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Jean-Louis Pagès, le magicien du Tour

Impossible n’est pas Jean-Louis Pagès. Ancien directeur des sites du Tour de France, le Lozérien 
a passé 34 ans de sa vie sur les routes, dont certaines pourtant réputées difficilement empruntables...

Monsieur avec micro et carte du Tour de France
À l’ancienne, avec ses fiches, Jean-Louis Pagès est revenu sur 34 années de carrière au sein du Tour de France lors d’une conférence proposée à l’IUT d’Aurillac.
© M. V.

Rendre possible l’impossible. Telle a été la mission de Jean-Louis Pagès pendant 34 ans au sein du team Tour de France. Pas une mince affaire pour ce Lozérien “de racine” qui n’y connaît strictement rien au vélo ! Le futur directeur des sites y arrive “par hasard” en 1984, pour assurer la conduite de véhicules grâce à un parent qui y travaille déjà. “J’ai découvert tout un univers. Mais je n’avais jamais regardé une course. Du coup, j’ai apporté une lecture totalement différente”, voire même innovante… C’était lui le M. Loyal qui a concrétisé l’arrivée des coureurs au Lioran, le passage au Pas de Peyrol, qui a permis d’avoir “de très belles images. Christian Prudhomme est toujours en recherche de plus, d’aller à la limite de la limite, comme au Pas de Peyrol”.


Challenges 


Ce que Christian Prudhomme veut, Jean-Louis Pagès doit faire. Le patron du Tour est un homme de média, un homme d’image(s). En 2013, pour la 100e édition, l’ancien journaliste sportif souhaite “un tour hors du commun”. Départ inédit de Corse, une arrivée au Mont-Saint-Michel le 10 juillet, il faut taper fort et marquer les esprits. “Ce n’était pas nouveau de passer au Mont-Saint-Michel, mais cette fois, le challenge, c’était que les caméras soient tournées de telle sorte qu’on puisse voir l’édifice.” Pour relever ce défi logistique, Jean-Louis Pagès se rend sur place, rencontre un garde-champêtre, “Monsieur Labeille. J’ai pu passer partout grâce à lui !” Il jette son dévolu sur “un petit chemin” qu’il faudrait goudronner pour pouvoir faire demi-tour et retourner au parking. Ça, c’est l’idée, qui paraît simple. En pratique, “ça a beaucoup réfléchi… On y a travaillé avec le Conseil départemental et au bout du compte, ils l’ont fait ce petit bout de route !”
L’exemple de cette arrivée aux forceps au Mont-Saint-Michel n’est qu’une réussite parmi tant d’autres à mettre au profit de Jean-Louis Pagès, qui a cédé son poste en 2018. “J’ai eu le plus beau métier du monde, je jouais avec des vraies voitures et des vrais camions ! Je jouais à un Mécano grandeur nature. Et j’ai toujours livré le Tour comme il fallait. Mais j’avais fait mon temps. J’ai vécu une aventure humaine phénoménale ; je sortais de Langogne, je n’étais pas destiné à ça. Des jeunes gens arrivaient, les technologies étaient tout autres. Je rentrais dans un système trop normé. Avant, j’avais mes plans, je faisais des visites de terrain. Maintenant, avec les nouveaux outils, on gagne du temps et on peut s’installer un peu partout.”


Rencontrer, échanger 


Sa méthode à lui, c’était “se rencontrer, savoir qui est derrière tout cette machinerie”. 102 000 km de voiture par an, 200 nuits à l’hôtel, il faut bien ça pour répondre aux contraintes du dossier technique et surtout aux exigences du patron. “Ce qu’envisage Christian, Jean-Michel Leblanc avant lui, je dois le vérifier sur le terrain. À Peyragude, on a imaginé une arrivée au sommet pour la première fois. À la Planche des belles filles, il a fallu créer un bout de terre pour aller chercher le sommet. Ça ajoute à la dramaturgie de la chose.” 
Chaque année, 200 000 villes sont candidates à l’accueil du Tour de France, même à un grand départ, qui “dépasse le million d’euros”. “Mon boulot, c’était de partir sur les routes, anonymement, pour trouver soit un lieu de départ soit un lieu d’arrivée. Je n’avais aucun contact avec les collectivités pour ne pas être influencé. Sinon, 
chacune me disait que sa ville était la plus belle ! Il faut arriver à marier cette beauté avec les infrastructures du Tour.” Un détail pouvait cependant trahir cet ancien prof d’histoire-géo : “Je mesurais la chaussée d’arrivée au pas !” Anonyme, il ne le restera pas longtemps. Cinq mille noms dans son téléphone, dont celui des Chirac, chez qui il va dormir lorsque la Grande boucle traverse la Corrèze.
À l’ancienne, il consignait tout dans un cahier, s’il fallait passer à gauche ou à droite, vérifier l’implantation d’un lampadaire, d’un banc, combien mesurait la ligne d’arrivée, s’il fallait couper une branche gênant le passage, goudronner un chemin… avec des plans sur du papier millimétré, tracés à l’encre de Chine, qui étaient envoyés… par la Poste, à Paris ! 
Malgré les imprévus, comme ce bain de foule improvisé de François Hollande à Brive alors que les premiers coureurs arrivaient, qui a valu à l’ancien Président de la République d’être plaqué contre les barrières par Jean-Louis Pagès, tout doit être calé au centimètre près pour que cette énorme machinerie de 2 000 véhicules et 4 500 personnes par jour tourne sans (presque) accroc. Une fois les étapes actées, les réunions s’enchaînent en préfecture entre novembre et mars, dans l’ordre chronologique du programme. “De telle façon qu’à Noël, on puisse avoir rentré entre huit et neuf étapes officielles.” 


“J’étais le méchant avec le talkie-walkie et le sifflet”


Et puis, arrive le jour J. Jean-Louis Pagès est là, sur la ligne d’arrivée qu’il a tracée le matin-même, à la craie jaune. “J’étais le méchant, avec le talkie-walkie et un sifflet italien. Il siffle plus fort que ceux de la Gendarmerie ou de la Police !” Après avoir dormi “deux à trois heures par nuit” pendant des jours,  enfin, l’arrivée. En moins de dix minutes, le podium parisien doit être installé et aligné parfaitement dans l’axe de l’Arc de Triomphe, à Paris. L’action est répétée le matin, “tout est prévu” pour l’après-midi. L’édition est bouclée, les 13 millions de spectateurs sur les routes du Tour ne se doutant sûrement pas de ce qu’impliquent ces deux semaines de folie sportive…
 

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