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La Maison d’arrêt d’Aurillac mise sous les verrous par la Chancellerie

Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, vient d’annoncer la fermeture de plusieurs établissements d’ici 2015-2017, dont celui d’Aurillac. FO et les parlementaires s’insurgent.

Jean-Vincent Boudou et Éric Bory, secrétaires départemental et local de Force ouvrière.
Jean-Vincent Boudou et Éric Bory, secrétaires départemental et local de Force ouvrière.
© J.-M.A

La colère était grande mardi dans les rangs de Force ouvrière, syndicat majoritaire des personnels pénitentiaires de la maison d'arrêt d'Aurillac, après l'annonce de Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, de la fermeture de la prison aurillacoise à l'horizon 2015-2017. Mais au-delà de cette colère, c'est surtout l'incompréhension des syndicalistes face à cette décision qui prévaut. FO n'est pas le seul dans ce cas puisque Vincent Descœur, député, et Jacques Mézard, sénateur, sont également très remontés. "On ne peut pas laisser dire tout et n'importe quoi, s'offusque Éric Bory, secrétaire local FO de la maison d'arrêt d'Aurillac. Comment une commission sénatoriale, président par Jean-René Lecerf, prend Aurillac comme exemple dans son rapport (lire encadré) alors que, dix mois plus tard, la Chancellerie veut fermer l'établissement ? Michèle Alliot-Marie avance la vétusté de la maison d'arrêt. Mais toute l'électricité a été refaite voici deux ans, les cellules repeintes à neuf et chacune équipée d'un interphone, d'un réfrigérateur et d'une télévision. Franchement, je ne vois pas ce que nous pouvions faire de mieux".

Des arguments "inacceptables"

Les arguments évoqués par Michèle Alliot-Marie "sont tout simplement inacceptables, renchérit Jean-Vincent Boudou, secrétaire départemental FO. Je me demande bien ce que l'on va pouvoir dire maintenant aux nouveaux personnels arrivants, menacés de repartir d'ici quatre ou cinq ans !" Et Éric Bory de poursuivre : "Il paraît que notre maison d'arrêt n'est pas en conformité avec les règles pénitentiaires européennes. Il manquerait un "quartier" arrivant, mais il vient d'être fait. Et nous sommes également en attente de labellisation justement car il manque un sas d'entrée aux normes RPE". À ce propos, le sénateur Mézard est encore plus dur. Dans un courrier adressé au préfet du Cantal, il fait savoir que "seule la question du sas d'entrée reste en suspens. Le dossier technique est prêt et seul le projet de fermeture a freiné sa réalisation. Je suppose que d'ici 2015, le sas d'entrée n'empêchera pas la Chancellerie de dormir". Le sentiment de frustration des parlementaires ne s'arrête pas là. C'est même loin d'être un discours de façade. Ainsi, Vincent Descœur, député et président du Conseil général, avoue sa colère. "Cette décision unilatérale, sans concertation, est un mauvais coup porté au Cantal", lâche-t-il, choqué par la brutalité de l'annonce du projet de fermeture. D'autant plus dans un contexte où les deux élus du Cantal ont interpellé, de manière concertée, le gouvernement dans le cadre des questions orales à la ministre. Michèle Alliot-Marie aurait dû se douter de la vive réaction qui a suivi. "Si ceux qui l'ont orchestré pensaient s'appuyer sur une forme d'indifférence, ils se trompent", enchaîne V. Descœur. Les "réponses évasives" obtenues n'étaient pas de nature à rassurer les parlementaires. La Garde des Sceaux stipulait début 2008 que "la fermeture de la maison d'arrêt d'Aurillac ne constitue pas un axe de réflexion, eu égard aux besoins carcéraux dans la région".

 

Arbitraire et mépris

Mais en mai dernier, Jean-Marie Bockel, secrétaire d'État à la Justice, évoquait, à propos de la prison d'Aurillac, un "édifice en bon état de conservation mais qui, à terme, ne pourra être mis en conformité avec les nouvelles règles pénitentiaires européennes". Faux et archi-faux, démontre le rapport Lecerf. Dans un contexte où priment les conditions d'accueil des détenus et où l'on stigmatise la déshumanisation de l'univers carcéral, le projet de fermeture est jugé tout simplement "incompréhensible". "Cette décision a été prise dans l'arbitraire le plus absolu et avec un mépris souverain des élus, s'indigne Jacques Mézard. Oser affirmer que cette maison d'arrêt sera remplacée par la construction d'un bâtiment à Riom, à cinq heures de route aller-retour, est tout à fait scandaleux, méprisant pour les Cantaliens et générateur de frais de fonctionnement (escortes) conséquents". "Comment objecter l'éloignement des familles, quand on nous soumet avec une sérénité déconcertante comme unique alternative d'incarcérer nos ressortissants dans le Puy-de-Dôme", ajoute le député. Dans son analyse de la situation, Jacques Mézard va même plus loin. "S'ajoutant aux problèmes d'enclavement, aux transferts de nombre d'emplois publics vers la métropole régionale, à la mort lente annoncée des Haras, de l'IUFM, nous sommes face à une politique de déménagement du territoire". Pour sa part, Vincent Descœur estime que si le projet de fermeture aboutissait, il s'avoue "inquiet sur la pérennité de l'activité judiciaire". Une inquiétude dont les syndicalistes de FO ont bien conscience. "Si l'on touche à la maison d'arrêt, le Tribunal de grande instance et le commissariat vont péricliter dans pas longtemps. Cela aura des impacts économiques considérables, expliquent-ils. Pour nous, cette annonce d'une logique économique pure et dure est une application pure et dure de la Réforme générale des politiques publiques (RGPP)". Éric Bory annonce que "c'est une allumette allumée sur un baril de poudre. Mais pour nous, il est clair que nous n'en resterons pas là. La maison d'arrêt ne fermera pas". Vincent Descœur, Jacques Mézard et le syndicat doivent se rencontrer prochainement. Quant à FO, "cela fait un an que l'on demande audience auprès d'Alain Marleix".

 


Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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