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« Une école vétérinaire, c’est un soutien de fond pour nos éleveurs »

Porté depuis plusieurs années par la région Nouvelle-Aquitaine, le projet d’une cinquième école vétérinaire publique à Limoges peine à décoller. Le point avec le président du conseil régional, Alain Rousset.

Le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset.
Le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset.
© Région NA

La région Nouvelle-Aquitaine porte le projet d’une cinquième école vétérinaire publique à Limoges. Comment est-il né ?

Alain Rousset : Ce projet est né d’un double constat. D’un côté, il y a un déficit abyssal de formation de vétérinaires, qui est aggravé en milieu rural pour les animaux de ferme. On ne forme qu’environ 40 % de nos vétérinaires dans les écoles publiques françaises, et la plupart des diplômés choisissent de s’occuper des animaux de compagnie en ville. Pour ne rien arranger, il faut en général 2,5 vétérinaires pour en remplacer un qui part à la retraite, car les nouveaux praticiens ne veulent pas faire autant d’amplitude horaire que leurs prédécesseurs. Les nouvelles générations aspirent à une vie plus tranquille, et ce problème se pose aussi en médecine humaine.

Et le second constat ?

A.R. : De l’autre côté, il y a le concept « Une seule santé » : les scientifiques nous alertent depuis longtemps du risque de transmission des maladies animales à l’homme. L’université et le CHU de Limoges sont précurseurs en la matière, avec plusieurs laboratoires travaillant sur cette thématique. Nous avons récemment posé la première pierre d’Omega Health, un regroupement de laboratoires et d’équipes techniques sur le site de Limoges, financé à 80 % par la Région (20 millions d’euros). Des scientifiques limougeauds coordonnent un projet européen sur l’antibiorésistance, ainsi qu‘un « programme scientifique de grande ambition régionale » sur les maladies infectieuses émergentes (PSGAR MIE, NDLR). Je veux répondre à la fois au problème sanitaire pour les éleveurs et au défi majeur « Une seule santé ». Pour cela, une nouvelle école vétérinaire publique permettrait de répondre au manque structurel de vétérinaires dans les territoires ruraux et de ne pas refaire l’erreur qu’ont faite les gouvernements successifs en médecine humaine.

Vous insistez sur le caractère « public » de votre projet…

A.R. : Aujourd’hui, près de 60 % des vétérinaires se forment à l’étranger à des prix imbattables, entre 6 000 et 12 000 euros par an. En comparaison, une école vétérinaire privée en France, par exemple celle de Rouen, coûte 18 000 euros par an. Comment un fils d’éleveur peut-il financer une telle somme ? Nous sommes en train de reproduire une bulle qui existe aux États-Unis autour des études payantes. C’est inadmissible, et c’est pour cela que nous souhaitons au contraire une école publique.

En novembre, la ministre de l’Agriculture a qualifié devant le Sénat le projet d’« intéressant », tout en appelant d’abord à faire aboutir « toutes les réflexions autour de la sixième année d’étude ». Comment réagissez-vous ?

A.R. : Il y a quelques années, nous avons essayé d’ouvrir une sixième année d’étude dédiée à la médecine rurale, prévue après une scolarité dans une des quatre écoles publiques existantes. Mais cela n’a pas fonctionné, car ces écoles ne fléchaient pas leurs élèves. Pour inciter les jeunes vétérinaires à s’installer en milieu rural, nous avons aussi mis en place le dispositif Vet­Sup­Agri. Il s’agit d’une séquence de formation en septembre et octobre, que nous proposons aux élèves des lycées agricoles grâce à notre compétence d’orientation. Depuis trois ans, ce dispositif rassemble à chaque fois autour de 80 élèves.

Avez-vous rencontré les écoles vétérinaires ? Comment analysez-vous leurs réticences ?

A.R. : Compte tenu du contexte budgétaire, elles considèrent que la création d’une cinquième école publique reviendrait à prendre sur leur dotation actuelle. La cinquième école, ce n’est pas une école contre les écoles existantes, c’est une école complémentaire qui répond à un besoin spécifique. Et la sixième année ne fonctionnera qu’avec elles, car il faut qu’ils nous envoient des étudiants. J’ajouterai que l’Ordre des vétérinaires est lui aussi critique, voire s’oppose à ce projet. Après la médecine humaine, on est en train de refaire la même erreur gigantesque en matière de régulation des installations. Miser sur des vétérinaires formés en Roumanie ou en Belgique, c’est oublier qu’ils ne sont pas préparés aux problématiques typiques de l’élevage français.

À combien évaluez-vous le projet ?

A.R. : C’est un projet pour lequel la région peut investir 50 millions d’euros en termes de bâtiments et d’équipements. Ensuite, il faudra que l’État homologue l’école, qu’il nomme des professeurs, en collaboration avec le CHU… à moins qu’il donne à la région la compétence et les ressources correspondantes.

Comment se déroulent les discussions avec le Gouvernement sur ce sujet ?

A.R. : Il y a eu un pas de franchi en juin 2025, avec le courrier de [l’ancien Premier ministre] François Bayrou, apportant son soutien au projet. Depuis, je n’ai pas eu de contact avec Sébastien Lecornu sur ce dossier. Nous avons eu des échanges plus épistolaires avec Annie Genevard, ainsi que des discussions avec la DGER (ministère de l’Agriculture, NDLR), mais ça ne bouge pas. Aujourd’hui, le besoin de vétérinaires est prouvé. Une nouvelle école est incontournable et elle apporterait un soutien de fond à nos agriculteurs. Les problèmes sanitaires vont se reproduire, notamment en raison du réchauffement climatique. Je suis totalement révolté devant le fait qu’on ne l’anticipe pas, mais je ne baisse pas les bras.

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