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La crise laitière dans tous les esprits

Malgré un rapport d’orientations tourné vers la transmission et donc l’avenir, la question de la rémunération des producteurs a été omniprésente dans les débats.

Une fin de congrès marquée par les sifflets en direction du ministre et de la FNSEA.
Une fin de congrès marquée par les sifflets en direction du ministre et de la FNSEA.
© P. O.

Rarement un congrès national des Jeunes agriculteurs aura collé autant à l’actualité et pour cause, puisqu’il réunissait cette semaine à Saint-Flour 700 jeunes agriculteurs de toute la France, et de toutes productions, trois mois seulement après une réorientation profonde des aides européennes, moins d’une semaine après un accord sur le prix du lait fortement décrié, et en pleine mobilisation des producteurs de lait cantaliens. Alors, si les débats à huis clos ont permis, selon les termes du président William Villeneuve, de “s’expliquer sur les récents sujets qui ont pu nous diviser et ce, sans tabou”, l’ambiance était, une fois n’est pas coutume chez le syndicalisme jeune, à la morosité..., mais aussi, chez certains, à la révolte. “Le secteur des grandes cultures en veut à Michel Barnier, les producteurs de lait de l’Ouest à Jean-Michel Lemétayer”, résumait mercredi un jeune responsable cantalien. Et effectivement le lendemain, dès son apparition dans le vaste chapiteau installé sur les Allées sanfloraines, le ministre de l’Agriculture, élu eurodéputé, essuyait huées et sifflets. “Vous pouvez dénoncer les idées mais respectez les hommes” : Julien Fau, président de JA Cantal, essayait de ramener les troupes au calme.

Changer la donne
Tout comme William Villeneuve qui n’a pourtant pas ménagé M. Barnier dans son intervention, regrettant notamment “le saupoudrage” des derniers arbitrages rendus par le ministre dans le cadre des groupes de travail censés finaliser les mesures du bilan de santé de la Pac, “des groupes de travail sur la FCO qui ne se réunissent même plus”,... Mais le Gersois s’est surtout fait l’écho du profond malaise ressenti par l’ensemble des délégations syndicales quant à l’absence de lisibilité sur l’avenir des différents secteurs de production, aucun n’échappant désormais à l’orientation volatile des marchés. “Ni la crise financière, ni les émeutes de la faim en 2008 n’auront constitué l’électrochoc nécessaire à l’évolution de nos règles de concurrence et de commerce”, déplorait le président de JA pour qui “les sirènes du “market, market, market” font tourner la tête des ultra-compétitifs et des libéraux”. Un entêtement européen vers le “tout libéral” qui, selon lui, peut réduire à néant “tout le travail et l’énergie que nous avons déployés pour redynamiser l’installation des jeunes”. Et de règles de commerce il était toujours autant question dans le discours du président  au moment d’évoquer l’actualité brûlante de l’organisation et de la contractualisation au sein des filières. “Des mots simples pour de grandes ambitions : maîtriser les volumes de productions et assurer un prix rémunérateur aux producteurs”, rappelait William Villeneuve, amer, face à l’incapacité des pouvoirs publics à rattraper sur le dossier du prix du lait “leurs erreurs ou leur fatalisme” et revendiquant une transparence des revenus pour tous. Un appel clair à revoir une loi de modernisation de l’économie “qui n’offre aucun salut”, appel qui sonnait comme le départ de 48 heures d’actions décrêtées de concert avec la FNSEA en direction des plates-formes de distribution.

Cartes sur table
“La transparence, ni moi ni les producteurs n’en avons peur, réagissait Michel Barnier interrogé par les journalistes. Je suis prêt à envoyer des inspecteurs des Finances dans la grande distribution pour recueillir les données qu’on ne nous donnerait pas.” Malgré les sifflets et le dos tourné des JA de la région Nord, le ministre de l’Agriculture est resté droit dans ses bottes et ses convictions. La conviction d’abord de la nécessité d’une agriculture de production portée par des agriculteurs nombreux, présente dans tous les territoires, et qui “ne peut être laissée aux seules lois des marchés”. La conviction aussi que l’Union européenne “a besoin d’une politique agricole commune forte”, de “gouvernance, de régulation et d’outils de gestion des marchés”. La conviction enfin que  “même si cet accord (sur le prix du lait) ne règle pas tout”, il était nécessaire. Et le ministre de balayer un à un les reproches exprimés depuis le 4 juin : non, le gouvernement n’aurait “pas trop attendu”, faisant reconnaître dès fin 2008 le rôle de l’interprofession laitière nationale ; non, le gouvernement n’aurait “pas pris en otage le Cniel” ni voulu imposer un accord avant les Européennes ; non, le gouvernement n’aurait pas “laissé tomber les éleveurs” en débloquant 30 millions d’euros. Des propos qui n’ont guère atténué la colère des éleveurs laitiers, dont certains tentaient de bloquer le départ du ministre : “On ne peut pas attendre six mois de plus”, lâchaient des producteurs de Planèze, incitant ardemment M. Barnier à agir au plus vite au niveau Bruxellois.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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