Le Ravito, café associatif à Dienne : on “cagnotte” le plaisir de se retrouver
À Dienne, dans le Cantal, un café associatif rassemble les habitants du village. Depuis cet hiver, chacun y trouve le bonheur simple des retrouvailles.
À Dienne, dans le Cantal, un café associatif rassemble les habitants du village. Depuis cet hiver, chacun y trouve le bonheur simple des retrouvailles.
Bouge ton coq
Au cœur du village de Dienne, en ce mercredi après-midi, on “tape” la belote. Passé 17 heures, horaire de fermeture du lieu, les joueurs lèvent le camp. Plus que le résultat de la partie, les participants sont satisfaits, voire heureux de ce moment en commun. Là est l’essentiel semble-t-il. D’autant que dehors, il pleut, le ciel est bas, rappelant que le printemps n’est pas encore là. Alors que les cartes rejoignent leur tiroir, la porte s’ouvre une fois encore. On vient chercher un pain commandé le matin, quelques denrées de première nécessité mais aussi trouver un peu de chaleur humaine sans forcément consommer. Bienvenue au café associatif Le Ravito de la Santoire !
Un projet “Village d’avenir”
Le projet remonte à quelque temps et repose sur la volonté du conseil municipal de revitaliser le bourg. Le dernier commerce, une boulangerie, a fermé depuis six ans et le restaurant n’est ouvert qu’occasionnellement. Certes, Dienne ne compte que 235 habitants mais la commune abrite toujours une école pour les 14 enfants de la vallée, cette vallée de la Santoire dont la route grimpe jusqu’au Puy-Mary, l’un des lieux les plus fréquentés du Cantal. Alors, pour combler le vide, la municipalité de Thierry Mathieu a candidaté à “Village d’avenir”. Avec la subvention afférente à ce dispositif de l’État, elle a racheté à la communauté de communes le local de l’ancien fournil pour aménager un appartement à l’étage et permettre l’installation d’un café associatif dans la salle du rez-de-chaussée. Il en existe un autre à Molède. Ici, point de vision lucrative. Une association, répondant au nom évocateur de “Bouge ton coq”, a été créé le 1er août dernier avec une présidence collégiale. “Elle est constituée des habitants avec un noyau dur pour la faire vivre et assurer l’accueil et chacun s’engage pour deux à quatre heures de permanence par mois”, explique Christelle Kuntz. Elle a aussi la charge d’assurer le local mis à sa disposition.
Un tiers de la population
Quatre-vingts personnes sont aujourd’hui adhérentes (un tiers de la population), condition pour pouvoir bénéficier du lieu et effectuer un peu de ravitaillement sur place(15 euros par personne et 20 euros par famille). Le local a été meublé de tables, chaises, canapé, rayonnages, vaisselles et réfrigérateurs... offerts par quelques donateurs. Il y a même un coin pour les enfants avec des jeux. Car l’objectif est de faire se rencontrer toutes les générations, les personnes isolées et les familles. Ici, on peut acheter des produits d’une quinzaine de producteurs locaux et des produits de première nécessité approvisionnés via le supermarché de Murat à une quinzaine de kilomètres. On dépanne si besoin
mais sans que cela devienne une habitude, ou bien on choisit telle ou telle marque car elle est la “préférée” d’un adhérent. Le tout est vendu à prix coûtant. Alors, pour assurer un peu de fonds de roulement, à Dienne, on a inventé le verbe cagnotter (et son contraire décagnotter). Cela signifie approvisionner son compte.
“Que du bonheur !”
Chaque adhérent peut avancer une somme de laquelle sera retiré le montant de chaque achat jusqu’à épuisement de cette cagnotte dont chacun est libre. C’est pratique pour tout le monde. Ce “cagnottage” est l’affaire des bénévoles pour tenir rigoureusement le registre. Ce jour-là, Patricia Paquer et Fabienne Barrès sont de permanence. Elles encaissent les achats et préparent la prochaine commande. Le cas échéant, elle remplace un joueur à la table de jeu. “Nous étions toutes les deux conseillères municipales, mais notre engagement va bien au-delà pour redonner vie à la commune, affirment-elles. C’est un vrai bonheur de voir du monde, de partager. On y passe du temps mais c’est très sympa.” Cet avis est partagé par les dernières passantes de la journée. Il suffit de voir les sourires et malgré l’heure, personne ne veut vraiment se quitter et tient à témoigner de l’intérêt du Ravito de la Santoire depuis son ouverture en novembre dernier. “On cagnotte du lien social” semble être une définition qui colle bien à cette histoire villageoise. Cela vaut tous les bilans comptables. Pour les gens de passage, les touristes, les randonneurs, nombreux à transiter par la vallée, il n’est pas demandé de cotisation, mais de donner la somme qu’ils veulent. Cela fonctionne parfaitement avec le plaisir de rencontrer les gens du coin pour papoter et découvrir à travers eux les curiosités et le patrimoine du pays. Car on peut aussi boire un verre, accoudé à un vrai comptoir ou en terrasse aux beaux jours. Ce sera pour bientôt avec un défi pour les bénévoles, celui, peut-être, d’afficher “complet” et d’ouvrir davantage de jours. Pourquoi pas ?