Aller au contenu principal

La race salers sans gouvernance

Sept des huits membres du bureau du HBS, dont le président Lionel Duffayet, ont décidé de jeter l'éponge au terme d'un mandat émaillé de tensions avec les salariés.

Lionel Duffayet avait pris les rênes du Herd-book et du GSE il y a dix ans.
Lionel Duffayet avait pris les rênes du Herd-book et du GSE il y a dix ans.
© P. O.

Tous gardent la passion de la vache salers chevillée au corps, plus que jamais sans doute. Et malgré la démission de leur mandat (ou son non renouvellement pour certains) qu'ils ont présentée au dernier conseil d'administration du Herd-book salers (HBS), tous resteront adhérents des instances raciales, continueront à participer aux concours et manifestations de la race acajou. "On ne part pas en claquant la porte", insistent Lionel Duffayet, président démissionnaire du HBS, et six des huit membres(1) du bureau qui ont choisi de l'imiter. Pas de départ à grand fracas mais avec le sentiment d'un vrai gâchis, d'un échec individuel et collectif, et une part d'amertume.

Impossible collaboration
Vendredi dernier, Lionel Duffayet, ses vice-présidents Géraud Trin et Charles Vantal, le secrétaire général adjoint David Fourtet, le trésorier Stéphane Fau et le président d'Intergènes André Clavel ont décidé d'expliquer les raisons qui ont présidé à leur décision. Des motivations qui tiennent dans l'impossibilité pour l'équipe gouvernante de faire partager et appliquer ses orientations aux salariés. Ces tensions et difficultés relationnelles ne sont pas nouvelles mais sont allées crescendo ces derniers mois. En 2015 déjà, le directeur adjoint - recruté pour décharger en partie Bruno Faure, alors directeur du HBS et GSE qui avait pris des responsabilités politiques plus importantes - démissionne six mois seulement après son embauche , "suite à l'impossibilité de manager l'équipe en place et d'avoir des relations normales avec ses collègues", indique Lionel Duffayet.
Nouvel épisode en 2016 : au sortir d'une assemblée générale mouvementée et après avoir été (ré)élus avec une mobilisation et un soutien massifs des éleveurs adhérents, "on a voulu définir une feuille de route, en dressant l'état des lieux de ce qui allait bien et de ce qui devait être amélioré", expose le président démissionnaire(2). Feuille de route que le bureau souhaite logiquement partager avec les collaborateurs. Ce qui relevait d'une démarche participative se transforme en vrai blocage : "Les salariés ont été très réticents, ils ont perçu ça comme une remise en cause de leur travail", poursuit l'éleveur de Saint-Cernin.
Dans ces conditions, l'arrivée et la mise en place en 2017 d'un nouveau règlement zootechnique s'annoncent des plus ardues. "On n'avait ni le temps ni les compétences pour cela, on reste avant tout des éleveurs, oeuvrant bénévolement à la promotion et aux orientations de  la race", rappelle le groupe, qui sollicite alors l'expérience et l'appui technique de Bernard Lafon, ancien directeur de Bovins croissance. À juste titre : la race salers sera l'une des premières à déposer son dossier auprès du ministère de l'Agriculture. Réjouissance de courte durée.

Démissions en chaîne
Au printemps 2019, Bruno Faure souhaitant se consacrer  pleinement à ses mandats politques, le recrutement d'un nouveau directeur est lancé en recourant à un cabinet spécialisé, Bernard Lafon assure l'interim. Il faut attendre 18 mois pour recevoir plusieurs candidatures correspondant tout à la fois au poste et aux moyens - modestes - de la structure. C'est donc le profil d'une jeune ingénieure en début de carrière qui est retenu. Tandis qu'un contrat de professionnalisation est recruté sur le volet communication et une stagiaire pour une étude sur le broutard salers.
"Avec l'expérience de Bernard Lafon et ses trois jeunes recrues très motivées et compétentes, on était confiant, on avait de quoi voir sereinement l'avenir, travailler à des projets, et non pas se contenter d'assurer les missions du quotidien", estime le bureau.
Solenne Ferrer-Diaz prend ses fonctions de directrice en août 2020, parrainée par Bernard Lafon. "Elle nous a impressionnés tout comme nos partenaires, le Coram, Races de France... par sa capacité à comprendre les choses, sa réactivité. Son seul tort ? Avoir cherché à comprendre le fonctionnement interne de l'équipe, en proposant un audit, sans rien brusquer... Elle s'est heurtée à un mur", déplorent David Fourtet et Lionel Duffayet. Bis repetita : moins de six mois après son arrivée, la jeune femme jette l'éponge à son tour.


