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La force du collectif au service du bien-être animal

Claudia Terlouw et Isabelle Veissier, chercheuses à INRAE ont mis leur expertise sur les questions du bien-être animal en abattoir et en élevage, au service d’un projet collectif ambitieux¹ qui vient d’être couronné par le Laurier « Prix Collectif Impact de la recherche » d’INRAE.

 

« Il y a quarante ans lorsqu’on parlait de bien-être animal, on nous regardait avec de gros yeux avec l’impression d’aborder un sujet apparenté à une vue de l’esprit ». Quand Isabelle Veissier, spécialiste des questions de bien-être animal au centre INRAE de Clermont-Auvergne, regarde dans le rétroviseur, elle mesure le chemin parcouru. Et c’est bien en faisant du bien-être animal, un objet de recherche au sens propre, étayé par des allégations scientifiques, que le sujet est non seulement devenu sérieux, mais aussi vecteur de progrès. D’une poignée de chercheurs au départ, la thématique a suscité l’intérêt, à partir des années quatre-vingt-dix, de plus en plus de scientifiques, regroupés notamment au sein d’un réseau « bien-être animal » de l’Inra. Quand la communauté scientifique anglo-saxonne s’est déjà fortement penchée sur le sujet, la France était un peu à la traîne. « D’un premier abord, les consommateurs disaient qu’il était important de diminuer le stress à l’abattage, car il est pénalisant pour la qualité de la viande », se souvient Claudia Terlouw. Mais analyser les pratiques sous le seul prisme de la réaction de l’animal face à une situation donnée aurait foncièrement été trop réducteur. Pour aller plus loin, il a fallu avancer sur des concepts, et comme dans toutes les disciplines, étudier des choses que l’on ne voit pas, identifier des mesures tangibles (taux de cortisol, fréquence cardiaque, troubles comportementaux) et isoler dans quelles situations ces phénomènes se déclenchaient. « Aujourd’hui, fort de ces travaux, les choses sont plus claires. Nous avons démontré que le stress est lié à des émotions négatives que les animaux sont capables de ressentir », résume Claudia Terlouw. Aujourd’hui, ce sont les questions d’éthique liées à ces capacités qui sont mises en avant dans les débats sociétaux.

Vulgariser les connaissances

Ce changement de paradigme est fondamental pour les deux chercheuses, car en considérant l’animal non plus comme un groupe mais comme un individu, les marges de progrès sont énormes. « Je sentais qu’il y avait des personnes travaillant dans les abattoirs qui se sentaient soutenus par les nouvelles normes. Le regard de la société et le changement des lois qui obligeaient les abattoirs à se remettre en question ont été bénéfiques, même si cela constitue un gros effort, du travail en plus, nécessite de repenser les choses. Mais au final, les gens ont compris qu’un animal stressé est dangereux pour lui-même, pour les autres, et que cela impacte la qualité de la viande », estime Claudia Terlouw…En élevage aussi, les choses évoluent, comme en témoigne Isabelle Veissier : « Jusqu’il y a peu, dans les lycées agricoles, on apprenait aux éleveurs à nourrir, loger, soigner leurs animaux, sans mettre en avant les besoins des animaux, mais les éleveurs font du bien--être sans le savoir. Se poser la question de la perception par l’animal permet d’aller plus loin », estime Isabelle Veissier.  Si les réticences du passé à considérer le bien-être des animaux comme un sujet central semblent s’être estompées, réticences qui de l’aveu d’Isabelle Veissier étaient plus le fait d’un système « logique qui avait oublié la logique des animaux », que des éleveurs eux-mêmes, reste à vulgariser et transférer l’ensemble des connaissances produites par les chercheurs, pour qu’in fine, éleveurs, opérateurs…s’en emparent. « Les demandes sont importantes pour avancer sur ces sujets. La mise en œuvre de ces résultats nécessite désormais un accompagnement », résument les deux chercheuses.

Sophie Chatenet

Légende : Isabelle Veissier est Docteur vétérinaire et docteur es-sciences en éthologie. © Babelio

Légende : Claudia Terlouw a notamment dirigé une thèse sur le stress à l’abattage des bovins. © Réussir

¹ Huit chercheurs et chercheuses, éthologistes, physiologistes, neurobiologistes et généticiens ont reçu le Laurier 2021. Ils représentent un réseau de plus de 100 personnes œuvrant à INRAE sur le bien-être des animaux et sa prise en compte dans les systèmes d’élevage.

 

 

 

 

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