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La politique du « en-même temps » pas agricolo-compatible

A la veille du Sommet de l'élevage, les représentants de la FNSEA, des JA et de la FNB ont appelé les pouvoirs publics à faire preuve de cohérence face à des éleveurs qui balancent entre colère et résignation.

Mathieu Herment est de cette génération, comme bien d'autres avant lui, qui a tracé son sillon dans celui de ses parents. Eleveur, c'est du plus loin qu'il s'en souvienne, le métier qu'il a toujours voulu embrasser. Par filiation peut-être, pas passion sans aucun doute. Sauf qu'à force d'années sans météo clémente qui s'enchaînent, de demandes sociétales qui s'empilent quand elles ne se contredisent pas, et surtout sans revenus à la hauteur du travail fourni, la passion s'étiole. Avec ses parents, le jeune homme conduit un troupeau de charolaises sur 200 ha sur la commune de Charbonnières-les-Varennes dans le Puy-de-Dôme, et cette année, ils devront composer avec une récolte de foin amputée de 40%. « On travaille plus et on gagne moins », résume l'éleveur. Pour Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine, la sécheresse n'est que l'arbre qui cache la forêt. « Un aléa climatique que les éleveurs auraient pu encaisser si l'économie y était ». « C'est la première fois qu'on sent que le coeur du réacteur est touché : les humains, les agriculteurs », estime Yannick Fialip, secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

 

Notre souveraineté alimentaire en jeu

Et selon lui, à ce train-là, ce n'est pas un jour et demie d'alimentation sur sept que la France devra importer, mais bien plus ». Question de choix de société et de courage politique... A la veille de l'ouverture du Sommet de l'élevage, la profession réunit autour du slogan « n'importons pas l'alimentation que nous ne voulons pas », intime les pouvoirs publics à prendre la mesure des enjeux. « Nous avons trois problématiques qui se cumulent : la crise climatique, économique et politique », soutient Patrick Bénézit, président de la FRSEA Massif central et secrétaire général adjoint de la FNSEA. Sur le volet climatique, le réseau attend du ministre (ndlr : Didier Guillaume devait participer au Sommet, le lendemain, mercredi 2 octobre) : « Une activation rapide et à la hauteur des besoins du fonds calamités, faute de quoi les éleveurs n'auront d'autres choix que de décapitaliser leur cheptel¹ ». D'un point de vue économique, il s'agit d'aller au bout de la loi Egalim. « On n'attend pas du ministre qu'il nous dise qu'il nous aime. Il a les moyens de faire pression sur les opérateurs pour qu'enfin du prix soit ramené à la production car en l'état, les acteurs de l'aval campent sur leurs positions que ce soit sur le maigre ou sur la viande. Les prix n'augmentent pas alors que le contexte est favorable avec une consommation qui se tient, un recul de la production, et des exportations qui progressent », s'indigne Bruno Dufayet.

Les politiques face à leur contradiction

Et le scénario n'est pas plus rose en production laitière, selon David Chauve, président de la FNSEA du Puy-de-Dôme : « On pourrait avoir un prix du lait bien meilleur. Les opérateurs imaginent encore que les producteurs peuvent encore serrer la vis, mais non, la preuve, les cessations d'activité se multiplient ». Le manque de cap politique cohérent est criant pour les responsables professionnels. En dénonçant avec forces banderoles et discours au Sommet de l'élevage, la signature du Ceta (accord commercial avec le Canada) par les députés français alors que quelques semaines plus tôt ils votaient l'article 44 de la loi alimentation qui exclut toute importation sur le sol français de produits ne respectant pas les standards européens, le réseau FNSEA-JA compte bien mettre les pouvoirs publics face à leur contradiction.

Sophie Chatenet

¹ Rien qu'au niveau du Puy-de-Dôme, le département a perdu plus de 5 000 vaches en deux ans.

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