprises.
Comment expliquer un tel durcissement dans le SDAGE ? Est-ce une tendance générale ?
B.Nicolas : Ce n’est pas un simple durcissement, c’est une rupture. Avant, les évolutions du SDAGE ajoutaient des contraintes environnementales progressives. Là, on passe à une logique de contrôle total. Pire, il n’y a plus de place pour la discussion dans ce projet. Les autres bassins, comme Méditerranée-Corse, sont moins restrictifs, mais ici en Loire-Bretagne, c’est une vraie dictature administrative portée par une politique LFI. Ce SDAGE va à l’encontre de toutes les politiques publiques qui visent à renforcer notre autonomie alimentaire et énergétique.
Il faut trouver un équilibre, pas imposer des mesures dogmatiques.
C'est pourquoi les agriculteurs et les industriels ne demandent pas une évolution, mais le retrait pur et simple de ces mesures.