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Lait
La profession a gagné une bataille mais le combat n'est pas terminé

Après l'ultimatum lancé aux entreprises laitières et l'interprofession du 18 août dernier, la profession a obtenu satisfaction pour le prix du lait payé aux producteurs en juillet et sur l'année 2010, comme prévu dans l'accord du 3 juin 2009. Néanmoins, FNPL, FNSEA et JA restent mobilisés car le dossier laitier est loin d'être clôt.

Au siège de l’entreprise Bel à Paris le 12 août dernier.
Au siège de l’entreprise Bel à Paris le 12 août dernier.
© FNSEA

En juillet, le prix du lait payé aux producteurs sera conforme aux demandes de la profession, et sur l’année 2010, il va augmenter de 10 % tel que prévu dans les accords de juin 2009.
Soulagés, les responsables professionnels de la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles, des Jeunes Agriculteurs et de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait sont sortis de la réunion interprofessionnelle de mercredi 18 août avec le sentiment d’avoir gagné une manche. Dans un communiqué  du 19 août, la FNPL souligne “grâce à la forte mobilisation de notre réseau, et après de longues et difficiles négociations, le résultat est là : le prix du lait de juillet 2010 va être conforme à notre demande légitime et celui de l’année va augmenter de 10 %. Ainsi le prix de 2010 sera le plus élevé de cette décennie à l’exception de 2008”.
La FNPL tient à avertir la grande distribution que “cette hausse nous (les producteurs) est nécessaire et que les éleveurs ne pourraient admettre que les transformateurs ne puissent l’appliquer sous des prétextes de blocages dans leurs négociations”.

Le travail continue

Cette victoire syndicale met fin pour l’heure aux opérations de stickage dans les super et hyper marchés, puisque les grands groupes laitiers ont accepté après l’ultimatum du 12 août de revenir à la table des négociations et finalement respecter les accords du 3 juin 2009. Mais elle ne clôt pas, loin s’en faut, le dossier du lait.
La FNPL, avec la FNSEA et les JA, va “poursuivre son travail pour assurer un avenir aux éleveurs français”. Elle invite le Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche à continuer à se battre à Bruxelles pour que cette “éclaircie sur les marchés et ses répercussions, ne soit pas éphémère, et que l’Europe continue à assumer sa part de responsabilité dans une régulation indispensable”.
Les responsables professionnels soulignent par ailleurs que le revenu des producteurs de lait ne dépend pas uniquement du prix du lait. “La compétitivité des exploitations françaises est aussi liée aux distorsions fiscales ou sociales qu’elles rencontrent par rapport aux autres pays de l’Union Européenne tels que l’Allemagne”. La FNPL exhorte les pouvoirs publics à oeuvrer pour “mettre tous les éleveurs européens à égalité de traitement”, à “définir le cadre des conditions contractuelles en matière de prix et de volume” et à donner également “les impulsions nécessaires pour que les producteurs puissent s’organiser collectivement”.
Et de prévenir : “sans cela, les conflits se perpétueront et l’action syndicale sera notre seule arme”.

Interview Henri Brichart président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait

“On n’impose pas un prix aux producteurs de lait”

Un accord favorable a été obtenu par les producteurs de lait français. Qu’avez-vous envie de leur dire ?
Henri Brichart : Je suis satisfait de cet accord et pour deux raisons. La première victoire a été de faire revenir les industriels à la table des négociations, ceux-là même qui nous avaient imposé un prix en juillet.
La seconde victoire tient dans cet accord qui améliore le prix du lait pour les deux derniers trimestres de 2010 et les producteurs en avaient bien besoin. Cet accord nous donne un peu de perspectives pour l’avenir.
La réaction des producteurs a été rapide et forte cet été, nous avons montré que nous ne nous laisserions pas faire, et j’en remercie tous les producteurs mobilisés. Nous avons montré que lorsque nous sommes unis, et unis pour une bonne cause, nous remportons des victoires.