Préserver la structure et ses intérêts financiers
Plutôt qu'une troisième tentative "et de sacrifier d'autres personnes à la direction et à la communication", le bureau change de stratégie et propose aux salariés en poste d'évoluer en autogestion, en se répartissant les responsabilités ou en choisissant l'un d'eux comme directeur. "On leur a laissé un mois de réflexion pour  faire des propositions." En vain : une nouvelle réunion courant mars s'avère vite improductive, aucun projet n'est avancé par les salariés, qui demeurent silencieux face à la proposition de la dernière chance du président : "Repartir sur de bonnes bases, considérant qu'il y a avait sûrement des erreurs de leur part, probablement de la nôtre aussi. Je leur ai proposé d'être intégrés à tous les conseils d'administration, toutes les réunions de travail au-delà de celles auxquelles ils participaient déjà. Il n'y a eu aucune réponse."
Le divorce est  définitivement consommé. Pour Lionel Duffayet, la seule solution pour ne pas bloquer ni hypothéquer le travail des instances raciales est de se retirer. "Je ne savais pas alors que des membres du bureau me suivraient..." Pour David Fourtet, Charles Vantal et leurs collègues, c'est pourtant une évidence : "Au sein du bureau comme du conseil, on a toujours travaillé dans la convivialité, le respect des idées de chacun, la parole libre. À partir du moment où le président se retirait, on ne pouvait pas continuer. On s'arrête là car il n'y a plus de dialogue possible avec les salariés."
Un choix guidé également par la préservation de l'intérêt financier des deux structures (HBS et Groupe salers évolution) : "Nous, ça ne coûte rien de nous "virer" puisqu'on était 100 % bénévoles..." D'ailleurs, s'il est un élément dont Lionel Duffayet se dit fier, c'est de laisser le Herd-book et le GSE dans une bonne santé financière, pas riches mais dégageant un résultat respectif de 70 000 et 60 000 EUR sur l'exercice 2020.
Si leur démission ne sera effective que le 4 juin, jour de l'assemblée générale du HBS, ce que tous espèrent désormais, c'est que leur retrait serve d'électrochoc, à rebâtir des relations sereines et constructives pour la race entre la future gouvernance et les salariés.

(1) Lionel Duffayet, David Fourtet, Géraud Trin, André Clavel sont démissionnaires, Charles Vantal et Stéphane Fau, renouvelables, ne souhaitent pas se représenter, tout comme Jean-François Beyle.
(2) En 2011, son prédécesseur Bruno
Dufayet avait également décidé de démissionner.

Les plus lus

ofb et agriculteur se rencontrent sur une exploitation agricole
Les agents de l'OFB à la rencontre du monde agricole

Une quinzaine d'agents de l'OFB AuRA est allée à la rencontre du monde agricole au cours d'une formation de trois jours dans…

jeune taureau salers lors de la vente aux encheres dans le Cantal
Combien se sont vendus les jeunes reproducteurs salers ?

Les éleveurs accordent une grande importance à la préservation et au développement de la race. La vente de jeunes taureaux…

Hélène Burgaud-Tocchet
[Interview] Une nouvelle directrice à la DDT de la Creuse

Hélène Burgaud-Tocchet, directrice départementale des Territoires de la Creuse

Henry Ferret, nouvelle tête de proue des JA 63

Vendredi dernier, jour de l'assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Puy-de-Dôme, un nouveau président a été élu…

Randonneurs sur le volcan cantalien
Randonnée : quels nouveaux GR vont sillonner le Cantal ?

Pas moins de quatre projets de nouveaux itinéraires ou d’extension de GR existants devraient voir le jour dans le Cantal,…

La visite de l'élevage porcin d'Etienne De Veyrac a été très intéressante pour les demandeurs d'emploi.
Des demandeurs d'emploi au cœur du quotidien de deux éleveurs

Dans le cadre de la semaine de l'emploi en agriculture, France Travail, avec les acteurs professionnels, 
a organisé…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière