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« Je me suis toujours dit que je reprendrai »

[article] Salarié saisonnier à l’ETA Cantuel dans le Cantal, Pierre Besombes a perdu sa main sur un chantier d’ensilage en 2023. Il vient de reprendre le volant d’une moissonneuse.

Pierre Besombes manæuvre avec son bras droit prothésé et une télécommande activée par son pouce gauche
© Union du Cantal

Installé début 2016 à Teissières-les-Bouliès, Pierre Besombes a repris la ferme familiale où il engraisse une quarantaine de JB, des jeunes mâles qu’ils réceptionnent à 12-13 mois et poussent jusqu’à 30 mois. Depuis une dizaine d’années, il complète son activité en venant renforcer l’équipe de chauffeurs de l’entreprise de travaux agricoles de Cyrille Cantuel à Prunet, pour des chantiers d’ensilage, enrubannage, des moissons… Une activité saisonnière à laquelle, passionné, il n’a jamais depuis dérogé… sauf en 2023. Le 25 mai, Pierre Besombes est victime d’un grave accident sur un chantier d’ensilage, sa main droite est happée par la machine et sectionnée. Opéré, débute alors pour l’agriculteur une longue rééducation ponctuée de la pose d’une première prothèse fin octobre, un prototype remplacé le 19 mars dernier par une prothèse définitive qui lui permet de tenir des objets mais aussi de conduire grâce à une boîte automatique. Dans son long chemin sur la reconstruction physique et morale, Pierre Besombes n’a jamais abandonné l’espoir un jour de remonter à bord et au volant d’une ensileuse ou de tout autre engin de récolte. “ Je me suis toujours dit que je reprendrai…”, glisse-t-il, discret.


Remise en question


Un vœu que Cyrille Cantuel a fait sien dès les premières semaines qui ont suivi l’accident. Un choc doublé d’un sentiment de culpabilité pour le chef d’entreprise : “Je n’arrêtais pas de me dire : pourquoi je l’ai envoyé sur ce chantier, pourquoi lui ?, relate le patron de l’EDT (entrepreneur des territoires, ex ETA) qui va dès lors remettre en question le fonctionnement de son entreprise. Il sollicite le service prévention de la MSA pour un audit afin d’identifierce qui n’allait pas, ce qu’il fallait faire différemment”, par exemple protéger la fosse mécanique où les salariés réalisent eux-mêmes l’entretien et la réparation des engins. Cyrille Cantuel s’est aussi fait le serment de tout mettre en œuvre pour permettre à Pierre de réintégrer son planning saisonnier. “Pour moi, Pierre fait partie de l’équipe, je voulais qu’il y reste, c’était pour moi une évidence, tout autant qu’un devoir éthique, moral”, confie l’entrepreneur qui va dès lors se renseigner par différents canaux et auprès d’une pléiade d’interlocuteurs sur les moyens d’adapter son matériel au handicap de Pierre. La solution, c’est dans l’Aveyron voisin que patron et salarié, associés à l’ensemble de ces démarches, vont la trouver, auprès d’Adap Auto à Onet-le-Château, société spécialisée dans les aménagements de véhicules pour personnes à mobilité réduite et les véhicules d’auto-école. “Ils ont décliné leur dispositif auto pour la conduite d’une de nos moissonneuses et d’ici quelques jours, ce sera aussi le cas pour une ensileuse”, explique Cyrille Cantuel, qui a investi 10 000 € dans ces équipements, mais pour qui le retour professionnel de Pierre n’a pas de prix.


Commandes au pouce gauche


Concrètement, le chauffeur peut diriger la machine grâce à une fourche et une télécommande activée avec le pouce gauche. Embauché en contrat saisonnier mi-juillet, Pierre Besombes a pu manipuler en conditions réelles ce nouvel équipement lors de premières moissons. “Le résultat est assez satisfaisant ; pour la conduite, c’est fonctionnel à 100 %”, convient le salarié, qui reste encore dans l’appréhension d’une panne sur un chantier sur laquelle il ne pourrait intervenir seul. “Dans ce cas, en nous passant un coup de fil, on peut prendre le relais”, le rassure son patron. Sur son exploitation, Pierre Besombes ne cache pas que les choses ont été plus compliquées, l’obligeant dans un premier temps à recourir à un prestataire pour les récoltes et à l’appui bienvenu de son père. “Pour le reste, j’essaie de faire comme je peux même si ça me prend plus de temps qu’avant, j’espère que ça ira de mieux en mieux”, conclut-il.
 

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