Que contient dans les grandes lignes le compromis interprofessionnel du 18 août ?
H.B. : Il entérine d’abord un prix du lait jusqu’à la fin de l’année 2010, avec une hausse de 31 euros par 1 000 litres pour les troisième et quatrième trimestres, soit une augmentation du prix de 10 % sur l’ensemble de l’année 2010.
En contrepartie, un nouvel indicateur de compétitivité avec l’Allemagne est intégré pour 2011, qui va compléter l’accord du 3 juin 2009. Il doit permettre que le prix du lait en France ne soit pas trop décalé avec le prix pratiqué en Allemagne, et cela à la hausse comme à la baisse. C’est-à-dire que si le prix devait être supérieur outre-Rhin au prix en France, ce qui s’est déjà vu ces dernières années, avec un écart de prix dépassant celui décidé dans l’accord, le prix français viendrait alors s’ajuster à la hausse.
En outre, à moyen et long terme, l’accord prévoit que l’interprofession laitière avance sur la gestion des volumes et des prix différenciés, dans la perspective de la fin des quotas (fixée en 2015, ndlr). Pour nous, producteurs, cette approche, préconisée par la coopération laitière, est intéressante sous certaines conditions. Elle nécessite un travail de fond et les familles de l’interprofession devront se mettre d’accord.
Enfin, l’accord prévoit que l’interprofession définisse un indicateur sur l’évolution des charges de production des exploitations laitières, qui sera pris en compte afin de fixer les niveaux de prix.
Ce travail débute à partir d’aujourd’hui pour une application en 2011.

Quels enseignements plus particuliers tirez-vous de ces âpres négociations ?
H.B. : Nous ne sommes plus simplement dans une discussion sur le niveau des prix aujourd’hui. Il y a un certain nombre d’autres points sur lesquels nous devions nous mettre d’accord – l’indicateur de compétitivité, les charges de production… –, c’est le cas aujourd’hui.
De plus, les coopératives laitières ont souhaité rester fermes sur la question de la différenciation volume/prix tandis que les industriels privés étaient plus focalisés sur l’écart de prix avec l’Allemagne en raison de leurs débouchés. Le groupe Bongrain, par exemple, exporte jusqu’à 50 % de ses produits outre-rhin ; pour d’autres, en revanche, la dépendance vis-à-vis du marché allemand est moins vraie.

Comment éviter à l’avenir un nouvel épisode de tensions interprofessionnelles sur le prix du lait ?

H.B. : La maîtrise du lait tient à deux choses. D’abord à la tenue des marchés laitiers qui relève fortement de la responsabilité des pouvoirs publics au travers de la politique agricole commune (PAC). Il faut répondre notamment à la question, dans le cadre de la future PAC d’après 2013, du maintien ou non d’outils de régulation des marchés.
Ensuite, cette maîtrise tient à la répercussion de ces marchés. C’est ici qu’interviennent les discussions entre producteurs et entreprises laitières. Evidemment, chacun a envie d’en tirer le meilleur pour soi. La négociation fait partie de la vie et il y a des moments où elle s’avère plus compliquée.
Reste à poser une nouvelle relation entre les producteurs et les transformateurs, au travers de la PAC et au travers de la mise en place de la contractualisation décidée dans la dernière loi de modernisation de l’agriculture (LMAP). C’est là que va se décider l’équilibre des discussions entre les deux parties. Mais malgré les crises, le dialogue se poursuit. C’est la preuve d’une vraie responsabilité et maturité de la filière laitière en France.
Nous sommes en train de construire une relation dans un monde moins protégé par la puissance publique. Nous avons besoin de relations équilibrées. Le vrai chantier, c’est la contractualisation ; cet accord a montré que les producteurs n’allaient pas se laisser faire et qu’ils souhaitaient un prix négocié.

Propos recueillis par Actuagri

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