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Interview
«L'augmentation du prix du matériel est inquiétante»

Jérôme Arnaud, président de la FDCUMA du Puy-de-Dôme revient sur l'année 2020, l'activité de la fédération et de ses CUMA ainsi que leurs orientations pour 2021.

Matériel agricole - Cuma
Malgré le confinement du printemps, les Cuma sont parvenues à réaliser les ensilages sans difficulté.
© M. Comte

Les différentes restrictions sanitaires ont-elles ralenti les activités de la fédération et des Cuma ?
La FDCuma et les Cuma ont maintenu leurs activités respectives. Les salariés de la fédération ont eu recours au télétravail qui a permis de maintenir l'accompagnement des coopératives. Ces dernières ont réalisé leurs différents travaux en appliquant les gestes barrières. Durant les ensilages, les groupes déjeunaient séparément ou sous les hangars et non plus dans les maisons. Les choses se sont compliquées en revanche pour les réunions. Certaines ont été organisées après avoir été reportées plusieurs fois mais l'inquiétude des agriculteurs a poussé nombre d'entre eux à ne pas participer. Quant aux viso-conférences, tout le monde n'est pas équipé, n'a pas une bonne connexion internet... Bref c'est plus laborieux.


Cette ambiance nuit-elle aux Cuma ?
La convivialité en prend certes un coup et il y a davantage d'inertie dans les prises de décisions. Malgré tout, les machines sont quand même tombées en panne, le travail a continué de se faire et les projets n'ont pas, pour autant, été remis à plus tard.


Justement, quelles sont les orientations de la FD Cuma pour 2021 ?
Nous allons concentrer nos efforts sur trois axes. Le premier concerne l'emploi en accompagnant les Cuma qui désirent constituer un groupement d'employeurs. Le second consiste à étoffer nos informations et l'accompagnement des coopératives dans l'achat de matériels "agroécologiques" comme les bineuses, les herses étrilles ou encore les équipements permettant l'économie d'intrants. Enfin, la fédération va créer un service d'assistance administratif pour les présidents de Cuma.
Nous sommes également en train de demander la certification pour le contrôle des pulvérisateurs pour notre société S2A.
En 2020, nous avons négocié une convention avec Groupama pour participer aux frais de vérification des engins de levage. Encore trop peu d'agriculteurs réalisent cette formalité.


Les Cuma ont-elles poursuivi leurs investissements ?
Les Cuma du département investissent beaucoup, oui. Leur chiffre d'affaires est en constante augmentation parce que, effet pervers de la chose, le prix du matériel ne cesse de grimper. D'ailleurs, la FNCUMA et les fédérations départementales ont créé un groupement d'achat national, CAMA-Cuma, dont la FD CUMA 63 est adhérente.
En ce moment par exemple, un appel d'offre a été lancé pour l'achat d'une cinquantaine de remorques-plateau et un autre concernera les bennes monocoques. Le but est de casser un peu cette dynamique des prix du matériel.


Les prix ont-ils autant bondi ?
C'est un euphémisme ! Depuis le mois d'août, le prix du matériel agricole a grimpé de 6 à 8%. Je pense d'une part que le Plan de Relance n'a pas aidé. D'autre part, le prix de la ferraille ne cesse tous les mois de grimper. Ce dernier a presque doublé depuis le mois d'août !
Certains fabricants font les prix de leurs matériels sur 30 jours à cause de cette flambée. Cet emballement nous inquiète considérablement.


Vous craigniez qu'un jour les Cuma ne puissent plus investir ?
Cette crainte ne concerne pas seulement les Cuma mais aussi les agriculteurs. Le prix de nos produits est toujours le même depuis bientôt 30 ans. Parallèlement, nos contraintes de production se renforcent, nous encaissons des aléas climatiques toujours plus forts et impactants et la moindre bricole coûte une fortune !
En 10 ans, le prix d'une bineuse, un outil parfaitement lambda il y a quelques années, a doublé. J'ai vu des devis de herse étrille à 20 000€. Un tonneau à lisier de 18 000 L avec des pendillards (accessoire quasiment obligatoire aujourd'hui) coûte pas loin de 100 000 € alors qu'il y a 20 ans, un tonneau de 8 000 L ne valait pas plus de 10 000€. C'est de la folie !
Il y a certes l'investissement mais aussi le coût de la tâche facturé aux adhérents des Cuma. Avec de tels prix sur le matériel, les facturations vont augmenter.


Encore plus qu'hier, l'achat seul de certains matériels n'est plus pertinent ?
Non. Les Cuma permettent d'avoir accès à du matériel récent et plus performant. Nous avons la chance d'avoir derrière nous la Région AuRA qui abonde chaque année des aides aux Cuma. Quant au Plan de Relance, il a le mérite d'être là mais je considère qu’il a eu un «effet bulle». Il a participé à l'augmentation des prix et à rallonger également les délais. Certains devis affichent plus d'un an d'attente ! La Covid et le Brexit participent également à ce phénomène.

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