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L’apiculteur qui danse avec les abeilles et les saisons

Gilles Morello, 54 ans, est un homme de défis. Éleveur de vaches Salers en Gaec à Puy-Morel avec son fils Pierredepuis 1995, il a choisi de diversifier son exploitation en se lançant dans l’apiculture il y a une quinzaine d’années. L’exploitation s’étend sur 120 hectares répartis en trois lieux : Champagnac-les-Mines, Le Monteil et Bort-les-Orgues.

apiculteur à coté d'un essain
© DR

Un homme de terre et de ruches

« Au départ, c’était un amusement », confie-t-il avec un sourire. Mais aujourd’hui, c’est une passion à part entière, presque une seconde nature. Avec son épouse Catherine, qui gère un magasin d’apiculture à Bort-les-Orgues trois jours par semaine avant de rejoindre l’exploitation le reste du temps, et leur fils, ils forment une équipe soudée.

Ensemble, ils s’occupent :

  • d’un élevage de 80 vaches Salers,
  • de 300 ruches,
  • ainsi que de la vente de miel, d’essaims et de reines.

 

L’apiculture, une histoire de précision et de passion

Pour Gilles, l’apiculture est une danse minutieuse avec la nature.
« Tout se fait en trois mois : du 15 avril au 15 juillet, c’est la course », explique-t-il.
Transhumance, surveillance des essaims, division des ruchesChaque geste compte.
« Il faut être pile-poil au bon moment », insiste-t-il, surtout pour les miels monofloraux comme l’acacia, le châtaignier ou la bourdaine.
 

Si le miel est trop mélangé, on perd l’appellation. On envoie tous nos miels en analyse pour vérifier leur pureté. »

Leur production varie entre 4 et 7 tonnes de miel par an, selon les caprices du climat.
« L’ennemi de l’abeille, c’est plus la pluie que la chaleur », précise Gilles.
 

Cette année, avec les 160 mm de pluie en juin, ça a été compliqué. Mais la première canicule a été bénéfique : les tilleuls et les ronces sont restés en fleur plus de 15 jours. On a fait une très grosse récolte. »

 

Les défis : varroa, frelons asiatiques et chaleur extrême

L’apiculture n’est pas un long fleuve tranquille.
« Le varroa, c’est une catastrophe », soupire Gilles.
 

L’an dernier, on a perdu 15 % de nos ruches à cause de ce parasite. »


Et puis, il y a le frelon asiatique, « un carnage » en septembre, qui décime les ruches pour nourrir ses larves.
« Ils cherchent la protéine pour leurs petits et rentrent dans les ruches pour les manger. »

La chaleur extrême est un autre défi.
 

 Il faut surveiller l’eau et éviter que les ruches ne surchauffent, sinon les cadres fondent. »


Gilles rit en évoquant sa combinaison d’apiculteur :
« Je sors de ma combinaison, je suis trempé. Il doit faire 50 degrés dedans ! »

 

Une vie rythmée par les abeilles

Dans une ruche, la hiérarchie est claire :

  • une reine,
  • des mille d’abeilles ouvrières,
  • et des faux-bourdons, « qui ne servent qu’à féconder la reine ».

« Une reine vit 2 à 3 ans, mais les abeilles de production, elles, ne vivent que quelques semaines », explique Gilles.
 

C’est fascinant : une reine naît en 16 jours, et trois semaines plus tard, on voit déjà sa descendance.
Avec les vaches, il faut attendre trois ans pour voir ce que donne une génisse ! »

L’hiver, les ruches hibernent à l’extérieur, même sous 50 cm de neige.
« Aucun problème avec le froid, au contraire », assure-t-il.
« On les isole et on les laisse tranquilles jusqu’au printemps. »

A lire aussi : Apiculture : se prémunir contre les ravages du varroa

Un ancrage local et une boutique pour partager la passion

Gilles et son épouse vendent leur miel dans leur magasin Ruches et Miel à Bort-les-Orgues, mais aussi à Clermont-Ferrand, Besse, Paris ou Nantes.
« On vend aussi des essaims au printemps, des reines, et tout le matériel d’apiculture », précise-t-il.
« Les amateurs du coin achètent nos essaims pour démarrer. »

Leur miel, monofloral et de montagne, est le fruit d’un savoir-faire exigeant.
 

 On transhume nos ruches selon les floraisons :

  • acacia à Plauzat,
  • châtaignier à Sainte-Fortunade,
  • tilleul et fleurs sauvages autour de Bort-les-Orgues. »

Et Gilles de conclure, malicieux :
« Le miel de Chine, c’est souvent du sirop. Nous, on fait du vrai miel de fleurs. »

 

Un métier qui se vit en famille

Gilles ne cache pas que l’apiculture demande du temps et de l’énergie.
« Mais c’est une passion qui nous anime », dit-il.
« Voir le cycle complet de l’abeille, de la reine à l’essaim, c’est magique. »

Et quand on lui demande ce qui l’attire le plus, il répond sans hésiter :
 

La vie de l’abeille est si rapide, si intense. C’est ça qui est passionnant. »

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