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« Je ne fais pas mieux, je fais différemment »

À Saint-Denis-Combarnazat, Guillaume Meunier s’est réapproprié le choix, les achats et l’utilisation de ses produits phytosanitaires.

Guillaume Meunier, agriculteur à Saint-Denis-Combarnazat a acquis au fil des ans une précision d’horloger suisse pour l’application de ses produits phytosanitaires.
Guillaume Meunier, agriculteur à Saint-Denis-Combarnazat a acquis au fil des ans une précision d’horloger suisse pour l’application de ses produits phytosanitaires.
© M. Comte

Céréalier dans la plaine de la Limagne, Guillaume Meunier a réduit considérablement son utilisation de produits phytosanitaires. À grand renfort de formations et d’adaptations de son matériel, il démontre qu’il est possible de se ressaisir entièrement de ce volet. Du choix du produit à son application, en passant par l’achat et le calcul de la dose à appliquer, le céréalier décide et contrôle chacune des étapes. À la clé, une baisse significative de ses charges d’intrants et la fierté de reprendre entièrement possession de ses productions.

 

Adapter le matériel

L’engagement de Guillaume Meunier débute dès son installation en 2003, à l’issue d’un simple constat. « Lors de la reprise de l’exploitation, le matériel n’était pas performant. J’épandais jusqu’à 200 litres/ha. Après avoir changé les buses, la dose a été divisée par deux. Je voulais faire encore mieux. J’ai alors commencé à me renseigner dans les revues, sur internet et à participer à des formations. » L’agriculteur ne pulvérise plus aujourd’hui qu’entre 45 et 80 litres/ha (suivant la météo, les cultures…). Un effort considérable réalisé petit à petit, à commencer par le changement du matériel.

Dès 2006, Guillaume Meunier investit dans un pulvérisateur d’occasion de 18 mètres avec coupure automatique de tronçons, une régulation fine du débit et une barre de guidage. Renouvelé dernièrement, son nouvel outil d’une capacité de 1 200 litres et équipé d’une rampe de 24 mètres, reprend les mêmes caractéristiques que l’ancien avec une régulation électronique en plus. La technologie fait ainsi son entrée dans l’exploitation de 105 hectares et permet d’ores et déjà d’éviter le gaspillage. « Je n’ai plus de manque et je ne fragilise plus les plantes à cause des recroisements» affirme l’agriculteur. Malgré tout, il veut encore aller plus loin. «Réduire le volume d’eau est une chose. Réduire la dose de produit en est une autre. »

 

Avant-gardisme profitable

Au milieu de cette technicité exacerbée, Guillaume Meunier précise tout de même avoir une vie de famille et du temps à consacrer à l’apprentissage de nouvelles techniques et connaissances. Avec humilité, il affirme : «je ne fais pas mieux, je fais différemment» et avoue s’être « planté » quelques fois. Parfois aussi de ne « pas avoir eu le choix » et d’avoir été contraint d’augmenter les doses. Aujourd’hui, il réfléchit à acquérir des capteurs météo à disposer dans ses champs pour gagner encore plus en précision. Président du GEDA du Buron, il encourage ses collègues à se réapproprier pleinement le choix des produits phytosanitaires. Formations, suivis techniques et conduites d’essais à travers le groupement, l’agriculteur et ses confrères « n’attendent plus l’inefficacité avérée ou l’interdiction d’un produit pour rechercher des alternatives ». Un avant-gardisme profitable en tout point à Guil-laume Meunier. Toutefois, l’agriculteur reste dubitatif quant au devenir des produits phytosanitaires. «Ils sont dans le collimateur de nos dirigeants politiques. S’ils venaient à nous interdire trop de références ou nous imposer d’importantes réductions, même mon modèle de production serait en danger. »

Enrichir ses compétences

Débute alors un long cycle de formations. Guillaume Meunier apprend à choisir ses produits en fonction de leur famille chimique, de leur mode d’action et suivant les résultats des instituts de contrôle. Il redécouvre le cycle physiologique des plantes pour identifier les moments de la journée où elles sont le plus réceptives. Il pousse même ses connaissances jusqu’à interpréter les analyses d’eau. « L’eau de pluie, du réseau ou pompée dans la nappe sont différentes. Ces précisions sont primordiales. Par exemple, le calcaire est incompatible avec le glyphosate puisqu’il réduit de moitié son efficacité. »

Depuis, il récupère l’eau de pluie dans une ancienne fosse à purin, creusée sous son bâtiment. Il choisit ses buses en fonction de la taille des gouttes par rapport à une pression et de la nature du produit (désherbant, insecticide, fongicide…) ainsi que du mode d’action (systématique, produit de contact, translaminaire…). Et ne sort le pulvérisateur, qu’après avoir scruté sa station météo. «L’optimum est une hygrométrie supérieure à 80%. Les stomates des plantes sont alors grands ouverts. » Une précision digne d’un horloger suisse et il la pousse jusqu’à revoir la totalité de son modèle de production. « Le bas volume avec réduction de doses est possible qu’avec une rotation et un choix variétal adapté. »

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